Lorsqu’Albert d’Autriche et Isabelle d’Espagne, cousins germains, s’unissent en 1598, l’archiduc est déjà gouverneur des Pays-Bas, que son épousée apporte en dot. Une large part de leur règne va être consacrée à la lutte contre les aspirations calvinistes, thématique à laquelle renvoie l’un des ressorts iconographiques du tableau mis au jour par l’expert Stéphane Pinta.
À l’instar du tableau du Prado, Les Sciences et les Arts, ou de celui conservé au Walters Art Museum de Baltimore, Les Archiducs Albert et Isabelle visitant le cabinet d’un collectionneur, l’attention des protagonistes se concentre sur une peinture figurant la destruction d’œuvres d’art par des protestants, survenue un demi-siècle plus tôt. Dès lors, le véritable sujet – ce « tableau dans le tableau » – est bien le rôle protecteur d’Albert et d’Isabelle envers les arts des Pays-Bas espagnols.
Cette intention éclaire l’appétence des Habsbourg à se représenter dans des cabinets d’amateurs, lieux emblématiques d’un ordre culturel menacé et sauvegardé. Les surnoms de l’archiduc – le Pieux – et de l’archiduchesse – « Isabel de la Paz » (Isabelle de la Paix) – furent ainsi gagnés grâce à leurs victoires, comme la Trêve de douze ans (1609-1621), mais aussi par le rayonnement des arts autour d’eux.
Contrairement à certaines œuvres, fort rares telles Le Cabinet de Cornelis Van der Geest à Anvers en 1628 (Anvers, Rubenshuis), ou L’Archiduc Léopold-Guillaume dans sa galerie, plus tardif, de 1651 (Vienne, Kunsthistorisches Museum), nombre des œuvres peintes dans le tableau demeurent difficilement identifiables, bien qu’il soit possible d’en reconnaître les filiations stylistiques.
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