Une vente hommage à Lucien Clergue, le poète photographe
Cet ensemble rare, composé de plus de 120 pièces pour la première vente et plus de 170 lots pour la section photographique, dévoile un pan intime de son parcours, entre influences fondatrices et amitiés profondes. La vente se déclinera donc en deux parties distinctes : une section dédiée aux Beaux-Arts, réunissant des oeuvres de Picasso, Cocteau, Prassinos et d’autres artistes majeurs, témoins des liens étroits que Clergue a entretenus avec le monde de la peinture et de la littérature. Cette première vente se tiendra à l’Hôtel Drouot à 14h.
Une section consacrée à sa collection de photographies personnelles, rassemblant des tirages iconiques d’Ansel Adams, Robert Mapplethorpe, Irving Penn et Sebastião Salgado entre autres, révélant son regard de collectionneur et ses échanges avec les grandes figures de la photographie. Cette seconde vente aura lieu à 17h dans la salle de vente d'Ader, 17 rue de la Grange Batelière. Parmi les trésors de cette collection, des oeuvres signées Picasso, Cocteau et Prassinos dialoguent avec des dessins originaux, des estampes et des documents précieux. Certains, annotés de la main de Picasso, portent des dédicaces adressées à « son ami Lucien Clergue», traces tangibles d’une complicité artistique hors du commun.
« La vente Yolande et Lucien Clergue est l’opportunité de lever le voile sur les relations amicales et professionnelles entretenues par l’un des plus grands photographes français du XXe siècle et le microcosme culturel et artistique du sud de la France. Des oeuvres inédites, pleines de charme, incarnées par ce couple mythique, qui ornaient les murs de cet hôtel particulier arlésien, véritable carrefour des artistes et intellectuels internationaux. »
David Nordmann, Commissaire-Priseur de la Maison de ventes Ader
Des rencontres fondatrices
Cette collection retrace un parcours jalonné de rencontres déterminantes qui ont façonné le regard et la carrière de Lucien Clergue
Tout commence le 5 avril 1953, dans les arènes d’Arles. Après une corrida, le jeune photographe ose tendre l’un de ses clichés à Pablo Picasso. Ce geste marque le début d’une relation privilégiée : fasciné par l’énergie de Clergue, Picasso devient un passeur, partageant ses oeuvres avec Jean Cocteau, convaincu que ce dernier percevra son talent. Dans cette vente, plusieurs documents inédits témoignent de ces échanges artistiques et amicaux entre Clergue et Picasso : lettres, estampes et photographies dédicacées qui soulignent la reconnaissance du maître espagnol envers le regard singulier du jeune photographe.
La relation entre Jean Cocteau et Lucien Clergue est un dialogue où l’image et les mots se rejoignent dans une même quête poétique. Leur correspondance, riche et soutenue, transparaît dans plusieurs oeuvres : une série de 115 lettres manuscrites de Cocteau qui seront d’ailleurs rééditées chez Actes Sud, dont 17 sont illustrés de dessins, un dessin original et une lithographie... Autant de témoignages d’un échange où Cocteau, à travers ses mots et ses images, salue en Clergue un véritable « poète de la photographie ».
Pablo Picasso, Portrait de Yolande, 1965. Pièce unique.
Estimation : 30.000 - 50.000 € © Succession Picasso 2025
D’autres figures viennent enrichir ce parcours. Salvador Dalí, dans son exubérance, tisse avec Clergue une relation plus libre, marquée par des gestes d’amitié et quelques oeuvres dédiées. Mario Prassinos, lui, pose un regard attentif et singulier sur son travail. Il ne se contente pas de peindre son portrait, il écrit sur lui, avec une précision presque picturale, interrogeant la manière dont Clergue capture le réel. Dans un texte d’une rare profondeur, il décrit le photographe, comme une loupe, capable de révéler ce qui échappe au premier regard et à voir au-delà des évidences.
D’autres grands noms croisent également son chemin. Christian Lacroix, Roy Lichtenstein, Christo et Robert Rauschenberg font partie de ce réseau artistique entre autres, témoignant de l’écho que trouve son travail bien au-delà de la photographie. Mais ces amitiés, ces complicités artistiques ne se construisent pas seules. À ses côtés, son épouse, Yolande Clergue, joue un rôle fondamental. Partenaire de chaque instant, elle est bien plus qu’un soutien : elle partage avec lui cette passion pour l’art, accueille et entretient le dialogue avec ces figures majeures.
Son engagement trouve un écho puissant avec la création de la Fondation Van Gogh à Arles, qui attire de nombreux artistes et ancre encore davantage la ville dans le paysage culturel. Son regard, sa détermination et sa sensibilité accompagnent Lucien Clergue tout au long de son parcours, contribuant à faire résonner son oeuvre bien au-delà de leur terre arlésienne. Cette vente exceptionnelle ouvre une fenêtre sur l’univers d’un photographe habité, enraciné dans sa terre d’Arles, mais en dialogue permanent avec les géants du XXᵉ siècle. Un artiste dont la poésie visuelle continue d’éclairer le regard.
L'oeil d'un collectionneur
Cette vente du 10 avril marque la première étape de cet hommage. À 17h, dans la salle de vente rue de la Grange Batelière, sera dispersée la collection de photographies personnelles de Lucien Clergue, réunissant plus de 170 lots. Ce second volet de la journée dévoile un pan essentiel de son regard de collectionneur, où l’on retrouve des oeuvres d’Ansel Adams, Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Sebastião Salgado et bien d’autres. Chaque tirage, soigneusement choisi et annoté, témoigne des affinités artistiques de Clergue et des liens qu’il a tissés avec ces grandes figures de la photographie. Une nouvelle occasion d’explorer l’univers intime de Lucien Clergue, dont l’héritage continue de rayonner à travers ces images, reflets de son admiration et de sa passion pour l’art photographique.