Le statère d’Alexandre le Grand (lot 7 – est. 1 500 / 2 000 €) représentant Athéna casquée et Niké, déesse de la victoire, n’est pas qu’une prouesse artistique : il propage l’image d’un souverain soutenu par les dieux. Alexandre affirme ainsi sa légitimité et sa puissance militaire.
Dans la lignée d’Alexandre, Démétrios Ier Poliorcète (lot 53 – est. 2 500 / 3 000 €), autre figure marquante de la dynastie macédonienne, reprend cette communication impériale par la monnaie. Ce tétradrachme frappé à Éphèse met en scène Niké, debout sur une proue de navire tandis qu’au revers, Poséidon incarne la puissance maritime. Cette pièce commémore certainement une victoire navale sur Ptolémée.
En Sicile, Le magnifique décadrachme de Syracuse (lot 37, estimé 12 000 / 15 000 €), chef-d’oeuvre de la numismatique grecque, célèbre la gloire de la cité sous Denys l’Ancien. Le quadrige lancé au galop, surmonté de Niké, et le visage d’Aréthuse entouré de dauphins incarnent la puissance et l’identité de la ville.Ce motif sera largement copié, y compris par les forces carthaginoises, comme le montre le lot 42 (tétradrachme, est. 1 800 / 2 300 €).
Plus au nord, les cités grecques des côtes de la Calabre frappent dès la fin du VIe siècle av. J.-C. des monnaies originales, comme un statère de Caulonia (lot 28, vers 525-500 av. J.-C., est. 5 000 / 6 000 €), remarquable pour la clarté de sa composition et la pureté de son style archaïque.
À Rome, l’usage de la monnaie comme vecteur idéologique atteint une efficacité redoutable, particulièrement à la fin de la République, dans un climat politique agité. Au-delà des enjeux dynastiques et des luttes de pouvoir, la monnaie romaine offre un miroir fascinant de la société, notamment de ses idéaux.
L’aureus de Jules César (lot 63, est. 3 000 / 4 000 €), frappé en 46 av. J.-C., porte la tête voilée de la Piété, symbole de la tradition romaine. Le revers, avec le bâton d’augure et les instruments du sacrifice, souligne sa double autorité religieuse et militaire.
Son portrait se répand aussi sur les deniers, comme en témoigne un denier frappé en 44 av. J.-C. par Marcus Mettius (lot 211, est. 2 000 / 3 000 €) où César, bâton d’augure en main, est accompagné de Junon Sospita, protectrice de Rome. L’alliance de César et des figures tutélaires de Rome souligne une légitimation par les traditions les plus anciennes.
L’aureus de Publius Clodius (lot 65, est. 5 000 / 7 000 €), frappé en 42 av. J.-C., mêle la tête rayonnante du dieu Sol à un revers lunaire constellé d’étoiles évoquant sans doute la déification de Jules César, survenue la même année. Un autre aureus frappé pour Caïus Vibius Varus (lot 66, est. 4 000 / 5 000 €) associe au droit la tête laurée d’Apollon et, au revers, Vénus tenant un miroir ; ces figures rappellent la famille Julia et la légitimité divine revendiquée par les triumvirs dans leur lutte contre les assassins de César.
Cette exaltation posthume se retrouve aussi sur des deniers rares : l’un frappé en 42 av. J.-C. par Publius Clodius (lot 222, est. 2 000 / 2 500 €), où César apparaît lauré à l’avers et Mars casqué au revers, louant ainsi l’action politique du dictateur disparu ; l’autre, de 38 av. J.-C. (lot 148, est. 5 000 / 7 000 €), réunit les profils affrontés de César divinisé et d’Octave en fils de dieu.
Enfin, le rarissime denier de Brutus (lot 226, est.8 000 / 10 000 €), porte quant à lui fièrement deux poignards et un bonnet phrygien, manifeste politique spectaculaire des Ides de Mars.
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