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LANCERAY Eugène (1875-1946) Une soirée douce à Angora, 1922 Tempera et aquarelle sur papier Signé, situé et daté « 1922 » en bas à gauche 34 х 50,3 cm Provenance : collection particulière, Paris. Vente chez Eve, Paris, 21/12/2007. Lot 161. L’œuvre sera incluse dans le catalogue raisonné de l’artiste préparé par l’expert et auteur du livre « Eugène Lanceray. Caucase » (éd. Slovo, 2019) Pavel Pavlinov. Dans les années 1920-1930, le Caucase est devenu pour Eugène Lanceray un immense laboratoire créatif. L’artiste a effectué plus de vingt expéditions en Géorgie, en Arménie, en Azerbaïdjan et au Daghestan ; il a voyagé à l’invitation d’institutions publiques et culturelles, a travaillé comme collaborateur du Musée ethnographique et de l’Institut historique et archéologique du Caucase, puis, à partir de 1922, a enseigné à l’Académie des Beaux-Arts de Géorgie. Un voyage en Turquie, effectué durant l’été 1922, occupe une place particulière dans cette épopée orientale. C’est à l’invitation de S.I. Aralov, représentant plénipotentiaire soviétique auprès de la Grande Assemblée nationale turque, que Lanceray se rendit à Ankara — alors appelée Angora, capitale de la Turquie nationale de Mustafa Kemal Atatürk. Plus tard, alors qu’il préparait un ouvrage sur ce voyage, l’artiste souligna expressément que ce sont précisément les conditions qui lui avaient été offertes à Angora qui lui avaient permis de « se consacrer avec passion à son travail artistique ». Le voyage s’avéra loin d’être tranquille. Lanceray fit la traversée par la mer de Batoumi à İnebolu ; le bateau à vapeur fut pris pour cible par une escadre grecque. Déjà sur le chemin du retour, au col d’Ilgaz, la diligence postale dans laquelle voyageait l’artiste fut attaquée par des brigands. Ces aventures, cependant, ne faisaient que renforcer son attention portée au monde qui l’entourait. Les notes de Lanceray sur Angora sont particulièrement éloquentes là où l’observation historique cède la place à une impression presque picturale. Dans son journal intime, nous trouvons des motifs qui font écho à l’œuvre présentée : la ville le soir, plongeant dans l’obscurité, les lumières clairsemées et les passants tenant des lanternes à la main : « Dans ce pays tranquille, dans cette ville tranquille, le crépuscule est empreint d’un charme particulier. Je déambule dans les rues sinueuses et encore peu familières des vieux quartiers. L’obscurité s’épaissit rapidement, mais on ne voit pas encore de lumières : il n’y a pas de réverbères (on n’en trouve qu’au centre, dans deux ou trois rues), et les habitants ne se pressent pas d’allumer leurs lampes, ils « profitent du crépuscule ». On n’entend ni bavardages, ni chants, ni pas de passants. /…/ Mais voilà qu’il fait complètement nuit et, l’une après l’autre, les lumières s’allument aux fenêtres /.../ C’est ici, dans ces salons de thé, ces « chai-khana », qu’à cette heure du soir, leurs habitués se rassemblent d’un pas lent ; des personnes distinguées, parfois déjà en tenue de nuit — vêtues de longues chemises descendant jusqu’aux talons, sur lesquelles elles portent une veste ou un manteau, chaussées de souliers, une lanterne à la main. » Ses dessins de voyage conservent leur importance non seulement en tant qu’œuvres d’art, mais aussi en tant que document visuel singulier de cette époque. Lanceray travaillait avec une intensité exceptionnelle. Au cours de l’été 1922, il créa plus de 150 œuvres. Une grande partie d’entre elles fut présentée dès l’automne de la même année lors d’une exposition consacrée à son travail à Petrograd. Le critique d’art Éric Gollerbach écrivait à propos de cette exposition dans un journal : « Une partie de ces aquarelles est restée à Moscou (acquise par le gouvernement), mais ce qui est exposé dans les murs de la Société pour l’encouragement des arts constitue également un riche matériel ethnographique et artistique. Sous le ciel gris de Saint-Pétersbourg, dans la pénombre d’une journée de novembre, le lointain Sud se dresse soudain devant nous, et l’on sent son souffle torride. Des mosquées, des villages, des datchas, les ruines de murs byzantins, un vieux cimetière, des cyprès — et au-dessus de tout cela — un ciel bleu limpide, le soleil, le silence. On y voit également divers types d’habitants d’Angora. » Bientôt naquit le projet de publier une série de vingt autolithographies en couleurs, et en 1925 parut à Leningrad le livre « L'été à Angora. Dessins et notes tirés du journal de voyage en Anatolie durant l'été 1922 » — l'un des témoignages les plus complets de la période orientale de la création de l'artiste. [ Nous remercions le Dr. Pavel Pavlinov et le Dr. Olga Pavlinova Lanceray pour leur aide à l’authentification de l’
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