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École flamande. XVIe - XVIIe siècles. « Natus ad moriendum » Huile sur marbre ou pierre. Accompagnée d’un cadre du XXe siècle en bois sculpté, doré, polychrome et sérigraphié, faisant référence à l’iconographie représentée. 54 x 50 cm. Présente quelques imperfections. Une magnifique œuvre sur panneau qui incarne à la perfection l’un des courants théologiques et artistiques les plus profonds de l’art chrétien européen, qui s’est solidement ancré à travers les estampes flamandes et néerlandaises des XVIe et XVIIe siècles. Ce « Natus ad moriendum », ou « Né pour mourir », dépasse la vision purement idyllique de la Nativité de Jésus pour introduire, dès le berceau, la préfiguration de sa Passion. Notre œuvre s’inspire des gravures de Hieronymus Wierix, Hendrik Goltzius et des frères Sadeler, avec quelques variations mineures et libertés artistiques. Ces gravures sont devenues un vecteur idéal pour diffuser ce message doctrinal, fortement promu à la suite du Concile de Trente afin de contrer la Réforme protestante. Dans ce « Natus ad moriendum », la naissance, ou Incarnation, et la mort, ou Rédemption, du Christ sont indissociablement unies en une seule scène. Dans une chambre à coucher au sol en damier, où un lit à baldaquin est adossé au mur du fond à droite, une lumière céleste pénètre dans la pièce. Trois anges, symbolisant la Trinité, portent une croix et la présentent à l’Enfant en guise d’offrande. Assis sur les genoux de sa Mère dans la posture dite « Sedes Sapientiae », ou Siège de la Sagesse, l’Enfant ouvre les bras pour l’accueillir, tandis que sa Mère s’apprête à l’allaiter. À sa droite, faisant office de crèche, se trouve un panier carré contenant un coussin et les étoffes qui tenaient l’Enfant au chaud. Dans l’iconographie byzantine primitive de la Nativité et dans l’art oriental médiéval, le berceau n’est pas représenté comme un lit en bois, mais prend précisément la forme d’un tombeau ou d’un sarcophage. Ce berceau-tombeau devient ainsi partie intégrante de la théologie de la Nativité. Sa signification est claire : dès le tout premier instant de sa naissance, le Christ revêt la chair humaine dans le seul but de s’en défaire. Le berceau est déjà l’autel du sacrifice ultime. De même, les langes qui enveloppent étroitement l’Enfant-Jésus ressemblent visuellement aux bandelettes funéraires ou au linceul dans lequel il sera déposé après la Crucifixion. Les anges qui descendent portent l’attribut principal de la Passion, la Croix, élément central et le plus marquant parmi les Arma Christi, ou Instruments de la Passion. Le geste paisible de l’Enfant tendant la main vers elle symbolise son acceptation du destin tragique qui l’accompagne dès sa petite enfance. La mort n’est pas un accident dans sa vie, mais une soumission volontaire à son destin. D’un point de vue théologique, cette iconographie remet en question la séparation des fêtes chrétiennes. Elle rappelle au spectateur que le mystère de Noël ne peut être dissocié de Pâques. Dieu s’incarne sous la forme d’un bébé, non pas pour rester dans la crèche, mais pour acquérir un corps physique grâce auquel il pourra mourir et racheter l’humanité. C’est la représentation visuelle des paroles de l’épître aux Hébreux 10, 5 : « Tu m’as préparé un corps. Voici, je viens pour faire ta volonté. » Les regards des personnages sont significatifs. Les anges tournent leurs yeux vers la Croix, Marie et l’Enfant, les intégrant tous à la scène alors qu’ils descendent du royaume céleste. L’Enfant, qui ne regarde généralement pas sa Mère dans cette représentation particulière, fixe son regard sur la Croix, acceptant ainsi son destin. La Vierge Marie baisse les yeux vers sa poitrine, son visage exprimant une profonde mélancolie ou cogitatio, un état de méditation douloureuse, pleinement consciente de l’épée qui transpercera son âme. Le cadre sculpté qui entoure le tableau est particulièrement bien choisi. Doré, polychrome et sérigraphié, il porte l’inscription « IESU, TIBI SIT GLORIA, QUI NATUS EST DE VIRGINE », ce qui signifie « Jésus, gloire à toi, qui es né de la Vierge ». Ce verset appartient à la dernière strophe de plusieurs hymnes liturgiques traditionnels de l’Église catholique, notamment « O Gloriosa Virginum », ainsi que d’hymnes de Noël et d’hymnes de la Liturgie des Heures, qui louent l’Incarnation du Christ. Il s’agit sans aucun doute d’une œuvre intime et dévotionnelle, d’une très grande finesse d’exécution, qui saura amplement répondre aux attentes et procurer un immense plaisir à tout collectionneur averti.
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