C’est par une porte monumentale que Jean Carriès devait entrer dans l’histoire de l’art. Commandée en 1889 par l’influente mécène Winnaretta Singer, princesse de Polignac, un portique prévu pour ouvrir sur une salle d’exposition du manuscrit de Parsifal devait ménager l’apparition de l’ultime œuvre de Wagner. Le sculpteur ambitieux envisageait une construction de pas moins de 700 briques en céramique figurant divers faunes germaniques. Un dessin d’Eugène Grasset en témoigne ainsi que des plâtres et maquettes conservés dans les collections du Petit Palais.
Ce pari technique devait marquer le renouveau de l’art céramique en cette fin du XIXe siècle et consacrer l’un des premiers artistes français à s’attacher au grés, matériau jusqu’alors peu conventionnel. Il s’agissait pour lui de changer d’échelle et par conséquent de déléguer, d’ouvrir son atelier. Il confie la tâche de chef d’atelier à Auguste Hurtaud, plâtrier à Saint-Amand-en-Puisaye, à qui il demande de constituer une équipe et de veiller aux installations, à la conduite des fournées comme à l’échantillonnage des terres.
Le pays de Puisaye est connu pour son grès depuis le XIXe siècle, pays de forêts et d’eau, au bord de la Nièvre, et qui offre tous les avantages pour une activité potière. Jean Carriès s’y installe en 1888, d’abord à La Bertille puis quand vient le temps de s’agrandir au château de Montriveau où il comptait réaliser son chef-d’œuvre, avant d’être interrompu par des problèmes de santé et de mourir, alors à peine âgé de 39 ans. Né à Lyon en 1855, Jean Carriès est placé, orphelin, comme apprenti modeleur estampeur chez le sculpteur Pierre Vermar. Il entre aux Beaux-Arts avant de monter à Paris en 1874, et, l’année suivante, expose pour la première fois ses bustes au Salon. Il développe un style particulier, nourri de son observation patiente pour le gothique et de son regard acéré pour la figure humaine. Il représente plusieurs religieuses, dont sa sœur, elle-même novice, qui meurt à 18 ans.
En 1881, sa carrière décolle et la critique d’art Judith Gautier écrit à son propos : « Ces bustes, ou plutôt ces têtes (posées à plat sans piédouche ni socle) sont tellement saisissantes qu’on les croirait au premier abord moulées sur le vif. » Il parvient à une synthèse d’un style réaliste et symboliste notamment par son travail du détail. Les bustes de personnages historiques, qu’il s’agisse de Frans Hals, Vélasquez ou Louise Labé, établissent sa notoriété de sculpteur qui dépasse bientôt nos frontières.
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