Par Carole BlumenfeldLire l'article "Qu’aurait été Pascal Paoli sans un grand portrait ?" dans son intégralité sur le site de la Gazette Drouot Imaginons un instant Napoléon Ier dépourvu des effigies que lui ont léguées Gros, Jacques-Louis David, François Gérard, voire Ingres : si ces images avaient perdu leurs attributions et leurs identifications durant deux siècles, de quelle manière nous approprierions-nous alors ce pan de l’histoire, privée de ses emblèmes les plus éloquents ? A contrario, il est curieux d’être parvenu à faire survivre Paoli avec seulement quelques portraits en buste, quand bien même ceux-ci seraient signés Lawrence ou Richard Cosway…
Cette rareté iconographique reflète la destinée tourmentée d’un homme que l’exil ne cessa de poursuivre depuis l’arrachement inaugural, l’année de ses 14 ans, lorsque son père paya le prix de sa résistance à l’autorité génoise en Corse, jusqu’au dernier refuge anglais.
Sir William Beechey (1753-1839)
Portrait du général Pascal Paoli (1725-1807),
huile sur toile, 126 x 99 cm.
Estimation : 500 000 / 700 000 €
Un vêtement à la hauteur du personnage
Contrairement à bien d’autres figures de son temps, il se soucia finalement assez peu de son image et de sa diffusion. Lorsqu’il posa pour Antoinette Suzanne Caron en 1769, à La Haye, celui-ci l’interrogea sur la tenue à adopter : « Si vous vouliez me donner l’habit qui convient à ma condition vous me représenteriez en chemise, car le roi de France a pris soin de me dépouiller. » Un dessin, conservé à la Bibliothèque municipale de Bastia, le représente en habit civil, mais, pour la gravure exécutée par Houbraken – mentionnée tant dans la presse munichoise que londonienne, indice de la curiosité qu’éveillait alors sa personne –, il apparut en costume militaire.
Cette divergence laisse entendre qu’Antoinette Suzanne Caron s’efforça, pour le tableau aujourd’hui perdu, de trouver un vêtement à la hauteur du prestige de son modèle. Dès 1786, il avait déjà oublié le nom de l’artiste, qu’il confondait avec Vigée Le Brun, comme il l’avouait à son amie Maria Cosway. Nous ne reviendrons pas ici sur les tableaux d’Henry Benbridge, datés également de 1768 et 1769, représentant Pascal Paoli à la bataille de Ponte Novu, aujourd’hui à San Francisco et à Merusaglia.
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