Calendrier des ventes
MARDI 7 JUILLET 2009

MANUSCRIT AUTOGRAPHE DU FAMEUX POEME "LIBERTE" DE PAUL ELUARD

L e mardi 7 juillet 2009 à Drouot Richelieu, la maison de ventes Millon Cornette de Saint Cyr organisera une vente aux enchères de livres et manuscrits. La pièce phare de la vacation sera un manuscrit autographe signé du poème « Liberté », de Paul Éluard, qui sera proposé aux enchères sur une estimation de 40 000 à 50 000 €.
SVV Millon Cornette de Saint Cyr

Précieux manuscrit autographe signÉ de l’un des plus cÉlÈbres poÈmes de Paul Éluard et sans doute de toute la littÉrature française du XXe siÈcle

Trois manuscrits autographes de ce poème sont aujourd’hui connus : celui de premier jet, semble-t-il, amplement retouché, qui fut offert en 1955 par Dominique Éluard au Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis ; un second, à peine corrigé, conservé à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (fonds Max-Pol Fouchet) ; et celui qui sera vendu aux enchères le 7 juillet prochain.

Composé pendant l’été 1941 ou l’hiver suivant, ce poème reçut presque simultanément deux titres :

- Une seule pensée, tout d’abord, pour sa première publication à Alger en juin 1942, (dans le n° 22 de la revue Fontaine dirigée par Max-Pol Fouchet)

 - puis Liberté, dans le recueil Poésies et vérité 1942 édité à l’instigation de Noël Arnaud par la Main à la plume en septembre 1942.

Si c’est sous le second qu’il passa à la postérité, c’est sous le premier titre qu’il eut  certainement le plus grand retentissement, aussi bien en France qu’à l’étranger, grâce à la traduction qu’en donna William Planer au début de l’année 1943 et à sa nouvelle parution au mois d’avril de cette même année dans la Revue du monde libre.

Symbole de la Résistance, il fut imprimé à Londres au format in-32 et parachuté à des milliers d’exemplaires par la Royal Air Force sur les territoires en guerre. En moins de dix ans, ces vers allaient inspirer une cantate à Francis Poulenc, deux tapisseries à Jean Lurçat et un “poème-objet dépliant” illustré par Fernand Léger.

Comme souvent pour les œuvres artistiques majeures, ces 21 quatrains ont une origine mystérieuse (voir notamment : Sabine Boucheron, « Discours des origines et traces discursives : histoire d’une rature légendaire. À propos du poème Liberté de Paul Éluard », Langage et société, n° 97, 2001). Ce n’est pas la Liberté qui inspira à l’origine le poète mais Nusch, son épouse.

Dans une conférence donnée en janvier 1952, Éluard avouera lui-même que, au cours de la rédaction, l’Idéal avait pris le pas sur la Femme et justifiera ainsi sa propre définition de la « Poésie de circonstance » : une pièce dans laquelle l’aspiration personnelle de l’auteur rejoint celle du plus grand nombre. Mais d’aucuns rapporteront plus prosaïquement que le nom de Nusch avait été barré et remplacé par le mot « liberté ». Cela à la suite d’une altercation avec la femme qu’il aimait, lors d’une soirée chez les Zervos, en présence notamment de Georges Bataille.

Quoiqu’il en soit, comment ne pas saluer l’extraordinaire destin de cette belle déclaration d’amour devenue d’une simple rature, réelle ou légendaire, un retentissant hymne à la résistance.

Soigneusement recopiés à l’encre bleue, sans aucune rature, sur 5 pages à lignes bleues arrachées dans un cahier d’écolier, référence évidente au premier vers, les 21 quatrains sont encadrés de deux « Liberté » tracés sans hésitation. La majestueuse signature du poète occupant la seconde moitié de la dernière page vient authentifier cette version définitive, comme pour clore la controverse sur l’identité de l’inspiratrice.

Il faut pourtant signaler que ces pages recèlent une faute non corrigée au premier vers du 11e quatrain, « Sur les sentiers éveillées », dont la présence est d’autant plus intéressante que l’on note dans le manuscrit de Saint-Denis que les mots « chemins » puis « routes » avaient d’abord été préférés au mot « sentiers ». Sans qu’une telle erreur permette de dater précisément cette copie autographe, ne peut-on penser que le poète rédigea celle-ci alors que son esprit était encore imprégné de ses hésitations. Cette innocente « lettre » surnuméraire offre bien ce goût d’inédit et d’inachevé  tant recherché par les amateurs.

Comme Alexandre Vialatte l’a écrit dans une de ses chroniques pour le journal La Montagne, le 1er juin 1954 : « Les lettres sont artisanales, elles ne doivent pas avoir le fini de l’industrie, elles doivent porter le témoignage du “fait main”, le défaut qui fait le prix de la chose ».

Ce manuscrit fut précédemment vendu à l’Hôtel Drouot, le 18 avril 1991 (étude Laurin-Guilloux-Buffetaud, Thierry Bodin expert, lot n° 42).

 


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