Brillant homme d’État, Étienne-François de Choiseul sut s’attirer la faveur de Madame de Pompadour et, par elle, celle du roi. Après une carrière diplomatique, il devient en 1758 secrétaire d’État aux Affaires étrangères, charge à laquelle s’ajoutent bientôt la Guerre et la Marine.
Marié en 1750 à la petite-fille du financier Antoine Crozat, il hérite d’une fortune considérable ainsi que de l’hôtel de la rue de Richelieu. À la fin des années 1760, il transforme cette demeure – devenue hôtel de Choiseul – et y rassemble une collection prestigieuse, notamment de maîtres hollandais et flamands.
Deux tabatières exécutées pour le duc sont aujourd’hui connues, toutes deux ornées de miniatures par Louis-Nicolas Van Blarenberghe.
La première, conservée au musée du Louvre, représente trois pièces de l’hôtel de Choiseul, deux salles de son appartement ministériel à Versailles et la Grande Galerie du Louvre. La seconde, aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art à New York, est consacrée au château de Chanteloup, autre demeure du duc, aujourd’hui disparu.
La tabatière du Louvre constitue un unicum dans l’art de la miniature du XVIIIe siècle. Jamais un personnage politique d’une telle importance n’avait été représenté avec une telle précision dans son cadre de vie et de travail. Choiseul y apparaît en homme d’État accompli : actif, affable, parfaitement inscrit dans les lieux du pouvoir.
Si les circonstances exactes de la commande passée à Louis-Nicolas Van Blarenberghe demeurent inconnues, les trois dessins* conservés dans l’album offrent un témoignage rare du travail préparatoire de l’artiste. Ils représentent les appartements du duc à l’hôtel de Choiseul, rue de Richelieu, ainsi qu’à Versailles.
Le Salon Rose, Hôtel de Choiseul
Le dessin figure le premier cabinet, situé au rez-de-chaussée, où le duc exposait sa collection. La version retenue pour la miniature, enrichie de figures, fut placée sous la boîte.
La Chambre, Hôtel de Choiseul
Destiné au couvercle de la tabatière, ce projet représente l’un des murs de cette pièce au décor somptueux, située dans l’aile droite de l’hôtel. Dans la version finale, le duc accueille une dame tandis qu’un petit groupe échange à proximité ; parmi eux, l’abbé Jean-Jacques Barthélemy, garde du Cabinet des médailles de la Bibliothèque du roi.
L’appartement du duc à Versailles
Pour la face antérieure de la tabatière, Van Blarenberghe choisit de représenter le bureau de Choiseul à Versailles. La miniature finale montre le ministre dictant à deux secrétaires. On y reconnaît le bureau qu’il acquit en 1763, passé ensuite entre les mains de Talleyrand puis du chancelier autrichien Metternich. Aux murs figurent notamment les portraits du roi Louis XV et de Madame de Pompadour, protectrice du duc.
Enfin, à noter que deux lettres manuscrites accompagnent l’album. La première, datée de février 1922, précise sa transmission au sein de la famille Maillet. La seconde, signée Henri-François-Alexandre Van Blarenberghe en 1874, attribue l’ensemble des dessins à Henri-Joseph et retrace leur descendance. Les feuilles furent réunies en album en 1892 par Amélie Thiébaut Brunet.
Dynastie lilloise active sur trois générations, les Van Blarenberghe – dont Louis-Nicolas demeure la figure la plus célèbre – comptèrent parmi les plus brillants gouachistes du XVIIIe siècle. Sollicités par des commanditaires princiers à travers l’Europe, ils réalisèrent des miniatures pour tabatières et objets précieux, mais aussi des peintures de tous genres. Des champs de bataille aux fêtes villageoises, des cérémonies officielles aux scènes de rue, le siècle des Lumières renaît sous leur pinceau avec une précision et une vivacité remarquables.
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