KAZUO SHIRAGA — UNE TOILE INCANDESCENTE DE 1962 APPARAÎT POUR LA PREMIÈRE FOIS AUX ENCHÈRES

Freitag 21 Juni 2024
C’est une oeuvre issue de la période charnière de l’artiste japonais qui sera proposée en vente à l’Hôtel Drouot le 21 juin prochain par l’étude Christophe Joron Derem. 1962 marque un tournant décisif dans la carrière de Shiraga. C’est une année décisive pour le peintre, qui bénéficie de sa première exposition personnelle hors du Japon, à la galerie Stadler à Paris, grâce au soutien du critique Michel Tapié et du peintre Georges Mathieu. Cette toile, intitulée Sakuhin (Travail), y fut exposée, comme en témoigne l’étiquette au dos du châssis.

Conservée à l’abri des regards dans une collection privée depuis les années 1980, l’oeuvre s’impose par ses dimensions, 130 x 162.5 cm, et ses fougueux empâtements de matière, d’où surgit le fameux rouge « Crimson Lake ». On y reconnaît le processus créatif caractéristique de Shiraga, qu’il développe dès le milieu des années 1950 : verser de la peinture au milieu de la toile et l’étaler avec ses pieds, dans un mouvement presque chorégraphié, alors qu’il est suspendu à une corde. Par cette action, mise en scène comme une véritable performance, l’artiste trace des réseaux complexes qui transcrivent le « chi », ce souffle vital et spirituel dont l’intensité se manifeste dans les formes et les couleurs posées ou projetées. 

De la même manière que les couleurs se livrent un duel, Shiraga bataillait avec la matière. En véritable disciple du Gutai, il en a transcendé la philosophie, unissant littéralement « instrument » (gu) et « corps » (tai). Cette dimension guerrière ne peut se comprendre qu’à l’aune de l’histoire du Japon de l’après Seconde Guerre mondiale.

La situation ambivalente du pays dans le conflit, à la fois victime et agresseur, est restée présente tout au long de la vie et de la carrière de Shiraga. Le Gutai, qui prône le dépassement du trauma de l’après-Hiroshima, incite les artistes dans son manifeste à peindre leur cri et « toutes les audaces de l’inconnu ». En s’engageant dans la violence et en la transcendant, Shiraga a pu « lutter contre les démons qui le hantaient, lui et sa génération, tout en ouvrant la possibilité d’un espoir pour les années à venir », selon l’historienne de l’art et conservatrice canadienne Ming Tiampo.

Après cette date, la carrière de Shiraga prend son envol à l’international, et aujourd’hui, son oeuvre est reconnue comme l’une des principales voix de sa génération.


 


 
Kazuo SHIRAGA (1924-2008)
Sakuhin, 1962
Huile sur toile Signé et daté 1962 en bas à droite
H. 130 cm — L. 162,5 cm

Estimation : 600 000 — 800 000 €

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Christophe Joron Derem

Joaillerie, dessins et tableaux

Verkauf : Freitag 21 Juni 2024
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot 75009 Paris, Frankreich
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Christophe Joron Derem
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