L’histoire des Éditions de La Table Ronde, fondée en 1944, est avant tout celle de son créateur, Roland Laudenbach, écrivain et scénariste (1921-1991) et de Catherine du Vivier de Faÿ-Solignac (1928-2026), sa collaboratrice devenue son épouse. À travers des dizaines de manuscrits, de tapuscrits et de jeux d’épreuves, des centaines de lettres autographes, des photographies originales, des dessins et des projets de couvertures, des centaines d’exemplaires dédicacés, des collections de revues littéraires, la collection Laudenbach retrace les relations étroites que le couple entretenait avec les auteurs qu’ils ont défendus, relancés, sauvés de l’oubli.
Le nom de La Table Ronde, trouvé par Jean Cocteau, faisait référence au cercle d’hommes de lettres qui entourait Roland Laudenbach, neveu de Pierre Fresnay, devenu une figure de l’édition en publiant des écrivains consacrés, Anouilh, Giono, Morand, quand ceux-ci étaient en difficulté, et des débutants, Roger Nimier, Bernard Frank, quand ils avaient besoin d’un tremplin. À la fin des années 40, Paris vit sous la coupe de Jean-Paul Sartre, qui considère que l’artiste a un devoir d’engagement, et corsète la littérature qui ne se voudrait qu’expression artistique. Porté par l’immense succès d’Antigone confié par Jean Anouilh à l’éditeur qui n’a que 23 ans, la maison d’édition, en tandem avec sa revue, lance ses premières banderilles contre l’existentialisme de Sartre et Beauvoir. Roland Laudenbach devint le chef d’une famille littéraire que Bernard Frank appela « Les Hussards » (Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon …), défenseurs contre l’existentialisme d’une littérature s’inscrivant dans la tradition.
Dans cette confrérie, Catherine du Vivier était à la fois le liant de la maison, l’infatigable organisatrice, l’épouse aimante… une aide précieuse pour les auteurs, comme en témoigne cette extraordinaire dédicace de Blondin dans l’édition originale d’Un singe en hiver « Pour Catherine, ce roman qui a couru la poste, et que nous avons achevé dans l’imprimerie ensoleillée, ensemble, et qui demeurera comme son tour de force. » Cette dispersion retrace l’histoire de l’indépendance d’une maison d’édition qui a su trouver sa place aux côtés de Gallimard, Grasset, ou du Seuil, en proposant un catalogue qui, pour reprendre les mots de Michel Déon, était « Le catalogue du discernement, de l’amitié, du courage et de la liberté d’esprit. »
Parmi les 230 lots qui forment l’ensemble du mobilier et des objets d’art de l’appartement parisien de Catherine Laudenbach, figure une très belle collection d’art asiatique de 60 pièces. Provenant de l’arrière arrière-grand-père de la défunte, Philippe Frédéric Clossmann (1817-1867), grand négociant en vin à Bordeaux et propriétaire du Château de Malleret dans le Bordelais, ces objets sont restés dans la famille depuis le XIXe siècle. Jamais vus ni publiés, ils étaient disséminés dans l’appartement au milieu des livres et leur apparition sur le marché va faire la joie des collectionneurs. L’exceptionnelle gourde, objet impérial d’époque Yongzheng (1723-1735) est sans conteste la redécouverte majeure de cette collection d’art asiatique. Son format (près de 50 cm de haut), sa couleur (blanc, bleu et jaune), sa forme, sa provenance impériale, son état de conservation et sa rareté (on n’en connait qu’une seule de modèle similaire), en font une pièce tout à fait exceptionnelle estimée 800.000 à 1.000.000 d’euros.
Dans cet appartement, les commissaires-priseurs ont déniché en haut d’une bibliothèque un rare bol à couverte rose de l’époque Yongzheng, un des premiers monochromes de couleur rose. Deux bols de taille similaire sont conservés dans la collection Grandidier au musée Guimet. Plusieurs bols, plus courants que le nôtre, au diamètre légèrement plus petit et à décor 'anhua' de dragon, sont conservés à la Cité Interdite à Pékin et au Musée du Palais à Taipei.
Catherine Laudenbach, née du Vivier de Fay-Solignac, cultivait le goût des belles choses et développa celui d’une peinture très intellectuelle. Dans son appartement parisien de la rue de Penthièvre étaient accrochés de très précieux tableaux primitifs espagnols, Saint Joachim et Sainte Anne à la porte dorée et La Réunion des Apôtres, ainsi qu’un très beau tableau de Nicolaus Knüpfer (1609-1655) L'Apôtre Paul se défendant lors de son procès à Césarée ou L'Apôtre Paul devant Festus et Agrippa. Ce goût classique pour le mobilier et les objets d’art fait aussi la part belle à l’art moderne comme le démontre un beau portrait de Lucien-Victor Guirand de Scevola (1871-1950), Portrait de femme à la coiffe en fleurs, 1901.
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