AGUTTES - Tableaux & Dessins anciens

vendredi 25 mars 2022

Le vendredi 25 mars 2022, la maison de ventes Aguttes marque son retour à l’Hôtel Drouot avec une vacation orchestrée par son département Maîtres anciens et du XIXe siècle. Une fois encore, une sélection d’œuvres inédites sur le marché passera sous le feu des enchères : la découverte d’un tableau de Louyse Moillon, artiste femme du XVIIe siècle, vient enrichir l’Histoire de l’Art… Et les souvenirs du castrat Farinelli à la cour d’Espagne devraient marquer les esprits.

Artiste femme du XVIIe siècle, Louyse Moillon (1609/1670-1696) : découverte d’une œuvre inédite sur le marché de l’art
 

LOUYSE MOILLON PARIS, 1609/1610-1696
Nature morte à la coupe de fraises, panier de cerises, branche de groseilles à maquereaux
Huile sur panneau
Signé et daté en bas à droite Louyse Moillon/1631
36 x 50 cm
Estimation : 150 000 – 200 000 €
 
Nature morte à la coupe de fraises, panier de cerises, branche de groseilles à maquereaux de l’artiste Louyse Moillon (1609/1670-1696) constitue une extraordinaire découverte au sein de l’École française. Les œuvres de certains artistes s’avèrent rares, et Louyse Moillon fait partie de ces peintres dont on découvre des tableaux au fil du temps. Le marché de l’art contribue ainsi à venir enrichir le corpus de ce artiste femme.

Elle développa, au cours du au XVIIe siècle, son identité artistique dans la suite de la tradition flamande et hollandaise de nature morte. De l’obscurité, l’artiste fait jaillir les sujets de son étude, dont elle souligne la pure simplicité dans l’économie des couleurs et des formes.

Œuvre inédite sur le marché de l’art, nouvellement intégrée au corpus de Louyse Moillon, cette peinture invite l’esthète à prendre le temps de la contemplation, et le terme nature morte ne s’applique plus, dans ce cas : il faudrait la désigner comme nature vivante ou Still Life (vie immobile), le terme anglais beaucoup plus approprié.

Fille de Nicolas (1580-1619), sœur d’Isaac Moillon (1614-1673) et belle-fille de François Garnier (1600-1672), Louyse Moillon (ci.1610-1696) appartient à cette génération des peintres dits de « la réalité » et elle occupe une place de premier plan dans ce genre considéré à l’époque comme le « petit genre » : la nature morte, domaine dans lequel elle excelle.

Estimé 150 000 / 200 000 €, cette peinture représente des fraises plus vraies que nature qui témoignent du remarquable savoir-faire de l’artiste alors âgée de 21 ans seulement. En Angleterre, Espagne, France, les plus grands parmi ses contemporains, avec Charles Ier d’Angleterre, le Marquis de Leganes ou encore Claude de Bullion surintendant des finances du roi Louis XIII, adulèrent l’artiste.

Souvenirs du castrat Farinelli (1705-1782) à la cour d’Espagne

Deuxième remarquable découverte, qui concerne, cette fois, les Écoles italiennes ! Il s’agit des souvenirs illustrés du castrat Farinelli (1705-1782), dans une double composition qui présente de somptueux décors d’opéra en perspective. Représentant chacune un cadre de scène et une fosse d’orchestre vide, les deux images laissent évoluer des figurants dans de fabuleuses mises en scène, l’une intérieure, l’autre extérieure. Francesco Battaglioli (1722-1796), qui réalisa cette commande, avait également travaillé pour Farinelli à Madrid, et il s’avère probable que le castrat ait souhaité avoir quelque temps plus tard, la représentation de deux scènes de La Nitteti, opéra qu’il supervisa lui-même à la cour d’Espagne. Elles apparaissent aujourd’hui comme de précieux témoignages de spectacles grandioses, bientôt offertes au feu des enchères avec une estimation de 30 000 / 40 000 €.
 
FRANCESCO BATTAGLIOLI MODÈNE, 1714 - VENISE, VERS 1796
Vue d'une scène de l'opéra Didone abbandonata (Acte I, scène 9) de Métastase et Galuppi organisé par Farinelli au Coliseo del Buen Retiro
Entre 1754 et 1759
Huile sur toile
81 x 110, 5 cm
Estimation : 30 000 / 40 000 €
 
L’un des plus grands portraitistes du XVIIIe siècle européen Jean-Étienne Liotard, artiste atypique

Jeune homme curieux, au tempérament certainement aventureux, Jean-Étienne Liotard voyage jusqu’aux confins de l’Europe et fit même un détour par Constantinople. De ses périples, il rapporte un répertoire de formes et de couleurs qu’il met au service de son art. Renommé de son vivant, son œuvre s’est particulièrement diffusé via la gravure ; reconnu comme un artiste sensible et capable de saisir la personnalité de ceux qu’il représente, Jean-Etienne Liotard se voit, par ailleurs, plus loué pour ses talents de physionomiste, que pour son emploi des couleurs qui laisse certains de ses contemporains circonspects.

Dans ce portrait estimé 150 000 / 200 000 €, selon ses habitudes, l’artiste fait le choix d’une élégante simplicité pour son modèle qu’il ne pâre que de peu d’attributs. Liotard saisit son modèle dans l’intimité, sa robe négligemment enfilée et dévoilant discrètement une chemise bordée de dentelle au creux de sa gorge. L’emploi du pastel permet de souligner l’aspect velouté de la robe, du ruban mais aussi des chairs, conférant à l’ensemble un sentiment de douceur propre à son modèle.
 

JEAN-ÉTIENNE LIOTARD GENÈVE, 1702 - 1789
Portrait de femme en robe d'écarlate, doublée d'hermine
Pastel sur papier
57,5 x 46,5 cm
Estimation : 150 000 / 200 000 €
 
Dès 1779, cette œuvre figure dans la vente après-décès de Vassal de Saint-Hubert, fermier général et valet de chambre du comte de Provence.

Le Guerchin, dessinateur prodige et prolixe

Intimement lié à deux commandes importantes passées au Guerchin (1591-1666), cette feuille, estimée 70 000 / 80 000 €, s’inscrit dans un corpus préparatoire connu de deux autres dessins, conservés par la Morgan Library de New York et le British Museum de Londres. Esquisse pour un retable commandé pour une église de Turin où il se trouve toujours aujourd’hui, elle inspira suffisamment le peintre pour qu’il s’en serve à nouveau lors d’une nouvelle commande à quelques années d’intervalle.

Réalisé à la plume et au lavis, le dynamisme des lignes révèle un cheminement à tâtons pour trouver la composition idéale et trahit une main intensément vivante et créatrice.

GIOVANNI FRANCESCO BARBIERI, DIT LE GUERCHIN CENTO, 1591 - 1666, BOLOGNE
Santa Maria del Rosario avec saint Dominique et sainte Catherine de Sienne, c. 1637
Plume, encre brune et lavis brun sur papier
40 x 26,5 cm
Estimation : 70 000 / 80 000 €

Avant que ne soit décidée l’exécution du grand retable, le marquis de Voghera, Amadeo dal Pozzo (1579-1643) aurait demandé au peintre de lui soumettre un modello dessiné de la composition imaginée. De ces prémices nous sont parvenus trois dessins, et le troisième, dont l’image nous a été transmise par une gravure de Francesco Bartolozzi (1727-1815) conservée au musée de l’Albertina à Vienne, apparaît être précisément celui proposé aujourd’hui à la vente, faisant figure de véritable redécouverte.

Quelque temps plus tard en 1639, une nouvelle commande est passée au Guerchin pour une composition sur le même thème. Souhaitée par le prélat dominicain Agostino Galimini (1553-1639), évêque d’Osimo et cardinal titulaire de l’église San Maria d’Araceli à Rome, elle était destinée à l’église San Marco d’Osimo. A la lumière de ces éléments, ledit dessin devient une version hybride entre les compositions de Turin et d’Osimo car le peintre aura décidé de l’explorer à nouveau dans sa version de San Marco.

Dessinateur prodige et prolixe, Le Guerchin parvient à illuminer ses compositions avec une formidable habileté, jouant des ombres et des lumières pour modeler et insuffler la vie à ses figures.

Vanité et cabinet de curiosités au XVIIe siècle

Au premier plan de cette peinture flamande de Christiaan Luyckx (1623-1657), figure un livre ouvert sur la gravure du portrait de Laura Dianti par Titien qui convoque la Peinture et par là, une forme d'élévation intellectuelle et spirituelle, tout en faisant allusion à la vanité du savoir. Comme négligemment mis en valeur, quelques coquillages minutieusement colorés de pointes vives occupent le reste de l'espace inférieur. Par leur présence, leur caractère précieux, exotique et onéreux, ces mirabilia apparaissent comme des signes ostentatoires de la recherche d'érudition de celui qui les collectionne. La présence monumentale du globe illustre une quête prégnante de la connaissance : à sa surface se succèdent selon leur position céleste, les constellations sous leur forme zoo-anthropomorphe tandis que parmi elles, se détache le portrait de Tycho Brahe (1546-1601), astronome notable du siècle précédent. En contre-point de cela, la présence des papillons résume à elle-seule le caractère fugitif de l’existence et l’envol de l’âme suivant le trépas que tous suivront.
 

CHRISTIAAN LUYCKX ANVERS, 1623 - 1657
Nature morte au globe céleste, aux livre ouvert, coquillages, lézard et papillons
Huile sur toile
95 x 92 cm
OEUVRE EN RAPPORT Le pendant de cette oeuvre a été vendu dans une vente Sotheby's à New York, le 6 juin 2012, lot 38.
Estimation : 30 000 / 40 000 €
 
Né à Anvers dans le second quart du XVIIe siècle, Christian (ou Carstian) Luyckx, peintre prolixe d'animaux et de natures mortes, connut une renommée bien au-delà de ses frontières natales. Dans les années 1639-1640, il est l'élève de Philippe de Marlier (c. 1600-1668), peintre flamand de fleurs ayant passé quelques années au Portugal ; par la suite, il intègre l'atelier de Frans Francken III (1607-1667), auprès duquel il s'ouvre à d'autres motifs. En 1644, il est documenté à Lyon avant qu'il ne revienne à Anvers où en 1645, il intègre la Guilde de Saint-Luc, lui conférant le droit de travailler comme maître indépendant.
 
Vente aux enchères publique - Hôtel Drouot - Salle 9
Vendredi 25 mars - 15h

Exposition publique - Hôtel Drouot - Salle 9
Mercredi 23 mars - 11h/18h
Jeudi 24 mars - 11h/20h
Vendredi 25 mars - 11h/13h

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Aguttes

Maîtres anciens : tableaux et dessins anciens

Vente : vendredi 25 mars 2022
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot 75009 Paris, France
Maison de vente
Aguttes
Tél. Neuilly : 01 47 45 55 55