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GOYA (Francisco). Les Caprices. S. l. n. d. (Madrid, 1799). In-4 (306 x 200 mm), veau marbr., pièce titre rouge et fil. or, tr. marbr. (Rel. de l’époque). SUITE COMPLETE de 80 planches, gravures à l’eau-forte et à l’aquatique par Goya en remarquables épreuves du 1er tirage, imprimées en noir légèrement bistré, avant les biseaux, sur papier vergé. Superbe exemplaire, en reliure espagnole strictement contemporaine, reliures vraisemblablement exécutées pour l’artiste lui-même sur les exemplaires qu’il désirait offrir. Celui-ci porte sur la garde, à l’encre, cette inscription manuscrite d’une écriture espagnole de l’époque « Soy M. Marcy, de Zayas ». Les Caprices se présentent comme une suite de gravures mêlant plusieurs techniques : l’eau-forte, le burin, la pointe sèche et l’aquatinte. Derrière la grande maîtrise des différentes techniques de gravure et le sens de la composition se lisent les influences de Rembrandt et de Velasquez. A travers 80 planches, Goya développe trois thèmes sur un ton souvent onirique : l’amour et ses désillusions, la satire sociale et la sorcellerie. Déjà atteint de surdité au moment de la réalisation des Caprices, Goya explore aussi les tourments intérieurs : la célèbre planche 43 est une forme d’autoportrait où le rêve se mêle à l’introspection. Artiste des Lumières, il titre cette planche « El sueño de la razón produce monstruos ». Cette critique éclairée se retrouve aussi planche 25, où l’éducation violente des enfants est dénoncée. Enfin, de nombreuses figures de la société parmi lesquelles le clergé, la noblesse et les représentants de l’Inquisition sont critiquées, représentées sous des figures animales récurrentes comme l’âne. Si Les Caprices ne rencontrent pas un succès immédiat en Espagne, la suite d’estampes devient rapidement très appréciée en France. Dans sa lettre au roi concernant le don des plaques de cuivre originales, Goya écrit déjà en 1803 au sujet des Caprices : « Ce sont les étrangers qui les désirent le plus ». Un article de Théophile Gautier publié en 1842 contribue à diffuser davantage l’oeuvre en France. Il loue l’exactitude fantasmagorique de l’oeuvre dans un autre ouvrage dédié à l’Espagne, Tra los montes : « Les abominables mégères des Caprices de Goya, que j’avais pris jusqu’à présent pour des cauchemars et des chimères monstrueuses, ne sont que des portraits d’une exactitude effrayante. » (Tra los montes, Paris : Victor Magen, 1843, p. 53). Eugène Delacroix dit aussi son admiration pour l’artiste espagnol dans une lettre à Laurent Matheron (10 décembre 1855) où il écrit des Caprices qu’ils « sont probablement son chef-d’oeuvre ». La planche 64 a d’ailleurs probablement influencé la gravure Méphistophélès dans les airs (1828) de Delacroix, qui possédait un exemplaire du recueil. L’EDITION ORIGINALE EST DE TOUTE RARETE. Delteil, 38 117. Harris, 36 115.
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