De grand format, ce feuillet italien du début du XVIe siècle, collé sur une plaque de cuivre, évoque un tableautin destiné à la dévotion privée ou à des fins diplomatiques plutôt qu’une enluminure de frontispice pour un grand manuscrit. De telles œuvres sur vélin autonomes sont rares en Lombardie, où celle-ci fut exécutée.
Un prestigieux commanditaire en est à l’origine, comme le laissent penser plusieurs indices : les initiales inscrites sur le socle du trône de la Vierge suggèrent le prénom « Antonio Maria », tandis que l’examen de repeints à l’infrarouge confirme la présence d’armoiries correspondant à celles des Pallavicini, une importance famille de Gênes liée aux maisons princières lombardes par le jeu d’alliance des mariages.
Antonio Maria Pallavicini (1468-1516) serait donc notre homme, comme le confirme la présence de Catherine d’Alexandrie, sainte patronne de sa mère, Catherine Fieschi, appartenant à une autre illustre famille génoise. Notre commanditaire fut condottiere dans les armées de Ludovico Sforza et diplomate au service du duché de Milan. Il passa ensuite dans le camp du roi de France, d'abord Louis XII, qui l’en récompensa en 1499, puis François Ier.
En 1516, son ultime mission fut d’accompagner Léonard de Vinci en France. Pallavicini n’en revint pas, fauché par la maladie à Amboise. Malgré une vie trépidante, il a vécu une période propice à la commande de cette enluminure : la première décennie du XVIe siècle, alors qu’il est installé à Milan, il mène grand train et fréquente des artistes. Il a sans doute profité de cette occasion pour être immortalisé en patricien de noble lignée, dévoué à la Vierge Marie et placé sous la protection de ses deux saints patrons, Antoine l’Abbé et Catherine d’Alexandrie.
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