À la fin du règne de Louis XIV, l’orfèvrerie civile se remet peu à peu de la vingtaine d’édits somptuaires promulgués par le roi. Si la plupart des pièces de l’époque se définissent par une quête d’élégance servie par un décor discret, certaines font figure d’exception. Cette paire de saupoudroirs en est la parfaite illustration. Sa forme balustre, classique pour cette typologie d’objet, est magnifiée par un savant répertoire décoratif, depuis le piédouche ciselé de godrons en rappel sur le couvercle, lui-même sommé d’une prise en toupie sur une terrasse de feuilles.
Le corps est repoussé d’appliques sur fond amati – qui sont de trois modèles en alternance : feuilles lancéolées, fleurons et lambrequins – jusqu’en partie médiane soulignées d’un rang de filets. Au-dessus figurent des armoiries sous couronne comtale, quand le pourtour supérieur est gravé de culots entrecoupés de roses dans des joncs, soulignés de pompons. Le dôme, par où s’écoule le sucre, est repercé de panneaux de navettes encadrant des croix de quartefeuilles, alternés de bandeaux de joncs en entrelacs.
Les deux pièces présentent plusieurs fois le poinçon de Jean Roysard, reçu maître orfèvre en 1709. Il existe peu d’informations sur cet artisan, si ce n’est qu’il appartenait à une dynastie rennaise. Quelques-unes de ses réalisations sont conservées dans des églises de Haute-Bretagne, et ses pièces d’orfèvrerie civile sont rares. On peut citer un gobelet en argent, réalisé entre 1728 et 1731 et aux armes de Gabriel Julien de La Forest d'Armaillé (1764-1833), membre du parlement de Bretagne, vendu chez Sotheby’s Londres en 2014.
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