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WAGNER (Richard), 1813-1883. L.A.S. ""Richard Wagner"", Paris, 19 quai Voltaire, 8 décembre 1861, 2 pp. grand in-8, en allemand, à Joseph Tichatschek. Très belle lettre musicale dans laquelle Wagner, profondément découragé par ses déboires à Vienne, annonce qu'il se remet à travailler aux Maîtres chanteurs de Nuremberg. À peine revenu à Paris, Wagner reprend contact avec son ""cher vieil ami"", le célèbre ténor Joseph Tichatschek (1807-1886), l'un de ses interprètes les plus fidèles, créateur notamment des rôles de Rienzi et de Tannhäuser à Dresde. Il l'entretient d'abord de ses projets concernant Alois Ander, ténor de l'Opéra de Vienne, qu'il envisage d'envoyer à Dresde, peut-être pour y chanter Lohengrin. Wagner demande à Tichatschek s'il serait possible de fixer à l'avance les conditions d'un engagement de six mois pour l'hiver suivant. Mais ses préoccupations immédiates sont beaucoup plus sombres. Son voyage l'a laissé dans une situation d'extrême incertitude : ""Cela tourne et retourne dans ma tête ; je suis malade, sans le moindre agrément, constamment dans la précarité et l'insécurité [...]"". Wagner venait en effet de quitter Vienne après l'échec de son long projet d'y faire représenter Tristan und Isolde, dont les répétitions avaient finalement conduit à l'abandon de la création. L'année 1861 avait déjà été marquée par le retentissant fiasco parisien de Tannhäuser. C'est précisément dans cette situation que la lettre prend toute sa portée. Wagner annonce à Tichatschek sa décision de chercher dans la création une issue à ses difficultés : ""Maintenant je veux entreprendre un nouveau travail [Les Maîtres chanteurs de Nuremberg] ; cela doit me distraire et me donner confiance."" Il ajoute qu'il compte revoir son ami durant l'été. Cette déclaration intervient aux toutes premières heures de la genèse définitive des Maîtres chanteurs. Wagner avait conçu une première esquisse de l'œuvre dès 1845, mais c'est à la fin de 1861 qu'il en reprit véritablement le projet. Son autobiographie rapporte que, lors de son récent passage à Venise puis de son voyage vers Vienne, la musique des Meistersinger s'était imposée à lui avec une nouvelle netteté. Il allait désormais s'y consacrer à Paris, achevant le livret au début de 1862. La lettre est en outre écrite du 19 quai Voltaire, adresse particulièrement significative dans l'histoire de l'œuvre : Wagner y séjourna en décembre 1861 et janvier 1862 et y travailla précisément au livret des Maîtres chanteurs. Il termine en transmettant à Tichatschek les salutations de Peter Cornelius, alors à Vienne, et en remerciant chaleureusement son destinataire, ""remarquable et indestructible chanteur et ami"". Importante lettre de transition, réunissant Lohengrin, l'échec viennois de Tristan et la reprise des Maîtres chanteurs, et documentant au jour le jour le moment où Wagner cherche dans cette nouvelle œuvre le moyen de sortir de l'une des périodes les plus difficiles de sa carrière.
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