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PESCHETEAU BADIN - Deux dessins inédits d'Édouard Manet

mercredi 15 décembre 2021

La Maison Pescheteau Badin proposera le 15 décembre prochain à l'Hôtel Drouot deux aquarelles d’Édouard MANET redécouvertes. Réalisées probablement en 1880 lors de son séjour en cure à Bellevue, ce portrait de femme et cette amande illustrent parfaitement le travail et les réflexions qui animaient Manet à cette époque.

On retrouve dans ces œuvres, la figure de modernité qu’est Manet et son talent pour saisir d’un regard le détail révélateur du sujet. Ces deux aquarelles sont conservées dans la même famille de la Plaine Monceau depuis près d’un siècle.
 

 
Edouard MANET (1832 -1883)
Amandes {Philippine) - Été 1879 ou été 1880
Aquarelle sur papier monté sur carton - Signé en bas à droite : E. Manet - 11,5 x 11,7 cm
Inscrit en haut à droite : Bellevue ; et en bas à gauche : Philipoine
Estimation : 30 000 / 50 000 euros
Edouard MANET (1832 -1883)
Femme au chapeau - Marguerite Été 1880
Aquarelle sur papier monté sur carton - Signé à gauche : E. M.
11.5 x 11.7 cm
Estimation : 50 000 / 70 000 euros
 

144douard MANET (1832-1883)

Édouard Manet est né à Paris, le 23 Janvier 1832, dans une famille de la haute bourgeoisie. Ses études révèlent un enfant agité illustrant ses cahiers de caricatures. Il refuse des études de droits et tente d’entrer dans l’École Navale mais échoue à deux reprises entre 1848 et 1849. Il entre en 1850 dans l’atelier de Thomas Couture, peintre du courant académique et grand professeur, il y restera 6 ans. Manet visite de grands musées dont les plus grandes institutions d’Italie et des Pays-Bas. Il rencontre Eugène Delacroix, grand représentant du courant romantique, qui l’autorise à copier un de ses tableaux les plus connus : Dante et Virgile aux Enfers également nommé La Barque de Dante, exposé au musée du Luxembourg. 

En 1859, Manet propose une première œuvre : Buveur d’Absinthe au Salon de l’Académie qui est refusée par son austérité, non appréciée par les jurys. Pour autant, l’année 1861 est prometteuse, deux de ses toiles sont acceptées : Le Chanteur Espagnol et Portrait de M. et Mme Manet. Malheureusement, les refus vont ensuite se succéder pendant quelques années.

Il fréquente aussi le café Tortoni, boulevard des Italiens, endroit à la mode où se retrouvent des hommes politiques, des intellectuels, des artistes. En 1862, les divertissements parisiens lui inspirent La Musique aux Tuileries, tableau de type impressionniste. Il peint la même année Le Déjeuner sur l’Herbe, refusé par l’Académie mais exposé au Salon des Refusés en 1863. Le tableau y suscite un grand engouement car le modèle utilisé est l’artiste-peintre Victorine Meurent qui sera sa muse de 1862 jusqu’à 1873.

Rejeté par l’Académie et incompris des amateurs d’art, Édouard Manet se rapproche des jeunes peintres novateurs. Nombre d’entre eux deviendront les plus grands peintres impressionnistes, qui se rencontrent rue des Batignolles, au Café Guerbois. Édouard Manet devient un de leurs inspirateurs par l’écart d’âge entre les impressionnistes et lui. Il incarne la révolution esthétique de la fin du XIXe siècle : la mort de l’académisme au profit du réalisme de la vie contemporaine. Rival de Gustave Courbet, et véritable exemple pour une génération d’artistes (Degas, Monet…), Manet est parfois présenté, à tort, comme le père de l’impressionnisme. S’il ouvrit la voie à la modernité, l’artiste n’en demeure pas moins un peintre de Salon, en quête de reconnaissance officielle, et dont la carrière a été émaillée de succès et de scandales.

Il reçoit en 1881 une médaille du jury du Salon de L’Académie pour sa toile : Portrait d’Henri Rochefort.  Il séjourne pendant un temps à Meudon Bellevue, en 1880, pour une cure car sa santé se détériore. Il y peint une série de célèbres tableaux : Jeune-Fille au Jardin de Bellevue, Mme Manet, mère dans le jardin de Bellevue, Jeune-fille au seuil du jardin de Bellevue et Un coin dans le jardin de Bellevue. Il vit sentier des Pierres Blanches, aussi, connu pour avoir hébergé des peintres comme Louis Tauzin et Louis Maurice Boutet de Monvel mais aussi l’historienne d’art Gabriella Rèpaci-Courtois. La maison existe encore et se différencie par ses briques rouges.

Contexte historique des deux œuvres

En cette année 1880, Manet est âgé de quarante-huit ans et les scandales sont derrière lui. S’il reste attaché à sa volonté d’un art tourné vers la réalité immédiate, tout indique que la reconnaissance viendra un jour à l’art moderne, dont il est à cette époque le héros ou porte drapeau. En 79, est exposé Dans la serre et les critiques lui reconnaissent enfin alors « une indéniable influence sur son temps ». Pourtant cet été 1880, pour la seconde année consécutive, l’ombre de la maladie pèse sur Manet et il doit suivre un second traitement (une cure) dans un établissement spécialisé à Bellevue (établissement situé à Meudon), conséquence d’une ancienne contamination syphilitique.

Manet suit son traitement dès juin, fait de bains et de douches, son épouse et son fils essaient de le distraire mais Manet se lasse et les boulevards parisiens dont il a toujours été friand lui manquent. Être isolé à la campagne est une torture. Il dessine donc beaucoup, à l’encre et à l’aquarelle et surtout il écrit à celles et ceux qui lui manquent.. surtout à celles. Il correspond notamment avec les Charpentier, qui ont accueilli certaines de ses œuvres, avec les Lemonnier, bijoutiers de la Place Vendôme avec les Guillemet qui possèdent un magasin de mode Faubourg Saint-Honoré qui ont posé pour Dans la serre, et avec Marguerite, jeune sœur de Madame Guillemet.

La question du temps habite Manet à cette époque et les lettres de Bellevue, dessins et textes mêlés offrent autant de ces moments poétiques suspendus. Son séjour à Bellevue le ramène au cœur de la nature « domestiquée ». Il prépare ses croquis à l’aquarelle sur des feuilles qu’il utilise ensuite comme papier à en-tête. À l’image de ce que disait Verlaine : « Voici des fleurs des feuilles des fruits et puis des femmes », comme autant de cadeaux envoyés aux amis qui lui manquent.

La femme au chapeau

La première aquarelle représente une jeune femme portant un chapeau ; cette œuvre fait écho à d’autres travaux de l’artiste réalisé à la même période. Les rares visites qu’il reçoit pendant ses séjours lui permettent de renouer avec son amour du portrait posé. Dans l’aquarelle que nous présentons, il s’agit d’un portrait de « Marguerite ». Ce dessin est à rapprocher des quatre dessins d’un carnet de croquis de Manet publiés par Denis Rouart et Daniel Wildenstein dans le catalogue raisonné d’Édouard Manet. 

Sur ces dessins, Manet représente la jeune femme portant le même chapeau et la même robe. Les auteurs du catalogue de 1975 l’identifient de façon convaincante comme Marguerite, sœur de Mme Jules Guillemet, ce qui nous permet de dater l’œuvre de l’été 1880, puisque Marguerite rend visite à Manet lors de son séjour à Bellevue à cette époque. Une lettre de Manet à Henri Guérard, s.d. (1880) confirme la visite de Marguerite à Bellevue, où elle a posé plusieurs fois pour le peintre.

Manet est très proche de M. et Mme Jules Guillemet, propriétaires d’un magasin de mode du faubourg Saint-Honoré. Il est attiré par la franche élégance énergique et mutine de Madame Jules Guillemet et de sa sœur Margueritte, toutes deux d’origine américaine.

À cette époque, il avait fréquenté assidûment le couple Guillemet qui avait été les modèles du célèbre tableau Dans la Serre, premier tableau de Monet à être entré dans les collections d’un Musée en 1896, en l’occurrence la National Galerie de Berlin. Ce dessin, d’une rare fraicheur, est inédit à ce jour et non publié. Il sera intégré au catalogue raisonné de l’artiste.

Les amandes

La seconde aquarelle représente une amande, elle est datée de l’été 1979 ou 1880. Comme évoqué plus haut, ses séjours à Bellevue ramènent Manet au cœur de la nature. Il peint selon les saisons, ses natures mortes font écho aux petits tableaux de la même époque, un melon, une poire, seule ou en corbeille, ainsi que la fameuse botte d’asperges.

Saisis dans la rapidité de l’instant, vanités miniatures, elles sont autant de petites victoires contre le temps et ses menaces. Ses dessins au fil des saisons préfigurent une série restée inachevée sur le thème classique des quatre saisons, qui devait réunir quatre portraits féminins et dont seuls ceux de l’actrice Jeanne Demarsy en Printemps et de Méry Laurent en Automne ont été réalisés. Cette aquarelle sera intégrée au catalogue raisonné de l’artiste.


 

Vente aux enchères publique - Hôtel Drouot - Salle 9
Mercredi 15 décembre - 14h

Exposition publique - Hôtel Drouot - Salle 9
Mardi 14 décembre - 11h/18h
Mercredi 15 décembre - 11h/12h

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Vente : mercredi 15 décembre 2021
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot 75009 Paris, France
Maison de vente
Pescheteau-Badin
Tél. 01 47 70 50 90