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KESSEL (Joseph), 1898-1979. 6 L.A.S. "Jef" à Germaine SABLON, [vers 1940-1947]. Belle correspondance intime de Joseph Kessel à la chanteuse Germaine Sablon, sa compagne durant les années de guerre, mêlant inquiétudes amoureuses, événements de la guerre, voyages et confidences sur son travail littéraire. Germaine Sablon (1899-1985), jouera un rôle important dans la Résistance ; réfugiée à Londres, elle sera en 1943 la première interprète du Chant des Partisans, dont Kessel et Maurice Druon écrivirent les paroles. - Dimanche soir, [9 juin 1940, probablement]. Très belle lettre de la débâcle, que son contenu permet de dater à la veille de l’évacuation de la presse parisienne. Sans nouvelles de Germaine, Kessel est affreusement inquiet : "la poste ? la maladie ?" Mais l’angoisse intime se confond avec celle du pays : "Tu connais les nouvelles. Il est possible que Paris doive s’évacuer demain ou après-demain." Il lui communique alors ses deux adresses de repli : Paris-Soir, Le Phare de la Loire, Nantes, ou Paris-Soir, Clermont-Ferrand. Kessel continue pourtant à travailler : "J’ai fait encore un article aujourd’hui." Il termine par cette bouleversante déclaration à Germaine : "Je pense, je pense, je pense à toi et je t’embrasse de tout mon cœur ravagé pour la France et qui aurait bien besoin de toi." - [Lisbonne, s.d. probablement juillet-août 1940], 1 p. in-8. "Ma chérie, si cette lettre t’arrive, réponds-moi tout de suite, je suis si anxieux de ne rien savoir de toi." Kessel, accablé par la chaleur de Lisbonne, attend impatiemment des nouvelles de Germaine. Il évoque "Gérard", par le frère duquel elle pourra obtenir des détails sur son "invitation" à Lisbonne, et envisage d’aller chercher un peu de fraîcheur auprès de connaissances. Très affectueuse lettre : "Je voudrais tant avoir un mot de toi avant. Je t’embrasse très fort. Jef." - Samedi, [sd], 1 p. in-8. Lettre angoissée autour de la grave maladie d’un proche ("Pat?"). Après avoir reçu une lettre de Germaine à Sanary, Kessel a dû brusquement interrompre ses projets : son proche, pris de fièvre et de violents maux de tête, a été conduit à Toulon où les médecins ont diagnostiqué une méningite. "J’ai passé une semaine dans l’angoisse." Son état s’améliore enfin et Kessel espère pouvoir le ramener à Paris. La maladie bouleverse également les projets du jeune homme, qui voulait s’engager dans les parachutistes. Elle interrompt surtout une nouvelle fois le travail de Kessel : "Et mon livre est de nouveau interrompu" ; il redoute d’être devancé par "une autre catastrophe générale". - Londres, 8 juillet [s.d. probablement 1946], 2 pp. in-8 papier à en-tête du Royal Automobile Club. Après quelques nouvelles difficiles à déchiffrer, il confie : "Mon livre avance bien, j’ai enfin trouvé la formule", puis annonce avoir achevé une nouvelle dont il se déclare très satisfait, "sans modestie". Il espère qu’encore un mois de travail lui permettra d’être enfin libre. Lettre affectueuse où revient le manque de Germaine : "tu me manques beaucoup". - [début janvier 1947], 2 pp. in-8. Importante lettre sur la difficile rédaction du Tour du malheur. Kessel remercie Germaine (alors en Amérique du Sud, vraisemblablement au Brésil auprès de son frère Jean) de sa lettre arrivée le 31 décembre et de sa "photo en gaucho", puis lui présente ses vœux pour 1947, à elle, à sa mère, à ses fils et à Jean. Revenu d’Angleterre, où il était allé discuter un contrat de film, il envie parfois à Germaine son existence à la "fazenda" et rêve, une fois Le Tour du malheur terminé, de "prendre aussi le large". Suit une confidence sur l’épuisement que lui cause cette immense entreprise : "Ce livre est long, épuisant" ; les nécessités d’argent l’obligent constamment à l’abandonner pour d’autres travaux, avant de reprendre péniblement le fil de l'écriture. Il se promet de ne plus se lancer dans une entreprise semblable : des nouvelles, des romans courts, oui, "mais pas cette espèce de montagne". Le Tour du malheur, vaste fresque en quatre volumes, ne paraîtra finalement qu’en 1950. Paris lui paraît "difficile", "fatigant et terne" et la vue du nom de Marjane en grosses lettres dans les réclames provoque chez lui une violente irritation. Cette dernière anecdote est révélatrice de l'atmosphère de l'après-guerre : la vue du nom de Marjane, grande vedette de l'Occupation alors de retour sur les scènes parisiennes, le fait "étouffer de colère rentrée" d'autant plus lorsqu'il l'adresse à Germaine Sablon, qui s'était quant à elle engagée dans la France libre. - [Paris, peu après le 9 août 1947], 1 p. in-8. Kessel, qui n’a cessé de voyager, vient seulement de recevoir le faire-part de la mort d’un des frères de Germaine, André Sablon, compositeur, mort à Paris le 9 août 1947. Kessel l’avait peu connu, mais Germaine lui e
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