BEAUSSANT-LEFEVRE - Collection Jacques et Colette Ulmann

JEUDI 10 ET VENDREDI 11 FÉVRIER 2022

JACQUES ET COLETTE ULMANN
Itinéraire d’un couple de collectionneurs


Experts : Cabinet de Bayser et Gérard Augier

Les 10 et 11 février prochains, la maison Beaussant Lefèvre dispersera une importante collection, essentiellement constituée de dessins. Cette collection est le fruit du goût de Jacques et Colette Ulmann, qui ont rassemblé des feuilles du XVIe au XXe siècle pendant 50 ans.

« Une collection n’est pas qu’une accumulation d’objets sans vie mais un choix qui a été voulu et qui s’est construit au fil du temps. » précisait le couple. Jacques et Colette Ulmann ont commencé leur collection à la fin des années 1950 lorsqu’ils pratiquaient la médecine à Noisy-le-Sec et lui ont accordé une importance telle qu’ils la décrivaient eux-mêmes comme « l’égale d’un personnage vivant, [la collection] a pris une place de plus en plus importante dans notre vie au fur et à mesure qu’elle grandissait. Sans avoir été l’objet de soins plus attentifs que ceux que nous portions à nos enfants, elle était très présente dans notre existence et au moins une fois, ils sont passés après elle pour des raisons de fonds qui nous obligeaient à changer nos projets de vacances… ».

Colette Brull-Ulmann (1920-2021) est une figure de la Résistance. Interne en médecine de 1941 à 1943, elle participe au sauvetage d’enfants juifs hospitalisés à l’hôpital Rothschild, puis elle s’engage aux côtés de son père au Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA), le service d’espionnage créé en 1940 par le général de Gaulle. Elle a exercé son métier de pédiatre pendant quarante ans à Noisy-le-Sec. En 2017, cette femme d’exception publie Les Enfants du dernier salut, coécrit avec le journaliste Jean-Christophe Portes « pour honorer la mémoire de celles et de ceux qui avaient œuvré avec elle et s’étaient éclipsés avec leur secret ». Son implication dans la Résistance est retracée dans le documentaire de Jean-Christophe Portes et Rémi Bénichou, Les enfants juifs de l’hôpital Rothschild (Fr., 2015, 55 min). Elle a été décorée de la Croix de guerre par le Général de Gaulle en 1945 et de la Légion d’honneur à titre militaire en 2019 par le Président de la République Emmanuel Macron.
Jacques-André Ulmann (1917-2011) est né dans une famille de peintres et sculpteurs. Il est le fils de Louis-Félix Ulmann, artiste-peintre, et le petit-fils d’Emmanuel Hannaux (1855-1934), sculpteur, dernier élève d’Augustin Dumont. Il est l’arrière-petit-neveu d’Édouard Moyse (1827-1908), peintre nancéien de sujets religieux et orientaux. Après des années dans la Résistance, il a exercé de 1946 à 1985, la médecine générale et la dermatologie dans la banlieue de Paris. Passionné par l’histoire, il publie en 2011 un ouvrage sur Saint-Simon et la médecine.

Parallèlement à leur activité de médecins, Jacques et Colette Ulmann ont, dès les années 1950, collectionné avec passion les œuvres graphiques et constitué une importante collection de tableaux et dessins anciens et modernes. Leur marque de collection (Lugt 3533), un U à l’encre bleue, est généralement apposée au verso en bas à droite, mais parfois aussi au recto. Ils ont fait don de nombreux dessins à certains musées comptant parmi les plus importants : le musée du Louvre, d’Orsay, d’Art et d’Histoire du judaïsme, à la Villa Médicis ou encore à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC).

Si le couple avait un attrait particulier pour les feuilles hollandaises et flamandes des XVIe et XVIIe siècles, la collection de dessins est très transversale, abordant plusieurs grandes thématiques. Ainsi retrouve-t-on des scènes de la vie quotidienne, l’histoire de Paris, de la Commune, de Notre Dame de Paris, des guerres de 1870 et de 1914, les voyages pittoresques du XIXe siècle, la caricature, le paysage, les études d’arbres, etc. Ils cherchaient à comprendre mieux, non seulement l’auteur, mais le contexte de la réalisation des œuvres, les lieux représentés, le sens de la scène illustrée. Ils ne se contentaient pas d’acquérir : il leur arrivait de retourner chez les marchands qu’ils connaissaient bien pour les interviewer sur les provenances ou les origines géographiques des dessins, ils consignaient assidûment, sur des fiches, les recherches assidues qui les conduisaient dans les bibliothèques et les documentations de musées.

La vente que proposera la maison Beaussant Lefevre les 10 et 11 février prochains s’articule en deux parties. La première partie est composée des feuilles les plus importantes, tandis que la seconde est constituée de dessins plus modestes. Les deux ventes sont présentées dans l’ordre chronologique.

Parmi les 187 œuvres phares de la première vente, figurent de nombreuses écoles du nord du XVIIe siècle, représentant principalement des scènes quotidiennes. C’est notamment le cas de Nature morte avec femme portant un plat de Franz SNYDERS (1579-1657) estimé entre 15 000 et 20 000 €. Ce dessin est une étude préparatoire à un tableau conservé dans la collection Fritz Fray à Burgenstock, près de Lucerne. De nombreux détails les différencient néanmoins, à l’instar du fond où Snyders supprime, dans le dessin, les fenêtres et modifie la balance suspendue.

Un dessin à la plume et encre brune de Hieronymus WIERIX (1553-1619) représente quant à lui Diane et Actéon dans un paysage de campagne ; il est estimé entre 6 000 et 8 000 €. Wierix était réputé pour sa maîtrise de la gravure et l’on retrouve dans notre dessin l’âme et la soif du détail et de la minutie. L’artiste décrit ici le moment où, Actéon à la chasse, surprend Diane dans son bain. Furieuse, elle le transforme alors en cerf, et Actéon finit chassé et dévoré par ses propres chiens.
 
  
Franz SNYDERS (Anvers, 1571657)
Nature morte avec femme portant un plat
Plume et encre brune sur traits de crayon noir.
25 x 40 cm
Estimation : 15 000 - 20 000 €

Hieronymus WIERIX (Anvers, 1553 - 1619)
Diane et Actéon
Plume et encre brune.
Monogrammé en bas à gauche « H.W ».
19 x 30 cm
Estimation : 6 000 - 8 000 €
 
Toujours du XVIIe hollandais figurent deux Portraits d’une mère et de son fils, en arrière-plan vue d’Amsterdam. Exécutés à l’aquarelle sur vélin, ils sont datés 1657, attribués à Johan THOPAS (1627-1695) et estimés entre 15 000 et 20 000 €. Peu d’œuvres sont connues de Johan Thopas à part une peinture et quelques dessins, certains datés entre 1646 et 1676 ou cinq dessins, également aquarellés sur vélin, qui représentent des portraits de la famille Tulp, de la collection Six à Amsterdam.
 
    

Attribué à Johan THOPAS (Arnhem, 1627-1695)
Portraits d’une mère et de son fils, en arrière plan vue d’Amsterdam
Aquarelle gouachée sur vélin.
Daté à gauche pour l’un de « AE 37 / 1657 » et à droite sur l’autre de « AE 70 / 1657 ».
22,5 x 18 cm
Dans des cadres en ébène du XIXe siècle.
Estimation : 15 000 - 20 000 €

Le Projet pour le frontispice du « Sinne-en Minnebeelden » de 1618 d’Adriaen van de VENNE (1589-1662) fait parfaitement le lien entre les écoles du nord et l’architecture, autre thème très présent à travers la collection. Estimé entre 10 000 et 15 000 €, ce dessin est préparatoire au frontispice du « Silenus Alcibiadis, sive Proteus » de Jacob Cats, publié en 1618, et plus connu sous le nom « Sinne-en Minnebeelden », « Le livre d’emblèmes ». Notre dessin est reproduit sur le site du Emblem Project Utrecht, pour le « Sinne-en minnebeelden » de 1627, dans l’introduction en néerlandais sous la gravure du frontispice de 1618. Jacob Cats est le poète le plus publié au Pays-Bas au XVIIe siècle, son « Houwelyck » est vendu à plus de 50 000 exemplaires au XVIIe siècle, soit le plus gros tirage d’un livre après la Bible.
 


Adriaen van de VENNE (Delft, 1589 - La Haye, 1662)
Projet pour le frontispice du « Sinne-en Minnebeelden » de 1618
Plume et encre brune, lavis brun passé au stylet en vue d’un report.
Daté de « 1616 » en bas au centre.
Au verso du cadre est collée une photographie de la gravure.
19,3 x 14,7 cm
Estimation : 10 000 - 15 000 €

À cheval entre le XVIIIe et le XIXe siècle, figure Le Jugement de Pâris exécuté par Anne-Louis GIRODET-TRIOSON (1767-1824) à la plume et encre brune et pierre noire sur papier végétal (estimation : 8 000 - 12 000 €). Ce dessin, exposé au Louvre en 2005, relate l’épisode mythologique du Jugement de Pâris, scène préfigurant la Guerre de Troie. Trois divinités, Héra, Athéna et Aphrodite, se disputent le titre de la plus belle déesse, et sont emmenées par Hermès sur le mont Ida afin que Pâris, prince troyen, désigne la plus belle en lui remettant une pomme en or. Aphrodite promet à Pâris l’amour d’Hélène, alors considérée comme la plus belle femme du monde, et se voit ainsi offrir la pomme par Pâris et donc la victoire sur les deux autres déesses. L’issue de cet épisode est ici révélée par la figure centrale d’Aphrodite, cible de tous les regards.
 


Anne-Louis GIRODET-TRIOSON (Montargis, 1767 - Paris, 1824)
Le Jugement de Pâris
Plume et encre brune et pierre noire sur papier végétal.
28 x 38 cm
Estimation : 8 000 - 12 000 €

Des XIXe et XXe siècles, citons trois lots sont particulièrement intéressants. Une feuille de Maurice DENIS (1870-1943) d’abord, représentant Lecture, « DE IMITIATIO ME » - Sainte Anne et la Vierge avec un ange, 1906 réalisée à l’aquarelle rehaussée de gouache. Il s’agit là d’une étude préparatoire pour la partie inférieure du panneau L’orgue du paravent de l’Eternel Été, conservé au Musée d’Orsay. La petite aquarelle est estimée entre 2 000 et 3 000 €.
 


Maurice DENIS (GRanville, 1870 - Paris, 1943)
Lecture, « DE IMITIATIO ME » - Sainte Anne et la Vierge avec un ange, 1906
Aquarelle gouachée.
Monogrammé et daté 1906 en bas à droite
19 x 14 cm
Estimation : 2 000 - 3 000 €
 
Vient ensuite un ensemble de cinq dessins de Victor HUGO (1802-1885), rassemblés dans un montage. Le cadre inclut Porte du salon des tapisseries communiquant avec la salle des billards (en haut à gauche), Façade de l’hôtel particulier (en haut au centre), Deux chapelles (en haut à droite), Architecture (en bas à gauche), Empreinte dentelle avec le nom de Victor Hugo (en bas à droite). L’ensemble est estimé entre 30 000 et 40 000 €. Comme à son habitude Victor Hugo laisse couler ses taches d’encre, et de celles-ci jaillissent un beffroi, une muraille… Les taches déterminent la base son dessin ; il les rejoint entre-elles par des traits de plume énergique d’où émerge la composition.
 


Victor HUGO (1802 - Paris, 1885)
Cinq dessins dans un montage :
- Porte du salon des tapisseries communiquant avec la salle des billards (en haut à gauche) - Plume et encre brune sur papier bleuté. - 16,2 x 10,5 cm
- Façade d’hôtel particulier (en haut au centre) - Plume et encre brune, pinceau. - 20 x 11,4 cm
- Deux chapelles (en haut à droite) - Plume et encre brune. - 12,5 x 10,5 cm
- Architecture (en bas à gauche) - Crayon noir. - 6,4 x 10 cm
- Empreinte dentelle avec le nom de Victor Hugo (en bas à droite) - Aquarelle, plume et encre rouge, gouache blanche. - 7,5 x 12 cm
Estimation : 30 000 - 40 000 €


 
  
Enfin, un dessin de Victor Hugo qui n’est cette fois pas laissé au hasard puisqu’il s’agit d’un portrait d’Eugène Cavaignac (1802-1885), exécuté au pinceau, plume et encre brune. Intitulé Mon dessin de Cavaignac contemplé par l’abbé Fayet en 1848, le dessin est annoté à trois reprises : « Cavaignac », « l’abbé Fayet en contemplation » et « Jai fait ça d’après nature / à l’Assemblée en 1848 / je le donne à mon cher ami / et proscrit Duverdier / Victor Hugo HH / 8 août 1870 ».
Victor Hugo est élu député de la IIe République le 4 juin 1848, et siège avec Cavaignac et l’Abbé Fayet à l’Assemblée. Le général Cavaignac après avoir maté les troubles lors des journées de juin devient président du Conseil des ministres jusqu’au 20 décembre 1848, lorsqu’il perd l’élection présidentielle contre Louis Napoléon Bonaparte. Victor Hugo a parlé plusieurs fois de Mgr Fayet, évêque d’Orléans, député à la Constituante de 1848, admirateur fervent de Cavaignac et qui mourut du choléra en 1849. Duverdier doit fuir la France dès 1849 pour Jersey, où il lutte au sein du « Comité Révolutionnaire des Démocrates Socialistes réfugiés à Jersey. » Plusieurs fois cité pendant cette période, il fait partie avec sa femme, sa fille et sa belle-soeur (Joséphine Nicole ou Miss Joss), des familiers de Hauteville-House. Il est expulsé de Jersey en 1855 avec Victor Hugo, et s’installe lui aussi à Guernesey jusqu’en 1870. Il accompagnera Victor Hugo à Bruxelles à son retour d’exil le 16 août 1870, puis à Paris. Ce dessin estimé entre 15 000 et 20 000 € est offert par Victor Hugo à son compagnon d’exil, le 8 août 1870, juste avant leur retour en France.


Victor HUGO (Besançon, 1802 - Paris, 1885)
Mon dessin de Cavaignac contemplé par l’abbé Fayet en 1848 
Pinceau, plume et encre brune.
Annoté sur le dessin « Cavaignac » et « l’abbé Fayet en contemplation ».
Dessin monté avec un autographe.
Annoté dans le bas « Jai fait ça d’après nature / à l’Assemblée en 1848 / je le donne à mon cher ami / et proscrit Duverdier / Victor Hugo HH / 8 aout 1870 ».
20,5 x 13 cm
Estimation : 15 000 / 20 000 €


 
Vente aux enchères publique - Hôtel Drouot - Salle 5
Jeudi 10 février - 14h (lots 1 à 187)
Vendredi 11 février - 13h30 (lots 188 à 507)

Exposition publique - Hôtel Drouot - Salle 5
Mercredi 9 février - 9h / 18h
Jeudi 10 février - 11h / 12h
Vendredi 10 février - 11h / 12h

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Beaussant Lefèvre & Associés

Dessins, tableaux anciens - Collection Ullmann

Vente : jeudi 10 février 2022
Salle 5 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot 75009 Paris, France
Maison de vente
Beaussant Lefèvre & Associés
Tél. 01 47 70 40 00