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CHINE, dynastie Qing, XIXe siècle Paire de sellettes tripodes en racines, xiangji 香几 (table à encens), composées de racines laquées et assemblées, formant un pied central se divisant en trois courts pieds en bas, et entourant en haut un plateau rond en bois laqué amovible (soutenu par des traverses) H. 84,5 cm - Diam. (plateau) 51 cm LDM Taches et éraflures aux plateaux. Provenance : Collection de Charles Roux (décédé en 1926) et son épouse Jeanne (1892-1977), les grands-parents du propriétaire actuel. Mr et Mme Roux ont fait l'acquisition du château de Lespinassat à Bergerac (Dordogne) vers 1914, et il semble que ces meubles chinois faisaient alors partie du mobilier du château. L'usage de meuble en racines remonte à l'antiquité chinoise. Le plus anciens exemples de meubles racines connus datent de la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.). D'abord associés au contexte religieux, le mobilier en racines semble investir le monde profane sous les Song. C'est surtout à partir de la dynastie Ming (1368-1644) que le goût pour ce mobilier se développe, comme on peut le constater sur de nombreuses peintures de cette période représentant des lettrés. Son attrait est lié à l'intérêt, issu de la tradition taoïste, pour les objets naturels et matières brutes prélevés dans la nature. Une pierre, dite « pierre de lettré », ou une racine aux formes singulières peut être appréciée comme une véritable œuvre d'art. Posée sur un socle, sur une table ou dans un jardin, elle invite à la contemplation et à la méditation. Il existe également des « pierres de rêve » : des plaques de marbre parcourues de motifs naturels, que l'on présente sur un support comme des tableaux minéraux, propices à la rêverie. De même que la peinture de paysage, ces pierres ou racines sont considérées comme des mondes miniatures, des évocations de l'univers tout entier, et à ce titre des supports de méditation ou d'inspiration. On s'en entoure et on les transforme aussi en objets usuels. On trouve ainsi de nombreux objets de lettré réalisés en racines : des pots à pinceaux, des repose-pinceaux, etc. L'usage de ce matériau d'apparence naturelle et brute pour faire des meubles est aussi lié à l'aspiration traditionnelle des lettrés chinois à la retraite dans la nature, à une existence plus spirituelle et artistique loin de leurs vies de fonctionnaires dépendants de la Cour. Or, si on ne peut quitter la ville, on se créée un jardin répondant à cette aspiration, avec son décor dont les meubles en racines sont un élément (d'où leur présence dans le jardin que l'empereur Qianlong s'est fait faire dans le cœur de la Cité Interdite). Ils n'ont rien de rustique : ce sont des recompositions très maitrisées à partir d'éléments naturels, et qui privilégient ou accentuent les formes tordues et complexes, insolites et bizarres, très recherchées dans la nature par les lettrés chinois.
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