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Georges BATAILLE (1897-1962) Le Bleu du ciel. Tapuscrit corrigé ; 173 feuillets in-4 (27 x 21 cm ; petites fentes ou déchirures marginales à quelques ff., manques au f. 14 sans perte de texte). Tapuscrit complet du roman, surchargé de corrections et additions autographes. Écrit en 1935, mais marqué par un érotisme de la transgression qui le rendait difficilement publiable à l’époque, Le Bleu du ciel ne fut édité qu’en 1957, chez Jean-Jacques Pauvert. Georges Bataille avait gardé un des dactylogrammes établis en 1935 d’après son manuscrit ; c’est sur celui-ci qu’il va préparer le texte définitif du roman. Le tapuscrit est surchargé de corrections au stylo bille noir, avec des additions interlinéaires ou dans les marges. Il a servi pour l’impression, comme en témoignent les indications typographiques sur la première page. Le tapuscrit comprend la totalité du livre : Avant-propos (p. 1 et 1 bis).- [Introduction] (p. 2-11 bis, sur la pagination dactyl. [5]-15). - PREMIERE PARTIE (p. 11 ter pour le titre, et 12-14 sur papier rose [pag. dactyl. 28-30]). - DEUXIEME PARTIE (titre pag. 15). - Le Mauvais Présage (titre pag. 16), la 1ère page numérotée 17, la suite reprenant la pagination dactylographiée (34-54) [à partir de là, Bataille ajoute à la main la pagination quand elle ne figure pas sur la dactylographie). - Les Pieds maternels (p. 55-105). - Histoire d’Antonio (p. 106-118). - Le Bleu du ciel (p. 119-166). - Le Jour des morts (p. 167-191). Le travail de correction mené par Bataille est immense ; chaque ligne, ou presque, est saturée de corrections. Quelques pages témoignent de remaniements plus importants. Ainsi, Bataille ajoute quatre lignes à la fin de la première partie (p. 14) : « Le bonheur à l’instant m’enivre, il me saoûle. / Je le crie, je le chante à pleine gorge. / En mon coeur idiot, l’idiotie chante à gorge déployées. / JE TRIOMPHE ! » À la fin des Pieds maternels, Bataille corrige le dernier paragraphe, avant de le biffer et de rédiger ces deux paragraphes : « … Xénie, le long de moi s’allongea… elle eut alors l’apparence d’une morte… elle était nue… elle avait des seins pâles de prostituée… un nuage de suie noircissait le ciel… il dérobait en moi le ciel et la lumière… un cadavre à côté de moi, j’allais mourir ? / … même ette comédie m’échappait… c’était une comédie… » Le début de l’Histoire d’Antonio est fortement remanié : la page 107 du dactylogramme est remplacée par une page autographe : « Peu de semaines plus tard, j’avais même oublié d’avooir été malade. Je rencontrai Michel à Barcelone. Je me trouvai soudain devant lui. Assis à une table de la Criolla. Lazare lui avait dit que j’allais mourir. La phrase de Michel me rappelait un passé pénible. » Et la page 108 est presque entièrement biffée au crayon bleu. Les épisodes mènent le narrateur, Troppmann (un nom d’assassin), de Londres à Barcelone puis en Allemagne, en compagnie de trois femmes : sa maîtresse Dorothea dite Dirty, une jeune fille Xénie, et la laide Lazare (où l’on peut reconnaître sa femme Sylvia, sa maîtresse Colette Peignot, et Simone Weil). On le voit se détruire dans la beuverie, l’ordure, la transgression, l’obscénité et l’érotisme, jusqu’à la nécrophilie avec la scène d’amour dans la boue d’un cimetière ; le roman s’achève sur un défilé des jeunesses hitlériennes, terrifiant et obscène, « marée montante du meurtre ». Citons l’Avant-propos de 1957 : « Un peu plus, un peu moins, tout homme est suspendu aux récits, aux romans, qui lui révèlent la vérité multiple de la vie. Seuls ces récits, lus parfois dans les transes, le situent devant le destin. [...] Le récit qui révèle les possibilités de la vie n'appelle pas forcément, mais il appelle un moment de rage, sans lequel son auteur serait aveugle à ces possibilités excessives. Je le crois : seule l'épreuve suffocante, impossible, donne à l'auteur le moyen d'atteindre la vision lointaine attendue par un lecteur las des proches limites imposées par les conventions »… « Le verbe vivre n’est pas tellement bien vu, puisque les mots viveur et faire la vie sont péjoratifs. Si l’on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n’est que débauche et gaspillage. À son niveau le plus simple, Le Bleu du ciel inverse cette morale prudente en décrivant un personnage qui se dépense jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches, et de coucheries. Cette dépense, volontaire et systématique, est une méthode qui transforme la perdition en connaissance et découvre le ciel dans le bas. Face à la mort, en sachant que rien ne lui échappe, il ne saurait être question de “salut”, aussi la volonté de se perdre est-elle la seule éclairante – la seule d’où puisse surgir une nouvelle souveraineté. Le Bleu du ciel en décrit l’apprentissage en dénudant au fond de chacun de nous cette fente, qui est la présence toujours latente de notre propre mort. Et ce

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