Issue d’une grande famille anglaise, Carolina Maria Vernon est la fille de Richard Vernon of Hilton Park, député de Tavistock dans le Devon. Le portrait est commandé en 1777 par son beau-frère, George Greville, deuxième comte de Warwick, marié à sa sœur Henrietta depuis l’année précédente. Grand amateur d’art et collectionneur passionné, Greville rassemble au château de Warwick d’importants ensembles de peintures anciennes, mêlant notamment Rubens, Van Dyck et grands maîtres anglais. Les nombreuses commandes qu’il passe à George Romney s’inscrivent pleinement dans cette ambition de constituer l’une des plus remarquables collections aristocratiques de son temps.
Si le tableau est commandé dès 1777, il ne rejoint les collections du comte qu’en 1801, après règlement complet de la facture. Conservée pendant près de vingt-quatre ans dans l’atelier du peintre, cette peinture témoigne du lien privilégié entretenu entre Romney et ses mécènes les plus fidèles. L'artiste compte parmi les portraitistes anglais les plus importants de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Formé en Angleterre auprès de Christopher Steele avant de séjourner à Paris puis en Italie entre 1772 et 1775, il s’impose rapidement comme l’un des peintres favoris de l’aristocratie britannique. À la mort de Thomas Gainsborough et Joshua Reynolds, il devient même le portraitiste mondain le plus recherché de son époque. Sa rencontre avec Lady Hamilton en 1782 marque durablement son œuvre : Romney exécutera près d’une cinquantaine de portraits de celle qui deviendra son modèle le plus célèbre.
George Romney (1734-1802)
Portrait de Miss Vernon en Hébé, 1777
Estimation : 150 000 - 200 000 €
La provenance de l’œuvre se suit ensuite sur près de deux siècles. Passé entre les mains des héritiers Greville, le tableau est exposé à la galerie Thomas Agnew en 1905 avant de rejoindre la collection Uthemann à Saint-Pétersbourg, puis celle d’une famille de Saint-Moritz à partir de 1917. Réapparu sur le marché londonien chez Sotheby’s en 1966, il demeurait depuis lors conservé dans une collection privée, à l’abri des regards. Cette vacation permet aujourd’hui de le redécouvrir.
Le portrait présenté par Millon s’inscrit pleinement dans cette recherche d’idéalisation élégante propre au style du peintre. Carolina Maria Vernon y apparaît sous les traits de Hébé, fille de Zeus et Héra dans la mythologie grecque. Chargée de servir aux dieux le nectar de l’immortalité, Hébé incarne traditionnellement la jeunesse éternelle. Tenant délicatement l’amphore contenant le précieux breuvage, Miss Vernon est représentée avec une grande douceur, dans une composition où dominent calme et sérénité. Sujet particulièrement apprécié aux XVIIe et XVIIIe siècles, Hébé fut notamment représentée par Canova ; Romney choisit ici d’en proposer une interprétation toute en retenue et en élégance.