Calendrier des ventes
JEUDI 12 FÉVRIER 2026

Henry de Triqueti : Une collection de l'intime

L e 12 février 2026, la maison Ader dispersera aux enchères la Collection Triqueti, conservée au château du Perthuis, dans le Loiret depuis le XIXe siècle. Cet ensemble rare réunit sculptures, dessins, modèles, archives et objets personnels ayant appartenu au baron Henry de Triqueti (1803–1874) et à sa fille Blanche (1837-1886).
Plus qu’un panorama de son œuvre, cette vente donne accès à un versant intime de son parcours, entre atelier, sphère familiale et réseaux européens. Longtemps réservé à un cercle d’initiés, l’art de Triqueti est aujourd’hui mieux identifié, notamment depuis les expositions organisées à Montargis et Orléans en 2007, avec la collaboration du musée du Louvre, puis à Montargis en 2022. La vente du 12 février s’inscrit dans cette redécouverte, en révélant des œuvres demeurées à l’écart des circuits publics, mais essentielles pour comprendre l’artiste de l’intérieur.

Une collection de l'intime

L’intime est le fil conducteur de cette collection. Les œuvres n’ont pas été rassemblées pour illustrer un parcours ou constituer une démonstration : elles faisaient partie de la vie de l’artiste et de celle de ses proches. Modèles conservés à l’atelier, dessins préparatoires, terres cuites, marbres, carnets, correspondances, albums de photographies : chaque pièce porte la trace d’un usage, d’un regard ou d’un attachement.

Les dessins, en particulier, se lisent comme un journal. On y suit la lente élaboration des formes, la reprise obstinée de certains motifs, l’attention portée aux costumes, aux gestes, aux ornements. Certaines idées apparaissent très tôt, réapparaissent des années plus tard, infléchies par une commande, un voyage, une lecture. L’atelier devient un lieu de maturation, bien plus qu’un simple espace de production.
 
HENRY DE TRIQUETI (1803-1874)
La Miséricorde divine accueillant le Repentir
Groupe en ivoire
Estimation : 50 000 - 80 000€

Un artiste cosmopolite

Le parcours de Triqueti se déploie à l’échelle européenne. Formé et reconnu en France, il y reçoit rapidement des commandes majeures (portes de la Madeleine, gisant du duc d’Orléans). Son œuvre prend une dimension nouvelle grâce à ses relations étroites avec la cour britannique, qui lui valent le surnom de « sculpteur des princes ». Le grand chantier de Windsor, auquel il consacre les dix dernières années de sa vie, marque l’aboutissement de cette reconnaissance.

Soutenu par la princesse Victoria, la fille de la Reine Victoria du Royaume-Uni, Triqueti y développe un langage très personnel, à la croisée de la sculpture, du dessin et de la couleur. À travers cette même Victoria, devenue princesse de Prusse et future mère du Kaiser Guillaume II, l’artiste entretient également des liens avec la Cour des Hohenzollern. Dans un contexte politique tendu, notamment lors de la guerre de 1870, la collection conserve la trace de ces relations, où l’art, l’amitié et la diplomatie se rejoignent.

Windsor, le coeur du parcours

La chapelle Wolsey de Windsor devient le point de convergence de toute une vie de recherche. Pour ce décor monumental, Triqueti développe une technique qu’il adapte et pousse au plus loin : la tarsia de marbre, cherchant à unir sculpture et peinture sur une même surface. Le chantier mobilise ses connaissances, son sens du dessin et son goût pour les programmes symboliques complexes.

Les études, dessins et modèles présents dans la vente permettent d’entrer au cœur de ce travail. Ils montrent un artiste attentif à chaque détail, multipliant les variantes, observant les corps, les gestes, les œuvres anciennes, avant de fixer une composition. Windsor apparaît ainsi non comme une œuvre isolée, mais comme l’aboutissement d’un long cheminement.
 
HENRY DE TRIQUETI (1803-1874)
Projet de décor pour la chapelle Wolsey au château de Windsor du prince Albert :
Nathanaël sous le figuier, 1866
Aquarelle gouachée sur traits de crayon noir
rehauts de dorée
Estimation : 12 000 - 15 000€

Les femmes autour de Triqueti

Les femmes occupent une place déterminante dans la vie de l’artiste. Sa mère veille à son éducation et à sa foi. Sa fille Blanche, à la vie à la fois mondaine et romanesque, proche de Pierre Loti et Salomon Reinach, prolonge l’héritage paternel. La princesse Victoria, elle-même artiste, est le soutien constant de son œuvre.

Et enfin Susan Durant, élève puis collaboratrice, tient un rôle central durant les années de Windsor. La vente présente plusieurs œuvres de Susan Durant, rappelant la place qu’elle occupe dans ce réseau artistique. Elle permet de mettre en lumière une figure importante de la sculpture anglaise du XIXᵉ siècle. 
 
SUSAN. D. DURANT (1827-1873)
Ruth, 1869
Buste en marbre blanc
Estimation : 40 000 - 60 000€


 
Triqueti Intime
live 12 février | 14:00

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