Estimée 300 000 – 400 000 €, l’œuvre a largement dépassé les attentes pour atteindre 1,15 million d’euros au terme d’une longue et tenace bataille d’enchères. Elle était restée dans la même collection familale depuis 1960.
Elle porte aussi la mémoire d’un paysage bucolique aujourd’hui disparu : celui du Petit Gennevilliers, au lieu-dit « l’Île aux Draps », entre le pont d’Argenteuil et Colombes, où Caillebotte acquiert une maison de campagne en 1880. Ce lieu, fréquenté par ses amis impressionnistes, offrait alors une vue dégagée sur la Seine et un jardin foisonnant rappelant – avec une pointe de nostalgie – les années fondatrices passées à Yerres.
Gustave Caillebotte (1848-1894)
Pommiers en fleurs, Petit Gennevilliers, 1892
Huile sur toile signée et datée en bas à gauche
65 x 54 cm
À partir de 1887, Caillebotte s’installe définitivement dans cette propriété après avoir racheté la part de son frère Martial. Il y façonne un vaste jardin qu’il cultive avec un véritable enthousiasme. Cette demeure, à la fois refuge et terrain d’expérimentation, devient un laboratoire d’observation de la nature autant qu’une extension de son atelier.
Dans Pommiers en fleurs (1892), Caillebotte saisit le moment fugace de la floraison, au cœur de ce paysage domestiqué. L’œuvre témoigne de sa maîtrise de la lumière et de la couleur, et révèle l’influence de son voisin et ami Claude Monet, installé à Giverny, avec lequel il partage une audace commune dans l’exploration des valeurs chromatiques. Ce tableau, d’une sérénité poignante, porte pourtant la douceur d’un adieu.
Deux ans plus tard, Caillebotte meurt soudainement, foudroyé par une congestion cérébrale, au milieu même des arbres et des fleurs qu’il avait plantés. Difficile de contempler ces pommiers sans penser à cette coïncidence émouvante : en peignant la floraison, l’artiste annonçait sans le savoir sa propre fin. Ses pommiers deviennent alors bien plus qu’un motif pictural — une méditation sur le temps qui passe, une vanité silencieuse où l’éclat même de la beauté porte déjà en germe la promesse de sa disparition.