Calendrier des ventes
VENDREDI 18 AVRIL 2025

Provenances Aristocratiques et Trésors Historiques

L e mois d’avril s’annonce exceptionnel à Drouot, avec une sélection de lots de provenances rares et prestigieuses, certains ayant appartenu aux plus grandes familles aristocratiques.
Le vendredi 18 avril, la maison Auctie’s présentera aux enchères un grand plat ovale en porcelaine tendre de Vincennes, estimé entre 20 000 et 30 000 €. Véritable chef-d’œuvre des arts décoratifs, cette pièce figure sans conteste parmi les lots phares de la vente.

Ce grand plat provient du tout premier service de table complet commandé à la manufacture de Vincennes en 1751, par Louis XV. Ce service en « bleu céleste » commandé pour le château de Versailles est une pure merveille tant il cumule de pièces, 1 759 au total, et tant il présente des formes tout spécialement créées pour le Roi par son orfèvre Jean-Claude Duplessis.
 
Grand plat ovale du service "Bleu céleste" du roi Louis XV
Porcelaine tendre de Vincennes
Estimation : 20 000 — 30 000 €


Ce service utilise une nouvelle couleur, créée en 1753 par Jean Hellot, directeur de l'Académie des Sciences et récemment attaché à la Manufacture royale. Proche du bleu égyptien et très apprécié sur la porcelaine chinoise d'où il tire son nom de bleu céleste, également nommé Bleu Hellot, bleu ancien ou encore bleu du Roi, ce bleu turquoise intense n'était applicable qu'à sec sur un mordant et non au pinceau.

 
Détail du plat du service "Bleu céleste" 


Livré en trois fois en 1753, 1754 et 1755,  plat a été déposé lors de la dernière livraison avec trois autres similaires. Avant la découverte de cette porcelaine, seuls deux autres étaient référencés à ce jour, conservés dans les collections de sa Grâce le Duc de Buccleuch à Boughton House en Angleterre.

En 1757, Louis XV cède environ 140 pièces de son service à Etienne-François de Choiseul, alors ambassadeur de France à Vienne. Aucun plat ne fait partie de la transaction menée par l’intermédiaire du marchand mercier Lazare Duvaux. Le service fut, pour le reste, utilisé par la famille royale jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, puis transféré au Petit Trianon, Marie-Antoinette appréciant de le mettre à sa table.

En 2018, grâce au legs de Mme de Simone Baraille, la Société des Amis de Versailles a pu acquérir un plat d’entremets à motif de groseilles en relief, appartenant aux 28 « plats d’entrées et d’entremets » également livrés en 1755. Cette entrée a complété les acquisitions effectuées auparavant par les Amis de Versailles en 1995, 2004 et 2006.


Dans la foulée, le 25 avril, c’est au tour de Gros & Delettrez de présenter aux enchères une importante statue équestre à la provenance tout aussi merveilleuse. Commandée en deux exemplaires par Maximilien Titon, directeur général des manufactures et magasins royaux d’armes, cette statue est son exemplaire personnel, tandis que la seconde, offerte à Louis XIV, a disparu après 1794.
 

Statue équestre de Louis XIV
Acier damasquiné d’or France, vers 1700
Estimation : 200 000 — 250 000 €


Cette unique sculpture équestre de Louis XIV reprend le modèle conçu en 1688 et 1691 par Martin Desjardins pour le monument royal de la place Bellecour à Lyon. De nombreuses copies de petite taille seront réalisées en bronze, tant le succès du modèle est grand, celles-ci ornant les salons de la haute société.

Cette statue équestre est décrite dans les collections de Maximilien Titon à partir de 1706. Il l’expose dans sa demeure de la Folie Titon où elle reste jusqu’en 1765, avant que Jean-Baptiste Réveillon n'achète l’immense demeure pour la convertir en fabrique de papier peints. Elle est finalement vendue vers 1806 avec la propriété d’Ognon, dont l’acquéreur s’avère être le marquis Le Ver, célèbre collectionneur et bibliophile. Par la suite, cette statue du roi en acier a suscité l’intérêt de nombreux collectionneurs, marchands, commissaires d’exposition et conservateurs de musées, faisant l'objet d'expositions régulièrement. Estimée 200 000 à 250 000 €, l’œuvre constitue le lot phare de la vente, unique rescapée de la commande de Maximilien Titon et précieux témoignage de l’ingéniosité française.
 

Détail de la Statue équestre
 
Le même jour, Millon émerveillera les futurs enchérisseurs en présentant l’une des deux corbeilles à anses serpent du service « à fond pourpre » de l'homme d'Etat Cambacérès.

Le 17 août 1807, la manufacture impériale de Sèvres livre pour « le compte de l’Empereur » un superbe service à fond pourpre au prince de Cambacérès, à l’occasion du mariage de la princesse Stéphanie de Beauharnais avec le prince de Bade. Issu de la petite noblesse de robe montpelliéraine, Jean-Jacques-Régis de Cambacérès se fait connaître juste avant la Révolution française par sa carrière d’avocat. En 1804, avec le triomphe de l’Empire, il est nommé archichancelier de l’Empire, titre essentiellement d’apparat qu’il garde jusqu’à la chute de l’Empire.

Ce service en porcelaine dure se compose alors de 156 pièces, réunissant 72 assiettes, 24 assiettes à bordures intérieures, 36 assiettes à souper à bordures intérieures, ainsi que des jattes à fruit et des compotiers. Parmi les pièces, 2 corbeilles à anses serpent, dont celle mise en vente à l'Hôtel Drouot.
 
Corbeille à anses serpent du service « à fond pourpre »
de Cambacérès
Porcelaine dure
Estimation : 20 000 — 30 000 €

Enfin, place au mobilier, avec une sublime commode en bois de rose et marqueterie géométrique chez Ader.

Livrée le 27 mai 1771 par l’ébéniste Gilles Joubert au Garde-Meuble de la Couronne, cette commode faisait partie d’une paire destinée aux appartements du comte et de la comtesse de Provence au château de Marly. Son histoire est parfaitement connue depuis la publication des ouvrages de Stéphane Castelluccio sur le château de Marly. La première commode qui provient des anciennes collections Rothschild, est aujourd’hui conservée au musée de Marly.
 
Commode, Estampille de Daniel Deloose, ébéniste reçu maître en 1767
et JME. Époque Louis XV, 1771.
Estimation : 40 000 — 60 000 €
 
Le journal du Garde-meuble de la couronne mentionne au 27 mai 1771 la livraison des deux commodes par Gilles Joubert. La description de cette livraison, parfaitement conforme à cette commode, précise que les bronzes sont « surdorés », soit que le doreur avait pris le soin d’effectuer plusieurs passages d’amalgame d’or et de mercure. Ce modèle à montants droits prolongés par des pieds cambrés est largement repris par Gilles Joubert pour ses livraisons au Garde-meuble de la Couronne autour de 1770.
 
 
Détail de la commode

Celle qui sera prochainement présentée aux enchères provient des anciennes collections Dionis du Séjour, où elle est attestée depuis le XIXe siècle dans les archives familiales, notamment chez Rosalie Dionis du Séjour. Si les circonstances exactes de son acquisition restent inconnues, il est probable qu’elle ait été achetée à la fin du XVIIIe siècle par les parents de Rosalie Le Sourd ou ceux de son époux, Alexandre Dionis du Séjour, permettant ainsi sa conservation dans la famille jusqu’à aujourd’hui.

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