Calendrier des ventes
JEUDI 10 DÉCEMBRE 2026

Les trésors littéraires et artistiques de Catherine Laudenbach aux enchères

E n pénétrant dans l’appartement parisien de Catherine Laudenbach, veuve de Roland Laudenbach, le fondateur des Éditions de La Table Ronde, les commissaires-priseurs de Beaussant Lefèvre & Associés ont découvert un univers intact et oublié qui révèle des trésors littéraires et artistiques. À travers la vente de la succession de Catherine Laudenbach (née du Vivier de Faÿ-Solignac – 1928-2026), c’est tout l’esprit intellectuel du couple d’éditeurs engagés qu’elle formait avec Roland Laudenbach, qui est proposé dans les deux vacations organisées parBeaussant Lefèvre & Associés à l’Hôtel Drouot les 10 et 11 décembre.
Catherine Laudenbach fut une véritable partenaire professionnelle et intellectuelle, comme le rappelle de nombreuses dédicaces ainsi qu’un témoignage publié dans Le Monde en 1991 au moment de la mort de son époux, qui la décrit comme « sa femme et sa collaboratrice de tous les instants ».

La vente du 10 décembre réunira plus de 200 ouvrages dédicacés à Roland et à Catherine Laudenbach, des manuscrits, des tapuscrits, des épreuves corrigées et plusieurs milliers de lettres, démontrant les relations étroites que le couple entretenait avec les auteurs qu’ils ont défendus, parmi lesquels Jean Anouilh, Jean Genet, Antoine Blondin, Michel Déon, Jean Giono, Henry de Montherlant, Paul Morand ou Roger Nimier. « Derrière chaque livre et chaque envoi, il y a une histoire littéraire. Cet ensemble foisonnant reflète la richesse intellectuelle d’une époque fascinante qui va passionner institutions, collectionneurs et libraires » s’enthousiasme l’expert Ithier de Fougerolle.
 
La vacation du 11 décembre rassemblera plus de 200 lots comprenant du mobilier, des tableaux et des objets d’art réunis dans leur appartement parisien. Catherine Laudenbach, décédée à 98 ans, avait conservé un ensemble important d’objets d’art d’Asie provenant de son aïeul Philippe Frédéric Clossmann (1817-1867), grand négociant en vin à Bordeaux et propriétaire du Château de Malleret dans le Bordelais. Parmi les soixante objets dans cette spécialité figure une exceptionnelle gourde en porcelaine à décor en bleu sous couverte sur fond jaune, objet impérial d’époque Yongzheng, de près de 50 cm de haut, « un modèle particulièrement rare et impressionnant par sa taille, sa forme, sa couleur et son état de conservation » selon l’experte Alice Jossaume du Cabinet Portier & Associés.
 
A gauche : Catherine et Roland Laudenbach et leur chienne Tessa
A droite : Bureau de Catherine Laudenbach à Paris

Un pan de l’histoire littéraire française du XXe siècle aux enchères

L’histoire des Éditions de La Table Ronde, fondée en 1944, est avant tout celle de son créateur, Roland Laudenbach, écrivain et scénariste (1921-1991) et de Catherine du Vivier de Faÿ-Solignac (1928-2026), sa collaboratrice devenue son épouse. À travers des dizaines de manuscrits, de tapuscrits et de jeux d’épreuves, des centaines de lettres autographes, des photographies originales, des dessins et des projets de couvertures, des centaines d’exemplaires dédicacés, des collections de revues littéraires, la collection Laudenbach retrace les relations étroites que le couple entretenait avec les auteurs qu’ils ont défendus, relancés, sauvés de l’oubli.

Le nom de La Table Ronde, trouvé par Jean Cocteau, faisait référence au cercle d’hommes de lettres qui entourait Roland Laudenbach, neveu de Pierre Fresnay, devenu une figure de l’édition en publiant des écrivains consacrés, Anouilh, Giono, Morand, quand ceux-ci étaient en difficulté, et des débutants, Roger Nimier, Bernard Frank, quand ils avaient besoin d’un tremplin. À la fin des années 40, Paris vit sous la coupe de Jean-Paul Sartre, qui considère que l’artiste a un devoir d’engagement, et corsète la littérature qui ne se voudrait qu’expression artistique. Porté par l’immense succès d’Antigone confié par Jean Anouilh à l’éditeur qui n’a que 23 ans, la maison d’édition, en tandem avec sa revue, lance ses premières banderilles contre l’existentialisme de Sartre et Beauvoir. Roland Laudenbach devint le chef d’une famille littéraire que Bernard Frank appela « Les Hussards » (Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon …), défenseurs contre l’existentialisme d’une littérature s’inscrivant dans la tradition.
 

Antoine Blondin
Un singe en hiver.
Roman. Paris, La Table Ronde, 7 octobre
1959. In-12, broché, non rogné.
Édition originale. Prix Interallié 1959.
Un des 15 exemplaire sur hollande,
tirage de tête (n° I)
Estimation : 4 000 € / 5 000 €

Dans cette confrérie, Catherine du Vivier était à la fois le liant de la maison, l’infatigable organisatrice, l’épouse aimante… une aide précieuse pour les auteurs, comme en témoigne cette extraordinaire dédicace de Blondin dans l’édition originale d’Un singe en hiver « Pour Catherine, ce roman qui a couru la poste, et que nous avons achevé dans l’imprimerie ensoleillée, ensemble, et qui demeurera comme son tour de force. » Cette dispersion retrace l’histoire de l’indépendance d’une maison d’édition qui a su trouver sa place aux côtés de Gallimard, Grasset, ou du Seuil, en proposant un catalogue qui, pour reprendre les mots de Michel Déon, était « Le catalogue du discernement, de l’amitié, du courage et de la liberté d’esprit. »

La redécouverte d’une gourde chinoise impériale d’époque Yongzheng

Parmi les 230 lots qui forment l’ensemble du mobilier et des objets d’art de l’appartement parisien de Catherine Laudenbach, figure une très belle collection d’art asiatique de 60 pièces. Provenant de l’arrière arrière-grand-père de la défunte, Philippe Frédéric Clossmann (1817-1867), grand négociant en vin à Bordeaux et propriétaire du Château de Malleret dans le Bordelais, ces objets sont restés dans la famille depuis le XIXe siècle. Jamais vus ni publiés, ils étaient disséminés dans l’appartement au milieu des livres et leur apparition sur le marché va faire la joie des collectionneurs. L’exceptionnelle gourde, objet impérial d’époque Yongzheng (1723-1735) est sans conteste la redécouverte majeure de cette collection d’art asiatique. Son format (près de 50 cm de haut), sa couleur (blanc, bleu et jaune), sa forme, sa provenance impériale, son état de conservation et sa rareté (on n’en connait qu’une seule de modèle similaire), en font une pièce tout à fait exceptionnelle estimée 800.000 à 1.000.000 d’euros.

 

CHINE - Epoque YONGZHENG (1723 - 1735) 
Grand vase en forme de gourde quadrilobée en porcelaine
A décor en bleu sous couverte sur fond jaune
Au revers, la marque en zhuanshu à six caractères de Yongzheng
en bleu sous couverte sur fond émaillé jaune.
Hauteur : 48,2 cm  
Estimation 800.000/1.000.000 Euros 

 

Dans cet appartement, les commissaires-priseurs ont déniché en haut d’une bibliothèque un rare bol à couverte rose de l’époque Yongzheng, un des premiers monochromes de couleur rose. Deux bols de taille similaire sont conservés dans la collection Grandidier au musée Guimet. Plusieurs bols, plus courants que le nôtre, au diamètre légèrement plus petit et à décor 'anhua' de dragon, sont conservés à la Cité Interdite à Pékin et au Musée du Palais à Taipei.

Catherine Laudenbach, née du Vivier de Fay-Solignac, cultivait le goût des belles choses et développa celui d’une peinture très intellectuelle. Dans son appartement parisien de la rue de Penthièvre étaient accrochés de très précieux tableaux primitifs espagnols, Saint Joachim et Sainte Anne à la porte dorée et La Réunion des Apôtres, ainsi qu’un très beau tableau de Nicolaus Knüpfer (1609-1655) L'Apôtre Paul se défendant lors de son procès à Césarée ou L'Apôtre Paul devant Festus et Agrippa. Ce goût classique pour le mobilier et les objets d’art fait aussi la part belle à l’art moderne comme le démontre un beau portrait de Lucien-Victor Guirand de Scevola (1871-1950), Portrait de femme à la coiffe en fleurs, 1901.
 

Lucien-Victor Guirand de Scevola
Profil de femme à la coiffe en fleurs
1901
Huile sur toile 73,5 x 60 cm
Estimation 3.000/4.000 €
École espagnole du XIVe siècle
Saint Joachim et Sainte Anne 
Tempera et fonds d'or sur panneau parqueté
85 x 79 cm
Estimation 15.000/20.000 €

 
Succession Catherine LAUDENBACH I - Bibliothèque de Catherine et Roland LAUDENBACH
Vente en préparation 10 décembre | 13:30

Succession Catherine LAUDENBACH I - Bibliothèque de Catherine et Roland LAUDENBACH

Beaussant Lefèvre & Associés
Hôtel Drouot - Salle 5-6, Paris

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