Constitué à partir des années 1970, cet ensemble remarquable raconte l’histoire d’une vie entière, où le goût de l’art se mêle intimement aux liens d’amitié tissés avec de grands artistes contemporains. Les choix qui ont guidé le collectionneur témoignent d’une estime profonde et, sans doute, d’un véritable attachement, pour les artistes comme pour les galeries qui les défendaient.
Un ensemble majeur de Diego Giacometti
Point d’orgue de la vente, un ensemble exceptionnel de huit œuvres de Diego Giacometti s’impose comme l’un des plus importants jamais apparu sur le marché. Ces meubles-sculptures d’inspiration végétale, mêlent poésie et humour, détournant la fonction première du mobilier par l’introduction d’un bestiaire facétieux. Ce vocabulaire léger, parfois volontiers anecdotique, a séduit les plus grands collectionneurs au premier rang desquels Hubert de Givenchy, la famille Guerlain, Aimé Maeght ou Hélène Rochas.
Parmi les pièces majeures, la console
La Promenade des amis, dont le modèle fut créé en 1976, déploie une scène narrative singulière où deux chiens et un cheval se réunissent autour d’un arbre, dans une composition à la fois intime et subtilement décalée. Selon Diego Giacometti, l’idée de
La Promenade des amis lui est venue d’« une cliente qui faisait des ventes pour la protection des animaux. Alors j'ai pensé à ça,
La Promenade des amis : un cheval avec trois petits chiens dont un en train d'arroser l'arbre et un autre qui le flaire », (estimation : 2 – 2.5 millions €).
Diego Giacometti (1902-1985)
Console sculpturale modèle La Promenade des amis
A plateau rectangulaire en épaisse dalle de verre enchâssée dans une structure en
bronze à patine brune nuancée de vert
H.: 89 cm; L.: 122 cm; P.: 36 cm.
Estimation : 2 000 000 - 2 500 000 €
Ce goût pour la narration se retrouve dans plusieurs œuvres de l’ensemble, comme la table sculpturale modèle
Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, créée en 1980, où deux oiseaux semblent s’approcher d’une coupelle (estimation : 400.000 – 600.000 €), ainsi que dans deux sellettes à double plateau, les montants verticaux sommés de grenouilles et l’un des montants horizontaux habité d’une chouette (estimation : 200.000 – 300.000 € chacune).
La table basse
Berceau aux chats, créée en 1970, illustre quant à elle l’évolution du vocabulaire de l’artiste, passant d’une grande sobriété formelle à l’introduction de figures animales qui viennent animer la structure (estimation : 400.000 – 600.000 €). À côté de ces meubles réalisés en très peu d’exemplaires trône le célèbre
Chat maître d’hôtel, malicieux, à la cambrure digne et élégante - deuxième version du modèle créé en 1967 (estimation : 120.000 – 150.000 €). Le bestiaire se décline également en luminaire avec le pied de lampe
Au Hibou, seconde version du modèle créé en 1980, où le rapace est représenté posé à côté d’une coupelle (estimation : 100.000 – 150.000 €).
Diego Giacometti (1902-1985)
Chat Maître d'hôtel, deuxième version, avec plateau creux.
Sculpture en bronze à patine verte.
Modèle créé en 1967.
Signé "Diego" sur la terrasse.
H.: 29,5 cm; L.: 17,4 cm; P.: 8,4 cm.
Estimation : 120 000 - 150 000 €
Les plus grands artistes du XXe siècle
Au-delà de cet ensemble, la collection offre une sélection remarquable des grands maîtres du XXe siècle. Elle s’ouvre sur un Sans titre exécuté par Jean-Paul Riopelle en 1955, qui témoigne de la reconnaissance internationale de l’artiste à cette période, marquée par ses liens avec la scène new-yorkaise et sa rencontre avec Pierre Loeb, qui acquiert une part importante de sa production (estimation : 150.000 – 200.000 €).
Dans un autre registre, deux œuvres de Joan Miró, Sans titre de juin 1937 (estimation : 200.000 – 300.000 €) et La toilette de Violette du 18 juillet 1938 (estimation : 250.000 – 350.000 €), illustrent un moment décisif dans l’évolution de son style, entre figuration et abstraction, alors qu’il affirme son rejet des conventions picturales. Présentées à New York avant d’intégrer la collection Seibu à Tokyo, puis exposées à la galerie Lelong à Paris, elles témoignent d’un parcours muséal et international de premier plan.
Joan Miró (1893-1983)
La toilette de Violette, 18 juillet 1938.
Huile, gouache et encre sur papier.
Signé vers le milieu à gauche.
Contresigné, titré et daté au dos.
77 x 55,5 cm.
Estimation : 250 000 - 350 000 €
Cette ouverture trouve un prolongement dans son œuvre sculptée avec la maquette de L'Arc trônant majestueusement sur l’une des terrasses de la Fondation Maeght, 1962. Il s’agit de l’épreuve d'artiste en bronze à patine verte nuancée, réalisée vers 1981-1982 (estimation : 150.000 – 200.000 €).
Le dialogue entre médiums se poursuit avec Richard Serra et Stratum J, exécuté en 2006 ; le sculpteur américain transpose sur papier la puissance de son œuvre sculpturale, dans une composition dense où la matière semble exercer une tension sur le support (estimation : 150.000 – 200.000 €).
Enfin, Étude pour Le Rêve 1, par Balthus en 1956, appartient à sa série de compositions consacrées à ce thème de prédilection du peintre, réalisées dans son atelier du château de Chassy, où il s’est installé en 1953 (estimation : 40.000 – 60.000 €).
Céramiques de Picasso
La collection comprend également un ensemble de six céramiques de Picasso réalisées à l’atelier Madoura : assiettes, plats, vases, pichets et autres ustensiles de terre, issus de la production prolifique que l’artiste développe dans l’atelier dirigé par Georges et Suzanne Ramié. Le maître espagnol y explore avec fascination les possibilités offertes par ce nouveau médium.
Les œuvres présentées déclinent les motifs emblématiques de son univers, où faunes, visages et hiboux investissent assiettes, plats et vases. Parmi celles-ci figurent Bouteille gravée, réalisée en 1954 en faïence blanche (estimation : 15.000 – 20.000 €), un plat orné d’un hibou blanc sur fond rouge daté du 25 mars 1957 (estimation : 15.000 – 20.000 €), ainsi qu’une assiette au Visage de faune sur fond rouge datée du 28 juin 1955 (estimation : 5.000 – 7.000 €).