Calendrier des ventes
JEUDI 19 DÉCEMBRE 2024

Deux trésors de la Renaissance

L a maison de ventes Gros & Delettrez organise le 19 décembre prochain à l’hôtel Drouot une vente prestigieuse intitulée «Cabinet des Merveilles». Composée d’une trentaine de lots, cette vente met à l’honneur des tableaux et objets d’art rares couvrant une période allant de l’Égypte antique au XVIIIe siècle.
Parmi les pièces phares, deux grands portraits en émail de Léonard Limosin, maître émailleur de la Renaissance, étudiés par Thierry Bernard-Tambour. Réalisés vers 1564, et très probablement commandés par Catherine de Médicis, puis collectionnés par la famille Rothschild, ils appartiennent à une série de 32 plaques : seules 17 sont parvenues jusqu’à nous et 15 sont actuellement dans des collections publiques. Ces deux plaques sont les dernières connues de la série encore en mains privées.
 


 

 

Léonard Limosin, (1505- 1575/1577)
Achille et Léandre
Émaux peints polychromes et translucides
avec rehauts d’or sur cuivre
30 x 26 cm
Limoges, vers 1564

Estimation : 150 000 / 200 000 € chaque plaque

Deux plaques émaillées redécouvertes de Léonard Limosin

Ces deux grands portraits rectangulaires, sur fond bleu, représentent des figures inspirées par les Héroïdes d’Ovide, oeuvre littéraire qui a profondément marqué la Renaissance en Europe. Réalisées vers 1564 par Léonard Limosin, l’émailleur le plus talentueux du XVIe siècle au service de la Cour, ces plaques pourraient, comme l’expliquent Thierry Crépin-Leblond et Stéphanie Deprouw dans le catalogue de l’exposition “De la Lettre à l’émail. Léonard Limosin interprète Ovide” (musée national de la Renaissance, Écouen, 2010), avoir été offertes à Catherine de Médicis par Louise de Clermont, une proche confidente de la reine.

Elles pourraient aussi avoir été commandées par la reine elle-même, grande passionnée d’émaux de Limoges. À sa mort, l’inventaire de la reine fait état de 259 pièces d’émail, témoignant de son intérêt pour cet art raffiné. Cette série de plaques explore les thèmes de l’abandon et de la solitude amoureuse, en résonance avec la propre vie de Catherine, veuve inconsolable d’Henri II. Les plaques des Héroïdes décoraient certainement les lambris du «cabinet des émaux» de sa résidence parisienne, aménagée à partir de 1570 sous la direction de l’architecte Jean Bullant (aujourd’hui à l’emplacement de la Bourse du Commerce et dont seule la colonne « Médicis » a été préservée).

Les Héroïdes d’Ovide, Achille et Léandre

Dans les Héroïdes, Ovide adopte une approche épistolaire inédite pour l’époque, présentant une série de lettres fictives écrites par des figures féminines mythologiques ou historiques, souvent confrontées à l’absence ou à l’indifférence de l’être aimé. Véritable innovation poétique, cette oeuvre a connu un succès grandissant, influençant aussi bien la littérature que l’art en Europe à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Avec la montée de l’Humanisme, ce texte connaît une diffusion exceptionnelle, dépassant même en nombre d’éditions les célèbres Métamorphoses du même auteur.

L’ensemble de plaques réalisé par Limosin autour de 1564 traduit cet engouement pour le texte d’Ovide parmi les cercles érudits de la Renaissance et l’esprit humaniste du siècle, qui valorise la dimension universelle des sentiments humains. De dimensions similaires et toujours sur fond bleu, elles représentent des portraits de personnages en buste, leurs vêtements et coiffures variant entre styles antiques et contemporains.

Les plaques représentent Achille et Léandre, qui incarnent chacun, à leur manière, des idéaux de courage, de passion et de tragédie. Achille, héros de la guerre de Troie, est épris de Briséis, une captive troyenne. Le couple est au coeur du conflit initial de l’Iliade. Lorsque Agamemnon, chef des Grecs, force Achille à lui céder Briséis, il se retire du combat, ce qui affaiblit les Achéens et déclenche une série de tragédies qui forment la trame de l’épopée d’Homère. Léandre, quant à lui, par amour pour Héro, une prêtresse d’Aphrodite, traversait chaque nuit à la nage le détroit de l’Hellespont, jusqu’à ce qu’il périsse lors d’une tempête.

Un parcours de collection prestigieux

Après avoir décoré les lambris du cabinet des émaux de Catherine de Médicis, ces plaques entament un parcours remarquable. On retrouve leur trace dans la vente des collections de Mentmore Towers en 1977, propriété de la famille Rothschild. Organisée pour la succession d’Harry Primrose, 6e comte de Rosebery, la vente comportait de nombreux émaux de Limoges, qui avaient été collectionnés passionnément par le baron Mayer Amschel de Rothschild, puis transmis à sa fille Hanna. Puis, en 1981, elles réapparaissent dans une vente chez Sotheby’s à New York. Elles sont depuis, conservées dans une collection privée européenne.

Cabinet des Merveilles
live 19 décembre | 15:00

Cabinet des Merveilles

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