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VENDREDI 13 DÉCEMBRE 2024

Une porcelaine impériale redécouverte dans une famille française

L e 13 décembre prochain, la maison Aponem dévoilera à Drouot une pièce exceptionnelle : un pot à eau impérial en porcelaine, datant du règne de l’Empereur Qianlong (1735-1796). Ce joyau, préservé dans une collection française, illustre l’apogée de l’art impérial chinois sous la dynastie Qing 
Olivier Valmier, commissaire-priseur associé, confie : "Rares sont les pièces d’une telle importance historique à apparaitre sur le marché. Aujourd’hui, nous sommes particulièrement honorés de soumettre sous le feu des enchères un trésor impérial, fruit à la fois de l’ingéniosité des artisans sous le règne de Qianlong et de l’histoire riche des échanges diplomatiques entre Orient et Occident."

Une pièce oubliée, préservée au fil des générations 

Dissimulée sur une étagère, à peine visible, cachée derrière un livre, cette porcelaine a traversé les âges à l’abri des regards dans une famille française. Lors d’un inventaire, son éclat et son caractère exceptionnel ont attiré l’attention du commissaire-priseur Olivier Valmier. Ce pot à eau, conçu pour contenir de l’eau destinée à diluer l’encre à la cour impériale, se distingue par son décor sophistiqué et son mécanisme ingénieux, témoins de l’excellence des artisans de Jingdezhen, les célèbres fours impériaux de Chine. 

Un décor célébrant les échanges diplomatiques 

 
Le décor couvrant représente des étrangers apportant des tributs à l’empereur, un motif populaire dès la dynastie Tang (618-907) et toujours apprécié sous les Qing (1662-1911), notamment par l’empereur Qianlong (1735-1796). Ce type de scène reflète les relations entre la Chine impériale et le reste du monde, marquées par le commerce, la diplomatie et la présence accrue des puissances occidentales en Asie. Ces tributs, soigneusement choisis portaient une forte charge symbolique : ils affirmaient le prestige de celui qui les offrait et rendaient hommage à celui qui les recevait, tout en jouant un rôle clé dans les relations diplomatiques. 

En tournant, le cylindre dévoile une animation presque théâtrale : un personnage sonnant le clairon, accompagné de deux carlins, suivi de six autres figures aux visages joyeux, visiblement enthousiastes à l’idée de rencontrer l’empereur. Habillés de leurs plus beaux vêtements, ils portent fièrement leurs présents : une coupe contenant la perle sacrée, un couple de carlins, un cadeau emballé, une défense d’éléphant, une pendule et un oiseau. 

Cet objet est à la fois une prouesse technique et esthétique, mais aussi le témoignage d’un moment clé des relations entre la Chine et le reste du monde. 

Une prouesse technique inégalée 

La 7ᵉ année du règne de Qianlong (1742) marque un véritable tournant dans l’art de la porcelaine impériale. Les artisans, maîtrisant désormais des techniques extrêmement complexes, se spécialisent dans la création de porcelaines à décor ajouré et tournant. La sophistication de ces œuvres était si impressionnante que certains contemporains les attribuaient à des forces divines ou surnaturelles.  L’année suivante, en 1743, neuf porcelaines de type « yangcai » à décor tournant, aujourd’hui conservées à la Cité Interdite, voient le jour grâce aux efforts novateurs de Tang Ying, désireux de répondre aux exigences esthétiques de l’empereur. 

Ces porcelaines étaient constituées de quatre éléments distincts – la base, le vase intérieur, la panse, et le col – assemblés avec une précision remarquable pour permettre leur rotation. Elles occupaient une place de choix dans les collections de Qianlong, qui les considérait comme des trésors dignes des palais impériaux comme le Palais de la Pureté Céleste (Qianqing Gong) dans la Cité Interdite. Après le décès de Tang Ying en 1756, ces créations d’une ingéniosité inégalée ne furent plus jamais produites pour la cour impériale. 

Une autre prouesse de cette période réside dans l’imitation par la porcelaine de matériaux précieux comme les pierres dures ou la laque. La pièce illustre ici parfaitement ce savoir-faire : la partie centrale carrée imite le bleu profond du lapis-lazuli, tandis que la base et le sommet reproduisent les teintes orange et rouge corail caractéristiques de la laque. 

Avec son décor émaillé d’une finesse exceptionnelle et son exécution minutieuse à petite échelle, cette porcelaine est une véritable prouesse artistique. D’une rareté extrême, elle semble être une pièce unique, sans autre exemple connu à ce jour. 

OEUVRES CHOISIES
live 13 décembre | 14:00

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