Héritière d’une longue tradition d’expertise dans ce domaine, la maison met ici à l’honneur un moment charnière de l’histoire des arts décoratifs, né à la fin du XIXe siècle lorsque les artistes européens rompent avec les styles historicistes pour inventer un langage résolument moderne, nourri d’inspirations naturalistes.
Cet esprit de renouveau se manifeste avec éclat à travers un ensemble exceptionnel de verreries Art Nouveau, réunissant près d’une quarantaine de pièces d’Émile Gallé et vingt-quatre œuvres des frères Daum — un corpus d’une ampleur rare. Dans ces créations, la nature devient un véritable vocabulaire formel, mêlant virtuosité technique et poésie symboliste. Parmi elles, un exceptionnel flacon à parfum d’Émile Gallé (lot 37, estimation : 30 000 – 40 000 €) se distingue par la richesse de son décor en verre multicouche à motifs en haut relief. Fidèle à son intérêt pour le monde végétal, l’artiste y décline le motif de la rose — tour à tour bouton ou fleur épanouie — dans un subtil jeu de superpositions chromatiques, où les nuances de rose et de vert renforcent la dimension à la fois esthétique et symbolique de l’objet.
Emile Gallé
"Roses de France" ou "Bouton de rose"
Circa 1902
Estimation : 30 000 - 40 000 €
La vente se poursuit avec une sélection de sculptures et d’objets d'art qui témoignent de la transition vers l’Art Déco. Un bronze de Roger Godchaux, Retour de chasse, figurant un éléphant et son cornac (lot 89, estimation : 25 000 – 30 000 €), incarne cette évolution vers des formes plus structurées tout en conservant un goût pour le sujet exotique. Cette même recherche d’équilibre entre ornement et fonctionnalité se retrouve dans les créations en fer forgé de Gilbert Poillerat, dont un important lustre circulaire des années 1940 (lot 143, estimation : 20 000 – 30 000 €) illustre la maîtrise des lignes et des matières propre à cette période.
Roger Godchaux
"Retour de chasse" (petit modèle)
Sculpture en bronze à patine brune
Estimation : 25 000 - 30 000 €
Le parcours accorde également une place de choix au mobilier, depuis le raffinement des créations de l’Art Déco jusqu’aux lignes plus épurées des pièces de la seconde moitié du siècle. Le mobilier de Jacques-Émile Ruhlmann dialoguent ainsi avec celles de Pierre Chapo, dont plusieurs pièces en orme massif - table « T20B » (lot 205, estimation : 20 000 – 30 000 €), buffet « R16 » (lot 206, estimation : 20 000 – 30 000 €) et bibliothèque murale (lot 207, estimation : 15 000 – 20 000 €) - traduisent une approche où la simplicité des lignes met en valeur la noblesse du matériau.
Pierre Chapo
"T20B"
Modèle créé en 1972
Grande table de salle à manger en orme massif
Estimation : 20 000 - 30 000 €
Cette diversité s’étend enfin aux expressions plus contemporaines, avec notamment deux commodes de Piero Fornasetti, ainsi que des œuvres de créateurs tels que Roger Capron, Gaetano Pesce, Shiro Kuramata ou encore Philippe Starck, témoignant de la vitalité du design au XXe siècle. Les arts de la table ne sont pas en reste, avec des pièces signées Süe et Mare ou encore Puiforcat, qui prolongent ce dialogue entre esthétique et fonction.
Piero Fornasetti & Fornasetti Milano Editeur
"Leopardo"
Commode demi lune entièrement lithographié à décor d'un léopard dans les feuillages
Estimation : 15 000 - 20 000 €
À travers cet ensemble, la vente met en lumière la richesse et la diversité des arts décoratifs du XXe siècle, révélant la permanence d’un échange entre nature, technique et modernité.