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LECLERE-MAISON DE VENTES - Une œuvre majeure de Kees Van Dongen pour la première fois aux enchères
lundi 25 juin 2018
Lundi 25 juin, Leclere – Maison de ventes présentera à Drouot, lors d’une vente d’art impressionniste et moderne, un exceptionnel tableau de Kees VAN DONGEN (1877-1968) intitulé La Lecture. Peinte en 1911, cette œuvre marque la transition entre la période fauve et la période mondaine dans le travail de l’artiste. Hommage à son épouse Augusta Preitinger et à son ami Paul Poiret, ce chef-d’œuvre resté dans la famille Van Dongen pendant plus de 70 ans, fut acquis il y a 30 ans par un collectionneur parisien. Ce tableau monumental, inédit sur le marché de l’art, demeure le plus important présenté aux enchères en France depuis 2006.

La Lecture ou Rabelais peut être considéré comme le premier chef-d’œuvre succédant à la période fauve de Kees VAN DONGEN. Ce tableau monumental (145,5 x 145,5 cm), peint à Paris en 1911 à l’issue de son voyage en Espagne et au Maroc, révèle une inspiration à la fois exotique et mondaine. Tournant décisif dans la peinture de l’artiste, il préfigure ses portraits de la haute société parisienne tout en s’inscrivant dans l’avant-garde décorative du début du XXe siècle.

La composition s’articule autour du portrait d’Augusta Preitinger, épouse de l’artiste de 1901 à 1921, dans l’intimité d’un décor oriental cher à l’artiste. Assise sur un sofa, elle est plongée dans la lecture de Rabelais, au milieu de coussins à motifs floraux et géométriques, devant une toile représentant un voilier. Le chat noir recroquevillé en bas à droite – et dont le nom n’est pas connu – adresse au spectateur un clin-d’oeil malicieux et le surprend dans l’observation de cette scène privée.

La Lecture est exécutée alors que Van Dongen parvient à l’apogée de son art, tant sur le plan de la diversité des sujets traités, que sur celui des découvertes formelles. En quête de reconnaissance artistique et financière, il est un peintre infatigable qui s’affirme sur tous les fronts d’avant-garde. Présenté régulièrement aux salons des Indépendants et d’Automne, il obtient les faveurs de Kahnweiler et expose en quelques mois à Munich, à Bruxelles et à Londres. Entre 1908 et 1916, Van Dongen est sous contrat avec Bernheim-Jeune, marchand de Matisse, Bonnard et Utrillo. En juin 1911, la galerie lui consacre une exposition dont le succès est tel qu’elle sera renouvelée en décembre de la même année. Cette collaboration lui permet de resserrer ses liens d’amitié avec Félix Fénéon, célèbre critique et directeur artistique de Bernheim-Jeune. Tout cela assure à l’artiste un tremplin vers la célébrité et le début du confort matériel garanti par une rente mensuelle. Son œuvre est propulsée dans un milieu fréquenté par une riche clientèle pour qui il est de bon ton de se fournir chez Bernheim-Jeune.

VAN DONGEN ET MATISSE : L'ORIENTALISME RENOUVELÉ

L’attrait pour les sujets et motifs nord-africains, qui nourrissent la peinture du XIXe siècle, notamment de Gros, d’Ingres, de Delacroix, puis de Renoir, demeure encore vif au début du XXe siècle. En Allemagne, les expressionnistes de Die Brücke, admirateurs de Van Dongen qu’ils considèrent comme un ambassadeur de leurs valeurs à Paris, renouvèlent le genre avec brio. En France, ce nouvel orientalisme est dominé sans conteste par Matisse et Van Dongen, coreligionnaires au salon d’Automne de 1905 et tous deux représentés depuis 1908 par Bernheim-Jeune.

Alors que le fauvisme jette ses derniers feux, la découverte des pays du pourtour méditerranéen offre à Van Dongen l’occasion d’insuffler un élan nouveau à son oeuvre. Grâce aux ressources de la galerie Bernheim-Jeune, l’artiste peut enfin satisfaire son intérêt pour l’esthétisme oriental, séduit par « ce climat divin, cette belle lumière, cette facilité de vivre et cette bonne santé chauffée par le soleil, à laquelle rêve toujours la nostalgie nordique » Van Dongen cité in L. Chaumeil, Van Dongen, L’homme et l’artiste, Genève, 1967, pp. 114-115.

Après un bref séjour en Italie, l’artiste voyage en Espagne, au Maroc et en Égypte, pays qui nourriront intensément sa peinture au début des années 1910. La femme y est bien sûr un sujet essentiel – Les gitanes espagnoles ; Femmes Ouled-Naïl – mais son œil s’arrête également sur les scènes de rues, les paysages baignés de soleil, les animaux qu’il capture de façon ludique. Il suit en cela l’exemple de Matisse, qui découvre l’Algérie en 1906 et le Maroc quelques mois après lui, en 1912. Gardant à l’esprit les œuvres orientalistes de son aîné, l’étude de la lumière méditerranéenne marque la production de l’artiste en profondeur. À son retour d’Égypte, ilconfie ainsi à Fénéon, au sujet de ses dernières peintures : « Elles ont perdu beaucoup […] de leur spontanéité, mais elles ont gagné d’autres choses et il y a plus de couleurs. Elles vous plairont davantage » 2 Van Dongen cité in L. Chaumeil, Van Dongen, L’homme et l’artiste, Genève, 1967. 

La Lecture témoigne de cette métamorphose : à la fièvre fauve a succédé l’enthousiasme décoratif. La touche est plus lisse, le trait plus fin, la couleur moins crue, la composition plus méditée. Il en résulte une élégance et une sérénité poétique, doublée d’une attention au motif encore inédite chez Van Dongen, qui pose ici les bases esthétiques de sa nouvelle peinture.

Comme Matisse, il se réfère à la tradition de figuration orientale qui suppose la planéité des motifs et revendique avec lui un art ouvertement décoratif. À ce sujet Matisse déclare ainsi, vers la fin de sa vie : « Le décoratif pour une œuvre d’art est une chose extrêmement précieuse. C’est une qualité essentielle. Il n’est pas péjoratif de dire que les peintures d’un artiste sont décoratives » 3 Matisse à Léon Degand, octobre 1945, in Écrits et propos sur l’art, Paris, 1972, p. 308. 

Van Dongen anticipe cette pensée dans La lecture, dont les motifs chintamani d’inspiration turc des coussins évoquent sans difficulté les odalisques de Matisse dans les années 1920. Le motif décoratif est vecteur d’exotisme et Van Dongen pousse ce parti pris jusqu’à un certain archaïsme esthétique, visible notamment dans la représentation d’Augusta. Tandis que son visage est de profil, son œil en amande apparaît de face. Une approche qui rappelle les bas-reliefs égyptiens, mais aussi, de façon plus contemporaine, le nu féminin représenté à gauche des Demoiselles d’Avignon de Picasso.



L'ART DE VIVRE DE VAN DONGEN ET POIRET

À la différence de Matisse, Van Dongen adapte l’orientalisme au goût parisien, recréant dans La lecture une ambiance à la pointe du chic.Nousévoquions plus tôt la haute société que Van Dongen se met à côtoyer grâce à Bernheim-Jeune. L’historienne Genevienne Nevejan remarque « qu’en devenant peintre de la mode, Kees Van Dongen se convertit en peintre à la mode » 4 Genevienne Nevejan, Van Dongen, cat. d'exp., Monaco, 2008, p. 299. 

La Lecture reflète le virage mondain engagé par l’artiste vers 1910. La réalisation du tableau est d’ailleurs proche de sa rencontre avec le couturier Paul Poiret. Ce dernier jouit alors d’une renommée internationale et exerce sur le couple Van Dongen une influence décisive. Kees partage son intérêt pour l'exotisme des étoffes orientales et des tons chauds, tandis qu’Augusta s’habille le plus souvent en Poiret. Dans La lecture, celle-ci est vêtue d’un corsage à basques rayé bordé de pompons, d’une jupe fendue jaune étroite et de collants et talons rouges, qui illustrent à merveille le goût Poiret. Sur ce costume haute-couture, s’ajoute un détail exotique, porté en pendentif : une main de Fatma – porte-bonheur de coutume berbère – rapportée par Van Dongen du Maroc.

Les Poiret, en retour, sont de fervents admirateurs de Van Dongen et possèdent plusieurs toiles du maître, dont les chefs-d’œuvre Quiétude et Colombes, où l’une des femmes porte le même collier de perles que dans le présent tableau. Les deux artistes partagent un goût similaire pour le proche et l’extrême Orient, comme en témoignent leurs intérieurs respectifs. Des fêtes costumées sont organisées dans les appartements des deux hommes où, entre « Matisse et Marquet, se mêlaient quantité de bourgeois, femmes du monde et célébrités mondaines, le Tout-Paris à la page », rapporte la célèbre modèle et muse Fernande Olivier.

Loin de la légèreté de son motif, La lecture présente un langage formel novateur et puissant, véritable synthèse entre le travail de Matisse et de Picasso. Éloge du chic parisien des années 1910, le tableau célèbre la beauté féminine, la réinterprétation de l’exotisme oriental et le goût Paul Poiret. 
 
 
Vente aux enchères publique - Drouot - Salle 4
Lundi 25 juin - 14h

Exposition Œuvres Choisies [Classique & Moderne] - Drouot - Salle 9
Jeudi 24 mai - 11h / 21h
Vendredi 25, samedi 26, lundi 28 et mardi 29 mai - 11h / 18h

Exposition publique - Drouot - Salle 4
Samedi 23 juin - 11h / 18h
Lundi 25 juin - 11h / 12h

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art impressionniste et moderne, école de Paris

Expositions des lots : samedi 23 juin - 11:00/18:00 - lundi 25 juin - 11:00/12:00
Vente : lundi 25 juin 2018 - 14:30
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot 75009 Paris
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