Elle fut considérée comme l’une des plus belles femmes du monde. Une icône adulée du cinéma. Une incarnation de la liberté dans une France corsetée. Une femme entière et sans concession, qui consacra la seconde moitié de sa vie à la protection animale. Le 28 décembre 2025, Brigitte Bardot s’en est allée, emportant avec elle une certaine idée de l’insouciance des années yé-yé, des fêtes de Saint-Tropez et du 9ème art français. Mais derrière cette image incandescente, elle laisse avant tout un héritage vivant, fruit de son engagement et de sa détermination : la Fondation Brigitte Bardot.
De ses premiers pas de danseuse à la naissance de BB, de l’intimité de ses maisons à son engagement pour les animaux, vêtements, meubles et souvenirs présentés au sein de cette vente événement dévoilent une part inconnue de son monde : celui que le cinéma et la presse ont fixé dans la mémoire collective, mais aussi et surtout un territoire plus secret. Un portrait dédicacé « en souvenir de sa première pose », son tutu noir, deux guitares, une Olivetti Lettera 22, deux flacons de
L’Heure Bleue, quelques bijoux, un livre d’or, des pendulettes et des peluches : autant de témoins de ses différentes vies. Le récit conduit de Paris à Saint-Tropez, jusqu’à Bazoches-sur-Guyonne, lieu de vie devenu refuge pour les animaux.
À la fin des années 1950, BB n’était déjà plus seulement une vedette. Sa façon de marcher pieds nus, de danser, de s’habiller ou d’aimer était observée et imitée. Son image bouleversa les représentations de la féminité autant qu’elle inquiéta les gardiens de l’ordre moral. Cette existence publique eut cependant son envers : le désir de se soustraire aux regards et donner du sens à sa vie.
De Brigitte Bardot à BB, une icône française, un phénomène mondial
Avant BB, il y eut Brigitte Bardot : une jeune Parisienne élevée dans un milieu bourgeois, formée à la danse classique et remarquée très tôt pour sa photogénie. En quelques années, son visage échappe pourtant à celle qui le porte. Il devient un sujet pour les photographes, les dessinateurs et les peintres, puis une image reproduite par le cinéma, les magazines, les affiches et bientôt la République elle-même.
La métamorphose s’accomplit avec
Et Dieu… créa la femme réalisé par Roger Vadim en 1956. Le film reçoit d’abord en France un accueil mesuré, avant que sa diffusion internationale ne déclenche une onde de choc. À New York, il reste huit mois à l’affiche d’une même salle. Ce qui fascine ne tient pas seulement à la beauté de Bardot mais à une attitude encore neuve au cinéma : une jeune femme qui n’appartient qu’à elle-même, qui suit son désir sans demander pardon, marche pieds nus, rit, court et danse avec liberté.
Edward Quinn
Et Dieu créa la femme
Poster en noir et blanc du film avec Brigitte Bardot - Jean-Louis Trintignant / Roger Vadim
Éditions La Malibran, vers 1970
Estimation : 100 - 200 €
L’affiche du film conservée à La Madrague ramène aujourd’hui à ce point de bascule. À ses côtés, une photographie de Bardot allongée sur la plage, des projets de costumes de Georges Wakhevitch et Jacqueline Moreau ou une aquarelle la représentant en Bonnie. Le cinéma impose « une grammaire Bardot » faite de soleil, de mouvement, de simplicité et de spontanéité. Autour des films se constitue une autre collection : celle des regards portés sur elle. Carzou lui dédie un portrait « en souvenir de sa première pose » puis un second dessin daté de 1967. Dussart passe de la photographie à l’encre ; Sempé, Dubout, Kiraz, Folon ou Léonor Fini entrent à leur tour dans cette constellation.
Deux oeuvres de Léonor Fini y occupent une place particulière :
Le Sphinge de Brigitte, dédicacé « Pour la plus que belle Brigitte » et un projet de coiffe imaginé pour le Bal surréaliste Rothschild de 1972. Ces oeuvres étaient entrées chez elle par les rencontres, les amitiés et les hommages. « Je ne vais pas accrocher ma pomme sur les murs pour me contempler toute la journée ! », disait-elle selon Frank Guillou, son secrétaire particulier. Elle conserva pourtant de nombreux portraits parce qu’ils lui avaient été offerts par des artistes dont le geste l’avait touchée.
Léonor FINI (1907-1996), d'après
Le Sphinge de Brigitte
Lithographie en couleur sur vélin,
Marqué e.a pour épreuve d'artiste en bas à droite.
Signé et dédicacé en bas à gauche "Pour la plus que belle Brigitte / Leonor Fini"
75 x 50 cm, à vue.
Estimation : 400 - 600 €
À la fin des années 1960, Alain Aslan lui prête les traits de Marianne. Deux lithographies réunies dans la vente rappellent ce changement d’échelle : l’actrice devenue phénomène entre dans le répertoire républicain. La France adopte le visage d’une femme qui avait précisément bousculé ses conventions et incarnait désormais la liberté.
Affiches, photographies et archives de presse achèvent cette construction. Trois articles réunis sous le titre « J’ai choisi la liberté » résument le paradoxe Bardot : l’image est démultipliée par les médias tandis que la femme revendique le droit de s’en dégager. Il y eut les images que l’on fit d’elle, mais aussi celles qu’elle fit d’elle-même. Un autoportrait la montre au crayon et au fusain sur un papier bleu ; elle dessine également Roger Vadim tandis que Vadim trace son profil d’enfant. Pour une fois, Bardot n’est plus seulement le modèle des autres : elle prend le crayon et choisit ce qu’elle veut montrer d’elle.