Dans le corpus bien fourni des portraits laissés par Paul Cézanne (près de 200 références), s’anime toute une galerie de figures issues de son cercle rapproché, parents, amis et domestiques, que privilégiait le père de l’art moderne en l’absence de commanditaires officiels.
Datant des alentours de 1877, notre portrait ne déroge pas à cette règle, puisqu’il convoque une Jeune paysanne à la coiffe et au foulard blancs, que l’artiste a pu croiser dans la demeure paternelle du Jas-de-Bouffan. Tête et paupières baissées, est-elle absorbée par une humble tâche domestique, située hors champ ? Ou bien pose-t-elle simplement dans cette attitude de retrait affichée par les modèles cézaniens, comme absents à eux-mêmes, qui fascinaient tant Rainer Maria Rilke ?
À l’analyse, la représentation de la discrète jeune femme se rapproche des nombreux portraits d’Hortense Fiquet, la compagne du peintre, exécutés à la même période, et en particulier de la toile montrant Madame Cézanne cousant (Nationalmuseum, Stockholm) dans une pose identique, penchée sur son ouvrage.
Des compositions qui, en raison de leur architecture puissante, étayée par un usage presqu’abstrait de la couleur, annoncent les chefs-d’œuvre de la maturité, à l’image de l’iconique Femme à la cafetière de 1895 (musée d’Orsay), célébrant d’ailleurs une autre de ces invisibles, chères à Cézanne.
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