Calendrier des ventes
VENDREDI 20 JUIN 2025

Des peintres de la cour de France aux artistes d'avant-garde : florilège des ventes de l'été

E n cette seconde moitié de juin, l’Hôtel Drouot offre un riche panorama de ventes aux enchères célébrant l’art au fil des siècles, et mettant en lumière des figures emblématiques. 

Le retour d’un prince oublié : un portrait inédit du Dauphin par Nattier

Le 20 juin, la maison Audap & Associés entamera ce programme avec un sublime portrait de Jean-Marc Nattier représentant Louis, Dauphin de France, fils aîné de Louis XV. Né au château de Versailles en 1729, Louis de France est une figure dévote, s’inscrivant en contrepied total de son père. Néanmoins, il n’accèdera jamais au trône, mourant prématurément de la tuberculose en 1765 et transmettant ainsi à son fils ainé, Louis XVI, le destin royal qui lui échappe.
 


Jean-Marc Nattier
Portrait de Louis, dauphin de France, fils de Louis XV
Est. 80 000 - 100 000 €


De nombreuses œuvres perpétuent aujourd’hui le souvenir de sa vie, comme celle par Giovanni Paolo Panini, dépeignant les festivités données à Rome pour célébrer sa naissance, actuellement conservée au musée du Louvre.

Certains portraits du dauphin sont conservés au château de Versailles, comme celui en pied sous le pinceau de Charles-Joseph Natoire en 1747. Jean-Marc Nattier, portraitiste émérite et favori des Orléans d’abord, puis de toute la Cour, a également été mandé pour faire son portrait, et ce à deux reprises. Le premier de trois-quarts, exposé au Salon de 1747, a aujourd'hui disparu, et le second présenté par la maison Audap qui, selon toute vraisemblance, appartient à une série exécutée dans les années 1748 dont le prix de chacun s’estimait à 500 livres. Estimée 80 000 à 100 000 €, cette toile ovale était probablement accrochée dans l’appartement de Mademoiselle Silvestre, lectrice de la Dauphine en 1761, avant d’être achetée des siècles plus tard chez Gaston Neumans, demeurant jusqu’alors dans sa descendance.
 


 

Francis Picabia en 18 tableaux : l’odyssée d’une collection

Le même jour, la maison Mirabaud-Mercier révèlera 18 œuvres de Francis Picabia, un ensemble inédit qui raconte l’histoire d’une amitié entre Gérard Lenoir et Olga Mohler Picabia. C’est à la fin des années 1950 que Gérard Lenoir croise le chemin de la veuve de l’artiste, dans son salon de coiffure où il officiat sous le nom de François. Au fil des discussions, Lenoir se prend d’intérêt pour le travail du peintre, et commence alors sa collection en acquérant des œuvres auprès d’Olga ou, grâce à son intermédiaire, auprès de collectionneurs et de marchands.

Cet ensemble embrasse un large spectre des périodes de création de Picabia, même s’il reste impossible d’illustrer tous les styles abordés par l'artiste, qui n’a jamais voulu s’enfermer dans un mouvement.

Francis Picabia étudie à l’École des Arts décoratifs de 1895 à 1897, avant de se rendre à Martigues en 1898, où il peint plusieurs paysages de style impressionniste, à l’instar de Paysage (estimation :  6 000 – 8 000 €) ou Les Martigues (estimation : 10 000 – 20 000 €).
 
 
Francis Picabia
Les Martigues, 1902
Est. 10 000 - 20 000 €
 

Couleurs vivres et touche dynamique sont les ingrédients de ses compositions, qui se placent pendant des années encore dans la lignée de l’école de Barbizon et des peintres comme Sisley, Monet ou Pissarro. Mis en garde par son grand-père sur l’absurdité de peindre de manière réaliste, Picabia s’oriente vers les nouvelles avant-gardes : le pointillisme, le fauvisme, le cubisme et bien sûr le groupe Dada avant de virer de bord une nouvelle fois.

L’artiste s’appuie alors sur son expérience, sur les idées surréalistes et son inventivité inépuisable pour donner naissance aux « Transparences » à partir de 1927. Il revient à une manière plus traditionnelle, figurative et décorative qui séduit un large public. Plusieurs œuvres issues de cette collection appartiennent à ce corpus fascinant : Transparence (estimation : 30 000 – 50 000 €), Dagelo (estimation : 100 000 – 150 000 €), ou encore Nature morte (estimation : 20 000 – 30 000 €), l’ensemble étant mené́ par un superbe Apollon (estimation : 120 000 – 180 000 €), qui aurait été réalisé en plusieurs étapes, un processus souvent utilisé par l’artiste.
 
 
Francis Picabia
Apollon, 1926
Est. 120 000 - 180 000 €
 

Vers 1930, Picabia commence à peindre un nu féminin dans un style naturaliste avant de le recouvrir d’une représentation de l’Apollon du Belvédère, sculpture antique conservée aux musées du Vatican. Aux environs des années 1940, ses dernières œuvres sont marquées par un retour à l’abstraction sur des petites toiles aux compositions géométriques et aux motifs réalistes comme Nature morte au vase fleuri, estimée 15 000 à 20 000 €.
 


 

Entre lumière et abstraction : Degas, Zao Wou-Ki et les maîtres modernes


Dans la continuité des deux précédentes études, Auction Art Rémy Le Fur & Associés offrira le 20 juin un bel aperçu de l’art moderne et contemporain. Parmi cette sélection, un fusain réhaussé de sanguine signé Edgar Degas, Danseuse au repos, est estimé 100 000 à 120 000 €.
 
Edgar Degas
Danseuse au repos
Est. 100 000 - 120 000 €
 

Sujet de prédilection de l’artiste, la figure de la danseuse lui permet d’explorer les effets de la lumière artificielle sur les gestes et les attitudes. Le trait noir, qui cerne la silhouette de la jeune femme, souligne cette recherche. L’artiste se défend d’être un simple peintre des danseuses puisqu’au-delà de la séduction du sujet, ses œuvres sont des instantanés, proches de la photographie.

Lot phare de la vente, 1.5.62, une huile sur toile de Zao Wou-ki, est estimée entre 400 000 et 500 000 €. En 1957, le peintre entame un long voyage autour du monde suite à sa rencontre avec Paul Klee. Il rejoint les États-Unis, où il retrouve son frère et ses amis Pierre et Colette Soulages, et découvre l’abstraction lyrique américaine aux côtés des figures majeures telles que Jackson Pollock ou Clyfford Still.

Lors d’une exposition personnelle de Soulages à la galerie Kootz à New York, Zao Wou-Ki est présenté au marchand Samuel Kootz, qui lui propose un contrat exclusif pour les États-Unis à partir de 1959. 1.5.62 a notamment été exposée dans cette même galerie avant de revenir en France en 1967, suite à la fermeture de la galerie Kootz un an plus tôt.


 
Zao Wou-Ki 
1.5.62, mai 1962
Est. 400 000 - 500 000 €

Réalisée en 1962, cette œuvre illustre parfaitement les nouvelles orientations de l’artiste, qui s’engouffre dans un jeu permanent entre le tout et le rien au début des années 1960. Cette huile sur toile, inconnue du public depuis une quarantaine d’années, préfigure les intuitions de Zao Wou-Ki développées plus tard dans les années 1970, lorsqu’il reprend son travail à l’encre de Chine.

Les frères Giacometti marqueront également cette vacation. De l’aîné Alberto, on retient deux petits modèles de la lampe « Flambeau », tous deux en plâtre teinté et référencés dans la base de données de la Fondation Alberto et Annette Giacometti. Diego sera présent avec une table-berceau, seconde version, en bronze patiné vert antique.
 
Alberto Giacometti
A- Lampe modèle « Flambeau »
petit modèle, vers 1934.
B - Lampe modèle « Flambeau »
petit modèle, vers 1934.
Est. 360 000 - 400 000 €
 

 

Quand l’art moderne dialogue avec l’Art Déco : une collection de regards croisés

Dessins et tableaux modernes se marient à l’Art Déco dans une collection d’exception présentée le 23 juin par la maison Art Richelieu. Des œuvres signées Renoir, Derain et Degas dialoguent harmonieusement avec le mobilier Art Déco de Ruhlmann et Printz. 

Maître du crayon, du pastel et de la mine graphite, Degas est ici mis en lumière avec un fusain réhaussé de pastel sur papier, daté vers 1889. Autre illustre invité, Renoir, sera lui aussi célébré dans son rôle de dessinateur avec Nus debout, un fusain sur papier.
 
Edgar Degas
Deux femmes nues debout de profil - circa 1889
Est. 80 000 - 120 000 €


Leur contemporain, Eugène Boudin, signera l’un de ses paysages marins favoris à la touche généreuse révélée par des jeux de lumière, Trouville, les jetées, marée haute. Autre vision de plein air, cette fois par Camille Pissarro : Les Laveuses au bord de l’Oise, dépeignant une scène quotidienne de labeur estimée 25 000 – 50 000 €.

 
Camille Pissarro
Les lavandières au bord de l'Oise
Aquarelle et pierre noire sur papier, 
Est. 25 000 - 50 000 €


Après les pères fondateurs de la modernité, place aux maîtres du XXe siècle et à leurs recherches sur la couleur et la matière. André Derain nous transporte dans le Midi avec Paysage, tandis que Maurice de Vlaminck est en Normandie avec Pont sur l’Eure à Pacy.

Pour les propriétaires, il est vite devenu évident qu’il fallait un nouvel écrin à leur précieuse collection, en la complétant par des meubles d’une qualité équivalente. L’accord parfait s’est donc fait avec des pièces estampillées par les meilleurs ébénistes de l’Art Déco, dont le plus élégant d’entre eux, Jacques-Émile Ruhlmann et l'iconique cabinet « Ducharne », estimé 40 000 – 80 000 €. Les deux collectionneurs ont affiché une nette prédilection pour Eugène Printz qui se reflète à travers huit pièces emblématiques. Parmi elles, une commode haute à l’allure graphique provenant de la collection de la princesse de la Tour d’Auvergne, ainsi qu’un bahut impressionnant par son minimalisme, estimé 30 000 – 60 000 €.

 
Eugène Printz
Commode, 1930
Monogramme
Est. 60 000 - 80 000 €
 


 

Séraphine de Senlis, la grâce en marge

Enfin, la maison Millon lancera le programme de juillet avec une vente dédiée à l’art moderne, mettant à l’honneur une huile signée Séraphine Louis dite de Senlis, estimée 80 000 – 100 000 €. Née en 1864 au sein d’une famille modeste de l’Oise, Séraphine de Senlis grandit sans éducation artistique mais s’adonne à la peinture sur son temps libre, presque de manière clandestine, uniquement éclairée à la lumière d’une bougie. Elle s’inspire ainsi d’images pieuses et de motifs essentiellement décoratifs, comme les végétaux.

Véritable autodidacte, Séraphine incarne parfaitement cet art que Jean Dubuffet qualifie d’« Art Brut ». L’artiste fait la rencontre du marchand d’art allemand Wilhelm Uhde qui lui apporte son soutien et organise une exposition intitulée « les Peintres du Cœur sacré » en 1929 à Senlis, un événement qui marquera l’apparition de son surnom. C’est également cette année-là que Séraphine peint les Fleurs, une peinture tout en contraste et poésie, qui synthétise son travail sur le monde floral et végétal.

 
Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis
Fleurs, vers 1929
Est. 80 000 - 100 000 €
 
Séraphine utilise des couleurs complémentaires pour construire l’arrière-plan, employant du vert et du rose pour composer ses fleurs procurant à l’ensemble un aspect éblouissant. Cette toile est un magnifique hommage au printemps et à la gaîté.
 


 

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