Calendrier des ventes
VENDREDI 5 DÉCEMBRE 2025

Une œuvre oubliée de Picabia réapparaît à l’Hôtel Drouot

L a maison Tessier – Sarrou présentera le 5 décembre à l’Hôtel Drouot une œuvre majeure de Francis Picabia, conservée dans la même collection depuis 1942. Le collectionneur l’avait acquise lors d’une vente organisée par la Croix Rouge aux bénéfices des soldats Américains à Alger en 1942.
En 1940, fuyant Paris et l’Occupation, Francis Picabia s’installe à Golfe-Juan, sur la Côte d ’Azur. L’artiste, qui fut l’une des figures majeures du mouvement dadaïste, entame alors une période singulière et déroutante de sa carrière.
Dans ce climat de guerre et d ’isolement, il délaisse les expérimentations abstraites et les provocations conceptuelles qui avaient fait sa renommée pour se tourner vers une peinture figurative, souvent d’un réalisme ambigu. Il se consacre à la création de grandes toiles représentant des scènes pastorales et paysannes, des nus, ou encore des figures sentimentales, Cette période de repli s’accompagne d’un refus des avant-gardes agressives et d’un “de surface”, plus décorative.
 
Francis Picabia
Sans titre, circa 1942
Huile sur carton contrecollé sur panneau, signé en bas à gauche
106,5 x 76 cm
Estimation : 200 000 / 300 000 €


Il peint des femmes idéalisées et des couples, comme des refuges dans un monde chaotique, tout en gardant une distance critique. Inspirées de photographies de magazines populaires (Mon Paris, Paris Magazine etc…), de charme et de calendriers.

Loin d’un simple retour à la tradition, cette production témoigne d ’un détournement ironique de l’imagerie populaire. Les modèles, souvent copiés sans dissimulation, sont recomposés avec une touche lisse et artificielle, donnant à ces tableaux une atmosphère à la fois séduisante et inquiétante.

Cette « période des transparences réalistes » ou « période sentimentale », selon les termes employés par les critiques, marque une rupture avec le langage avant-gardiste de ses années dada. Pourtant, derrière cette apparente soumission au goût du public, Picabia poursuit son travail de subversion : il brouille les frontières entre art noble et culture de masse, entre sincérité et pastiche, entre beauté et kitsch.

Ces œuvres, longtemps incomprises, seront redécouvertes à partir des années 1970 et reconnues aujourd’hui comme une étape essentielle de son œuvre, anticipant les réflexions de l ’art appropriationniste, héritier rebelle tant du dadaïsme que du pop art, et le postmoderne. À Golfe-Juan, dans le calme trompeur du Midi, Picabia aura donc continué, sous d ’autres formes, à interroger le sens même de la peinture et de l’image. Relevons le modernisme de cette démarche qui consiste à puiser dans la culture populaire (anticipant le Pop Art et des artistes comme Julian Schnabel), à cultiver l'ironie et l'implication minimale (François Morellet).
Θέμα : XXe SIÈCLE
live 5 décembre | 14:00

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