Sculptures religieuses, mobilier, manuscrits et objets de dévotion composeront cet ensemble où se croisent l’histoire des arts, les pratiques religieuses et le raffinement des ateliers d’artisans de l’époque. Cette sélection met en lumière la richesse des arts de la Haute Époque, entre virtuosité technique et imaginaire religieux de l’Europe du Moyen Âge et de la Renaissance.
L’un des temps forts de cette vacation sera sans conteste un remarquable Livre d’heures à l’usage d’Orléans réalisé dans le Val de Loire vers 1480-1490 (estimation : 15 000 – 20 000 €). Destiné à une femme et rédigé en latin comme en français, ce manuscrit enluminé comprend huit miniatures à pleine page ainsi qu’un important ensemble de lettrines historiées exécutées par un artiste proche du cercle de Guillaume Piqueau.
Heures à l’usage d’Orléans, Val de Loire, vers 1480-1490.
Manuscrit enluminé en latin et français destiné à une femme,
illustré de huit miniatures et sept lettrines historiées
exécutées par un suiveur de Guillaume Piqueau.
Estimation : 15 000 - 20 000 €
Au-delà de la qualité de son décor, l’ouvrage présente un intérêt historique, en particulier son calendrier liturgique, qui conserve la mémoire de plusieurs épisodes fondateurs de l’histoire orléanaise. La mention de la Délivrance d’Orléans du 8 mai évoque directement la fin du siège de 1429 et la figure de Jeanne d’Arc, tandis que les nombreuses fêtes consacrées à saint Euverte ou saint Aignan rappellent l’importance de ces saints protecteurs dans la tradition locale. Par la richesse de ses enluminures, l’équilibre de sa mise en page et la finesse de son exécution, ce manuscrit témoigne du raffinement des ateliers ligériens de la fin du XVe siècle, à un moment où le livre d’Heures constitue à la fois un objet de piété et de raffinement.
La vente accordera également une place importante au mobilier Renaissance, avec plusieurs pièces illustrant l’influence des grands ateliers bourguignons de la fin du XVIe siècle. Parmi elles figure une spectaculaire armoire aux Vertus cardinales en noyer et chêne (estimation : 20 000 – 30 000 €), ouvrant à quatre portes sculptées et peintes en camaïeu d’or sur fond noir. Les panneaux représentent la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance, selon un vocabulaire allégorique directement hérité de l’humanisme renaissant. L’ornementation foisonnante du meuble — termes engainés, mascarons, colonnes jumelées, guirlandes de fruits et frontons architecturés — évoque immédiatement les modèles publiés par Hugues Sambin dans son célèbre recueil L’Œuvre de la diversité des termes paru à Lyon en 1572.
Armoire aux Vertus cardinales
Bourgogne, attribuée à Hugues Sambin (Gray, vers 1520 – Dijon, 1601)
et son atelier, et Évrard Bredin (v. 1550 – 1599), dernier quart du XVIe siècle
Estimation : 20 000 - 30 000 €
Plusieurs détails techniques, depuis l’alternance du noyer et du chêne jusqu’aux systèmes d’assemblage ou aux rehauts dorés des colonnettes, rapprochent cette armoire des grands meubles attribués au cercle de Sambin aujourd’hui conservés au Musée du Louvre ou au Getty Museum. À travers cette œuvre monumentale, c’est tout le dialogue entre architecture, sculpture et mobilier qui apparaît, dans une période où les arts décoratifs français atteignent un degré exceptionnel de sophistication.
Le parcours réunit également plusieurs sculptures religieuses de premier plan, parmi lesquelles une Vierge de calvaire en chêne sculpté réalisée dans la vallée de la Meuse à la fin du XIIIe siècle (estimation : 10 000 – 15 000 €), dont les drapés profondément creusés et l’expression intériorisée traduisent l’élégance propre à la sculpture mosane. Cette même sensibilité se retrouve dans une Vierge de pitié sculptée à Salzbourg vers 1380 (estimation : 4 000 – 6 000 €), représentant la Vierge assise tenant le corps du Christ sur ses genoux, selon une iconographie qui se diffuse largement dans les pays germaniques à la fin du Moyen Âge. D’autres objets plus rares encore, tels que des reliquaires à paperolles du XVIIIe au début du XXe siècle, rappellent la permanence des pratiques de dévotion et la fascination exercée par les arts religieux bien après la Renaissance.
Tableau reliquaire paperolles
Fin du XVIIIe siècle
Estimation : 250 - 300 €