Architecte de formation, Paco Rabanne (1934-2023) a profondément bouleversé les codes de la couture des années 1960. Refusant les matériaux traditionnels et les techniques conventionnelles, il introduit dans le vêtement des matières alors inédites : aluminium, plastique, papier, cuir découpé, fourrure tricotée ou encore textiles industriels. À rebours de la couture classique, son travail s'apparente davantage à une démarche d'ingénieur et de constructeur, où rivets, pinces, anneaux et assemblages remplacent le fil et l'aiguille.
Pour mener à bien ces recherches, le créateur s'entoure d'un réseau d'industriels, de techniciens et d'artisans capables de relever les défis posés par ces matériaux nouveaux. Parmi eux figure la maison Lalet, fondée à Limoges en 1904. Initialement spécialisée dans la fabrication de tiges pour chaussures, qui font alors le bonheur des bottiers, l'entreprise développe au fil des décennies un savoir-faire reconnu dans le travail du cuir. Sous l'impulsion de Raoul Lalet et de son fils Martial Jouandou, les ateliers mettent au point des procédés de rivetage permettant d'assembler des centaines d'éléments géométriques de cuir et de leur donner souplesse et résistance.
La collaboration entre Paco Rabanne et les ateliers Lalet, probablement initiée par l'intermédiaire de Pierre Cardin, donnera naissance à certaines des créations les plus emblématiques du couturier. Cette vente réunit plusieurs pièces exceptionnelles, directement issues de ces ateliers, qui témoignent de cette collaboration déterminante. Elles comprennent des modèles achevés, des sorties d'usine conservées avec leurs étiquettes d'origine ainsi que plusieurs prototypes issus du bureau d'études de la marque Heller, développement de la maison poursuivi par le gendre suivant : Christian Munier.
Parmi les lots phares figurent deux spectaculaires blousons modèle « Pérou », composés de pastilles octogonales de cuir orange, rose et vert fluorescent assemblées par des griffes métalliques. Véritables manifestes du style Paco Rabanne, ils sont respectivement estimés entre 3 000 et 5 000 €.
La vente réunit également plusieurs modèles « Vitrail », réalisés à partir de triangles de cuir rivetés et ajourés dans des coloris éclatants – orange, jaune, framboise, bleu ou lie-de-vin. Ces blousons, dont certains conservent leurs étiquettes d'origine sont chacun estimés entre 700 et 900 €. Les manteaux issus de la même série, aux constructions aérées évoquant autant l'architecture que la cotte de mailles, sont quant à eux attendus entre 600 et 800 € pour chaque lot.
Autre témoignage de l'inventivité des ateliers Lalet, plusieurs blousons en cuir naturel composés de losanges assemblés par rivets ou par anneaux métalliques illustrent différentes variantes des procédés développés pour Paco Rabanne. Ils sont estimés respectivement entre 800 et 1 200 €.
L'ensemble est complété par un remarquable groupe de prototypes : bottes, projets de chaussures, bérets ainsi que divers accessoires conçus selon les mêmes principes géométriques. Conservés avec leurs marquages d'atelier, ces objets offrent un aperçu rare du processus de création du couturier. Chaque prototype de chaussures est estimé entre 100 et 150 €, les bérets entre 120 et 150 € et les bottes entre 150 et 200 €.
Ces pièces, par leur provenance directe, leur caractère inédit et leur importance documentaire, éclairent d'un jour nouveau les collaborations techniques qui ont permis à Paco Rabanne de révolutionner la mode de son temps. Elles rappellent que derrière l'image du couturier visionnaire œuvrait un réseau d'artisans et d'entreprises françaises dont le savoir-faire a contribué à rendre possibles certaines des créations les plus radicales du XXe siècle.
annonce 13 novembre 2026
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