La hardiesse de Pierre Bonnard explose sur ce Au café, peint vers 1901 ; faisant fi de la perspective traditionnelle, l’espace y est réduit à une surface plane. Depuis quelque temps déjà, l’artiste expérimentait le principe selon lequel il est possible « d’exprimer toutes choses sans besoin de relief ou de modelé ».
Hardiesse de sa palette également : autant de rouges, de noirs, de taupes qui tirent leur lumière des ajouts de blanc éclatant des nappes et autres points disséminés de-ci, de-là, faisant écho à ses propos : « Il m’apparut qu’il était possible de traduire lumière, formes et caractères rien qu’avec la couleur, sans faire appel aux valeurs. »
Ce n’est que dix ans plus tôt, en 1891, que ce brillant élève du lycée Charlemagne renonce définitivement à une carrière juridique toute tracée pour se consacrer exclusivement à la peinture, exposant pour la première fois au Salon des indépendants et partageant un atelier avec ses amis Maurice Denis et Édouard Vuillard.
Il se fait affubler du surnom de « nabi très japonard » par Félix Fénéon en raison de son goût pour les estampes japonaises. L’aventure sera de courte durée. Le groupe protéiforme, composé de personnalités très diverses – Denis est animé d’une grande foi tandis que Vuillard et Bonnard choisissent la vie feutrée des intérieurs et revendiquent la peinture décorative –, éclate en 1900, chacun prenant une direction différente.
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