Lettres et autographes

Lots recommandés

HUGO Victor (1802-1885). - DESSIN original avec légende autographe, Souvenir d'Apreville ; encre brune, plume et lavis, 25 x 19,5 cm, encadrement sous verre. Village médiéval au pied d'un château. Il n'existe apparemment pas d'Apreville, mais c'est la forme ancienne d'Épreville, nom de plusieurs villages normands, et la forme francisée du lieu-dit breton Kergaro. Ce peut être aussi une façon de désigner un village d'aspect rébarbatif. Victor Hugo a dessiné des paysages lors de ses voyages en France, en Espagne, en Belgique et Hollande, en Allemagne, mais aussi des «souvenirs» rétrospectifs, principalement exécutés en exil à Guernesey et Jersey, comme Souvenir d'Espagne ou Souvenir de Chelles (Maison de Victor Hugo). Enfin, il a composé de nombreux paysages imaginaires, souvent inspirés du Moyen-Âge : villes fortifiées, ruines, burgs... Ces burgs hantent parallèlement son oeuvre littéraire, tel le château de Corbus du poème Eviradnus dans La Légende des siècles (1859), qui pourrait parfaitement commenter ce dessin. Théophile Gautier a fort bien évoqué Hugo dessinateur dans sa Préface au recueil des Dessins de Victor Hugo (1863) : «Que de fois, lorsqu'il nous était donné d'être admis presque tous les jours dans l'intimité de l'illustre écrivain, n'avons-nous pas suivi d'un oeil émerveillé la transformation d'une tache d'encre ou de café sur une enveloppe de lettre, sur le premier bout de papier venu, en paysage, en château, en marine d'une originalité étrange, où, du choc des rayons et des ombres, naissait un effet inattendu, saisissant, mystérieux, et qui étonnait même les peintres de profession... Il n'est pas difficile de deviner, au prodigieux sentiment plastique de l'écrivain, qu'il eût été aussi aisément grand peintre que grand poète ; la puissance d'objectivité qu'il possède lui eût servi pour des tableaux comme elle lui sert pour des pages et pour des livres»... « Provenance : collection André SCHOELLER (selon la mention manuscrite en espagnol au bas de la page par son acquéreur en 1947) ; collection Pierre et Franca BELFOND (14 février 2012, n° 51). Expositions : Dessins d'écrivains français du XIXe siècle (Paris, Maison de Balzac, 4 avril-21 mai 1984, n° 75). El poeta como artista (Las Palmas, Centro Atlantico de Arte Moderno, 4 avril-21 mai 1999, p. 59). Bibliographie : LASTER (Arnaud), Victor Hugo (Belfond, 1984, p. 6). FAUCHEREAU (Serge), Peintures et dessins d'écrivains (Belfond, 1991, p. 47), Dessins d'écrivains (Chêne, 2003, p. 15).

Estim. 8 000 - 10 000 EUR

HUGO Victor (1802-1885). - Odes et poésies diverses. - Nouvelles Odes. - Odes et Ballades (Paris, Pélicier, 1822 et Ladvocat, 1824-1826) ; 3 vol. in-12 (15,6 x 10,2 cm), maroquin bleu nuit, filets dorés cantonnés de fleurons et volutes en encadrement sur les plats, dos à nerfs ornés, bordures intérieures de même peau ornée de filets dorés, couvertures et dos conservés, étui bordé (Cuzin). Réunion des trois premiers recueils poétiques de Victor Hugo, le premier enrichi d'un envoi au marquis de Lauriston. Odes et Poésies diverses (Paris, Pelicier, 1822). Édition originale tirée à 500 exemplaires, avec un rare frontispice gravé par Mauduit d'après Devéria, La Chauve-souris, ici en doublé état, avant et après la lettre. Envoi autographe au verso de la couverture renforcée : «A Son Excellence le ministre de la maison du Roi, Hommage de l'auteur» [Jacques Jean de LAURISTON (1768-1828), militaire, diplomate et homme politique qui fit obtenir à Victor Hugo une pension royale en 1822]. On joint une l.a.s. de Fernand VANDEREM, à Paul Villeboeuf, au sujet de cet exemplaire, [18 novembre 1916]. Nouvelles Odes (Paris, Ladvocat, 1824). Édition originale ; ornée d'un frontispice, le Sylphe, gravé par Godefroy d'après Devéria. Odes et Ballades (Paris, Ladvocat, 1826). Édition originale, avec le frontispice Les deux îles, gravé par Mauduit d'après Devéria. Provenance : Paul Villeboeuf (ex-libris), Robert Fleury (ex-libris). Bibliographie : Carteret (I, p. 389-392).

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - ÉPREUVES corrigées pour le Potomak, «Édition définitive», [1924] ; 8 placards in-plano pliés (240 x 160 mm.), numérotés 1, 2, 3, 4, 7, 9, 10 et 11 (la fin manque ; papier fragile, fentes aux plis et effrangeures). Placards corrigés pour l'édition définitive du Potomak. Six ans après l'édition originale, Jean Cocteau établit le texte définitif de son Potomak, paru en 1919 à la Société littéraire de France. Cette seconde édition, en partie originale, fut publiée chez Stock-Delamain sous le titre Le Potomak 1913-1914 précédé d'un prospectus 1916. La page de titre a été collée en tête, et Cocteau y a mentionné de sa main «Édition définitive», changé le nom de l'éditeur («Stock»), et indiqué une nomenclature manuscrite à consulter pour établir la liste de ses ouvrages. Sur ces placards, on relève plus de 370 corrections à l'encre noire de la main de Cocteau : indications typographiques, mots ou phrases modifiées, ajoutées ou supprimées. Cocteau cherchant toujours la perfection. On joint une petite photographie de J. Cocteau, et 5 cartons de vernissages d'expositions ou voeux. Plus un MANUSCRIT autographe [pour La Fin du Potomak, 1939] (3 pages in-4 au crayon). Brouillons pour un chapitre écarté du roman concernant l'élève Dargelos. Ces pages de premier jet, avec ratures et corrections, se rattachent au chapitre «Cadence» de La Fin du Potomak (1939), que Cocteau supprima lors de la réédition de 1947, peut-être pour son côté troublant. Les brouillons se rattachent à deux séquences. Dans la première, on voit Dargelos, pendant les vacances, en Bretagne, tuant des poulets : «Il immobilisait la bête entre ses cuisses puissantes. Culotté d'ailes et de cris, de spasmes jaunes et rouges, il brandissait un couteau et le lui plongeait dans la gorge. [Un sang rouge clair pissait partout. biffé] Ensuite, il courait aux vagues. Il y sautait, maigre et sombre, éclaboussé de sang». La seconde montre Dargelos jouant le rôle d'Athalie, avec «l'air d'un tigre sous ses oripeaux»...

Estim. 1 000 - 1 500 EUR

BLOY Léon (1846-1917). - MANUSCRIT autographe, La Femme pauvre et autres textes, [1890-1901] ; cahier petit in-4 (21,5 x 17 cm) de 110 pages, cartonnage toile bise (couv. tachée, dos usé, dérelié, qqs ff. détachés). Précieux manuscrit de travail du roman La Femme pauvre, du Salut par les Juifs, d'une grande partie de Sueur de sang et de l'Exégèse des lieux communs, et d'une vingtaine d'articles. «Tous les manuscrits de Léon Bloy existent, en général, en trois états : d'abord, un premier jet sur feuilles volantes, puis une première copie, sur cahiers d'écolier cartonnés (ce second état est encore abondamment corrigé et de la même écriture extraordinairement fine que le premier brouillon), enfin la copie pour l'impression» (Joseph Bollery). Dans ce cahier d'écolier, toutes les pages sont remplies au recto et au verso d'une minuscule écriture très serrée à l'encre noire, avec de très nombreuses et importantes ratures et corrections, ainsi que de multiples additions dans la marge, appelées au crayon rouge ou bleu. On y trouve une vingtaine d'articles en premier jet, notamment pour Belluaires et Porchers ; l'extraordinaire manuscrit de travail du roman La Femme pauvre, celui du Salut par les Juifs, ainsi qu'une grande partie des contes de Sueur de sang et de l'Exégèse des lieux communs. .../... Sur la page de garde, cette inscription : «Nazaraeus fieri volo. Qui potest capere, capiat. Léon Bloy», suivie des adresses : 54 rue Dombasle ; 155 rue Blomet ; Antony, place du Carrousel ; Antony, 51 bis route d'Orléans. Au verso, brouillon de lettre à Léon Deschamps, 7 mai 1891, à propos de Péladan et de Barbey d'Aurevilly (parue dans La Plume, 15 mai 1891). Belluaires et Porchers (BP) et articles (11 pages) : Sépulcres blanchis (18 déc. 90, L'Événement 23/12, BP VIII, sur RENAN), L'Idole des Mouches (30 Xbre 90, La Plume 15/1/91, BP IX, sur Edmond de GONCOURT), La Parabole des Mauvais Semeurs (13 janv. 91, Journal des Tribunaux de Bruxelles 1/2/91, BP XXIV), Revanche des Lys (26 janvier 91, La Plume 15/2, BP XV), Le Prince Noir (Bagsvaerd 5 mars 91, La Plume 15/3, sur la mort du Prince Impérial, recueilli dans La Chevalière de La Mort), L'Incarnation de l'Adverbe (Bagsvaerd 14 mai 91, La Plume 1/6, sur HUYSMANS, recueilli dans Sur la tombe de Huysmans), lettre à Léon Deschamps (Paris Novembre 91, La Plume 15/11, sur le procès Péladan) ; La Religion de M. Pleur ([surtitre biffé : Contes pour les Morts ; autres titres biffés : Le Secret de M. Pérégrin Germinal, puis Un ami de ma jeunesse], Histoires désobligeantes III) ; Le Christ aux Outrages (Paris 24 févr. 92, le Saint-Graal 8/3, sur Henry de Groux), le Bon Conseil (30 mai 92, Le Saint-Graal juin). Le Salut par les Juifs, «commencé le 14 juin» et daté en fin «Antony, 1er Septembre 92», manuscrit complet du livre publié en 1892 (8 pages). Articles parus en 1892, notamment dans le Gil Blas (GB) (5 pages) : Le chien & le Flacon (27 sept., GB 29/9), La Chevalière de la mort (inédit, sur le comte d'Haussonville), La Fin d'une charmante promenade (GB 8/10/92, sur la mort de RENAN), Les Carillons de l'Injustice (inédit, biffé), Le fourmillement de l'Abîme (Antony 11 oct. 92, GB 15/10, sur Christophe Colomb), L'Eunuque (GB 21/10, BP XVI, sur Paul BOURGET), La Colère d'une dame (GB 27/10, BP XVII), Petite Secousse (GB 4/11, BP XVIII, sur BARRÈS). Sueur de sang, terrible évocation de la guerre de 1870, les 21 premiers contes publiés dans le Gil Blas du 12 novembre 1892 au 19 mai 1893, et recueillis en volume en 1893, numérotés au crayon rouge (22 pages). (1) L'Abyssinien ; L'Archiconfrérie de la Bonne Mort (paru dans L'Art moderne en décembre 1892, à propos des attentats anarchistes) ; (2) Les vingt-quatre Oreilles de “Gueule-de-bois”, (3) Le bon Gendarme, (4) L'Obstacle, (5) La Messe des Petits Crevés, (6) Barbey d'Aurevilly espion prussien, (7) Noël Prussien, (8) À la Table des Vainqueurs, (9) le Ramasseur de crottin, (10) Un épouvantable huissier, (11) La Maison du Diable, (12) le Grand Polaque ; L'expiation de Jocrisse (GB 24/1/93, sur Huysmans, recueilli dans Sur la tombe de Husymans) ; (13) Le fossoyeur des vivants, (14) La Boue, (15) Les Créanciers de l'État, (16) Les Yeux de Mme Frémir, (17) un Moine Allemand, (18) Bismarck chez Louis XIV, (19) Celui qui ne voulait rien savoir, (20) La Salamandre Vampire, (21) La Cour du Miracle. La Femme Pauvre (paginé en rouge 1-42), commencé en juin 1891 et daté en fin «2 mars mardi-gras 97». Manuscrit complet de ce roman publié en 1897, divisé en 2 parties : L'Épave des Ténèbres (35 chapitres) et L'Épave de la Lumière (27 chapitres) : il s'agit d'un manuscrit de travail abondamment raturé et corrigé, avec d'innombrables additions marginales, et d'importantes variantes avec le texte publié. Le titre primitif, La Prostituée, a été biffé. On relève cette note en tête du chap. (I) xviii : «Ce chapitre m'a coûté trois jours de fatigue atroce du 3 au 6 août 1891». L'écriture du roman est

Estim. 15 000 - 20 000 EUR

CÉLINE Louis-Ferdinand (1894-1961). - MANUSCRIT autographe pour D'un château l'autre (1957) ; 47 pages in-4 (27 x 21 cm). Important fragment d'une première version de D'un château l'autre (roman publié chez Gallimard en 1957). Le manuscrit est rédigé au stylo-bille bleu au recto de feuillets filigranés Navarre. Le numéro des séquences est porté au stylo rouge. Nous avons ici les séquences 5 et 6 (correspondant aux pages 50-61 du tome III de l'édition de la Pléiade), paginées de 82 à 111 et 112 à 129 (manquent les pages 83 et 120), plus la première page (199) de la séquence 4 d'une autre version (Pléiade p. 45). Ce manuscrit est abondamment corrigé, avec de très nombreuses lignes biffées, des reprises et de multiples ratures avec modifications. Le texte est très différent de la version finale et présente de nombreux passages inédits. Céline, depuis sa maison de Meudon, se lamente sur sa situation miséreuse, enrage sur la France et les Français qu'il observe d'un oeil critique. La vue qu'il a depuis son pavillon fait naître des souvenirs datant du début du siècle ; il parle de sa patiente Mme Niçois... Citons la page 84 (à comparer avec le texte de la p. 51 de la Pléiade), où Céline explique qu'on ne lui a pas pardonné le Voyage ; sans lui, «les vanités se seraient tenues coites... des chatouillesses ! Je gagnais, je gagnais tout ! le Nobel et le reste ! à l'heure actuelle où je vous parle le Billy me ferait des poignes le Mauriac kif ! et tous autres ! Tartre saurait plus où mettre la langue ! je me la serrerais dans le trou du cul sa langue ! et qu'il s'en trouverait aux anges ! positivement recréé !et alors qu'est-ce qu'ils metteraient dans le Figaro ! et dans l'Huma ! je vous demande pardon ! pourliches sur pourliches ! mes livres on se les arracherait dans toutes les merceries !... Je ferais mes 500 sacs par mois rien que du Voyagsky ! mon crime c'est d'avoir osé faire du bruit, d'avoir blessé les vanités, né à Courbevoie... on ne passe rien, de Courbevoie ! a-t-on l'idée !».... On joint 5 pages pour Nord de la séquence 8, pages 109-113 (p.329-330 de la Pléiade).

Estim. 2 500 - 3 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 9 MANUSCRITS autographes, [Monologues et chansons, 1940 ?] ; 21 pages in-4. Important ensemble de chansons et monologues écrits pour Jean Marais. On pense que ces textes ont été écrits en partie dans l'été 1940, à Perpignan où l'exode a mené Cocteau, et où Jean Marais, démobilisé, est venu le rejoindre. Ces monologues et chansons ont été recueillis dans le Théâtre de poche (Paul Morihien, 1949), et repris dans le Théâtre complet de la Bibliothèque de la Pléiade, auquel nous renvoyons. Jean Marais a enregistré quelques-unes de ces chansons en 1965. Le menteur (5 pages in-4, Pl. 1344), monologue où Cocteau développe le thème qui lui est cher du paradoxe du menteur. Ce texte fut dit à la radio par Jean Marais avec un accompagnement musical de Jean Wiener. «Je voudrais dire la vérité. J'aime la vérité. Mais elle ne m'aime pas. [...] Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité». Suit un quatrain (après un sizain biffé) non retenu dans la version publiée. La farce du château (3 pages in-4 et 1 page in-fol., Pl. 1351). «J'ai la manie des mystifications et des farces»... Monologue d'un précepteur qui, pour faire une farce, se déguise en fantôme, ainsi que ses élèves, qui découvrent leur mère allant retrouver son amant. La dernière page, au crayon, un peu fendue, utilise une page d'album portant au dos un dessin. [L'assassin] (5 pages in-4, Pl. 1354), monologue en vers, dans une version plus longue que celle publiée (voir Pl. 1825), avec ratures et corrections. Confession d'un assassin qu'on ne croit pas : «Il est des gens nourris de songes / Et qui souffrent d'avoir trop lu / Moi j'ai trop fait de mensonges / Mon drame est qu'on ne me croit plus»... Chanson parlée (1 page in-4, Pl. 1355), manuscrit de travail de cette chanson avec ratures et corrections, en 9 quatrains numérotés (8 dans la version publiée, le 9e inédit). «Il y a des paroles / Qui valent des chansons / Parole et chanson volent / Chacune à leur façon»... La gamme (1 page in-4, Pl. 1357), 14 vers, avec ratures et corrections. «Vous me tournez le dos madame - do-do-do-do»... (Tapuscrit joint). Mon pays (1 page in-4, Pl. 1358), 7 cinquains et un quatrain final, avec 5 strophes biffées. «Il est un pays où l'on s'aime / Et où personne n'est méchant»... Les veuves (1 page in-4, Pl. 1359), 7 strophes numérotées ; le manuscrit est très raturé et corrigé. «Quand on descend le fleuve / Le fleuve, le fleuve / On rencontre des veuves»... Les îles marquises (2 pages in-4, Pl. 1365). «Le français, né marquis inventa les marquises. / Aux îles marquises / Même les maisons / Portent des marquises»... Chansonnette (1 page in-4, Pl. 1368), 22 vers, avec quelques ratures et corrections. «Un oeil qui vole / C'est un oiseau»... Plus le manuscrit copié par Jean Marais du monologue Lis ton journal (4 pages in-4, Pl. 1350). Provenance : Carole WEISWEILLER. On joint : Léone (Gallimard, 1945) ; grand in-8 à l'italienne, cartonnage de l'éditeur.Édition originale, un des 35 exemplaires de tête sur papier d'Annam (n° 6), accompagné de deux suites, l'une en noire, l'autre en sanguine, des deux lithographies hors texte de Jean Cocteau.

Estim. 2 000 - 3 000 EUR

VIGNY Alfred de (1797-1863). - MANUSCRIT autographe, Royer-Collard, 30 janvier 1842 ; 2 pages et demie grand in-fol. (36 x 23 cm), paginées 9 à 11 (portrait joint). Célèbre récit, écrit sur le vif, de sa visite académique à Royer-Collard. [Le récit de cette visite à Pierre-Paul ROYER -COLL ARD (1763-1845) a été recueilli dans le Journal d'un poète (Bibl. de la Pléiade, p. 1163-1165).] La scène se passe dans une antichambre mal chauffée, entre le candidat et «un pauvre vieillard, rouge au nez et au menton, sa tête chargée d'une vieille perruque noire et enveloppé de la robe de chambre de Géronte avec la serviette au col du Légataire universel». Vigny est mal reçu et rapporte avec verve sous forme de dialogue de comédie les propos échangés. Royer-Collard lui déclare : «Mon opinion est que vous n'avez pas de chances», avec un «certain air qu'il veut rendre ironique et insolent». Il se vante même de ne rien lire, ni journaux, ni «rien de ce qui s'écrit depuis trente ans», il ne va pas au théâtre, il ignore donc les oeuvres de Vigny. Ce dernier, au moment de se retirer, lance : «Vous n'attendez pas, je pense que je vous fasse connaître mes oeuvres, vous les découvrirez dans votre quartier, ou en Russie dans la traduction russe ou allemande sans que je vous dise : Mes enfans sont charmans comme le hibou de Lafontaine»... Et Vigny de conclure : «Vieillard à demi en enfance. Aigri de se voir oublié après avoir eu son jour de célébrité. Jusqu'ici les académiciens me donnent une bonne comédie, ils ne l'écriraient pas si bien qu'ils me la jouent sans le savoir». Ph. de Flers, Th. Bodin, L'Académie française au fil des lettres, p. 196-200.

Estim. 1 500 - 2 000 EUR

APOLLINAIRE Guillaume (1880-1918). - MANUSCRIT autographe signé «Guillaume Apollinaire», La Vie anecdotique, [mars 1911] ; 6 pages grand in-8. Première des chroniques de La Vie anecdotique qu'Apollinaire publia dans le Mercure de France. Elle fut publiée, sous le pseudonyme de «Montade» dans le numéro du 1er avril 1911 ; le manuscrit, avec des ratures et corrections, a servi pour l'impression ; un sommaire à l'encre bleue a été ajouté en tête à l'encre bleue. Cette chronique commence par cette déclaration : «J'aime les hommes, non pour ce qui les unit, mais pour ce qui les divise et des coeurs, je veux surtout connaitre ce qui les ronge». Le premier passage concerne Jules ROMAINS : «Depuis ma première rencontre avec Jules Romains et tandis que s'accumulaient les raisons littéraires qui auraient pu nous éloigner l'un de l'autre, la sympathie naquit qui nous rapprochait. Elle vient, m'a-t-on dit, du fait que nous sommes de la même date [16 août]. C'est le jour le plus romanesque de l'année, d'où sans doute ce pseudonyme de Romains tandis que moi-même je suis né à Rome»... Puis il évoque le 90e anniversaire du Prince-Régent de Bavière, avant de parler de l'antisémitisme, à l'occasion d'une manifestation : «Devant nous se tenait un vieillard qui [...] se livra à un manège qui me parut le plus bizarre du monde. D'un pan de son pardessus, il simula une figure qu'il me dit ensuite être une tête d'âne et la montra avec insistance au monsieur juif qui, gêné d'être là se retira discrètement au bout de quelques minutes. Voyant qu'il s'en allait, le vieillard se mit à rire bruyamment et m'adressa la parole en ces termes : “Il est parti ! il est parti ! quand j'en vois un je lui montre toujours la tête d'âne. C'est le vieux geste de l'antisémitisme français. En 1850 les écoliers le faisaient encore à leurs camarades juifs. Je ne l'ai jamais oublié [...] ils s'enfuient à l'espect de la tête d'âne”»... Puis Apollinaire s'attaque à Émile FAGUET (le nom, écrit en toutes lettres sur le manuscrit, a été imprimé F...) : «M. Faguet écrit volontiers d'après un canevas que lui apporte son éditeur. Il ne reste à l'Académicien qu'à l'amplifier. [...] C'est le commencement de la division du travail, en littérature».

Estim. 2 000 - 2 500 EUR

GIDE André (1869-1951). - MANUSCRIT autographe, Du Narcisse, [1890] ; 32 feuillets, soit 6 ff. in-4 (dont 2 recto-verso) et 26 ff. in-8 écrits au recto, montés sur onglets sur des feuillets in-4 de papier vergé, le tout relié en un volume in-4, maroquin janséniste bleu nuit, dos à nerfs, coupes filetées, doublures de maroquin noir en bord à bord, gardes de moire grège, tranches dorées, étui bordé (Huser). Précieux manuscrit du second ouvrage d'André Gide, le premier signé de son nom, Le Traité de Narcisse. Lors de leur première rencontre à Montpellier en décembre 1890, à l'instigation de Pierre Louÿs, Paul Valéry et André Gide se promenèrent dans le jardin botanique et se recueillirent devant la pierre tombale d'Eliza Narcissa Young, fille du poète anglais, portant l'inscription : Placandis Narcissae manibus. Elle avait inspiré à Valéry son sonnet Narcisse parle, avant de susciter le Narcisse de Gide. Âgé de vingt-et-un ans, le jeune Gide fit paraître Le Traité du Narcisse, sous-titré«Théorie du Symbole», le 1er janvier 1891 dans la revue Entretiens politiques et littéraires, et en fit réaliser plus tard dans l'année un tirage hors commerce à 12 exemplaires sur grand papier et quelques autres sur papier ordinaire, à la Librairie de l'Art indépendant. Des épreuves conservées portent encore le titre primitif du présent manuscrit, Du Narcisse. Son premier ouvrage, Les Cahiers d'André Walter, connut dans le même temps deux éditions, une le 27 février 1891 chez Perrin, distribuée en service de presse mais non mise dans le commerce, et une le 25 avril 1891 à la Librairie de l'Art indépendant. L'édition en revue du Traité du Narcisse fut donc la toute première publication de Gide, et l'un des plus importants manifestes de la doctrine symboliste en France. Dans cet art poétique, Gide propose une définition ambitieuse du Symbolisme dont il fut l'un des jeunes auteurs, en partie inspirée de ses lectures admiratives de Schopenhauer, fondée sur l'oubli de soi au profit de l'Idée. Il utilise cependant partiellement une forme narrative distanciée et, ironiquement, libère à la fin Narcisse de son enchantement. Le manuscrit présente des ratures et corrections («Monsieur Mallarmé, notre maître», écrit puis biffé), et un très grand nombre de variantes par rapport à l'édition, dont quelques paragraphes non conservés par la suite ; à l'inverse, il ne comporte pas les deux premiers paragraphes imprimés. Le manuscrit est mis au net, principalement à l'encre violette, sur des feuillets de papier ligné. Il est préparé pour l'édition, avec un faux-titre Du Narcisse, portant au dos la mention : «En préparation : Le petit traité de la Contingence» ; le titre avec la dédicace à Paul VALÉRY : «à mon ami Paul Ambroise Valéry avec qui j'ai fait un tel rêve», l'épigraphe tirée de Virgile, l'adresse de l'éditeur Librairie de l'Art indépendant, et la date 1891, portant au dos le justificatif de tirage à 12 exemplaires dont 5 sur Chine et 7 sur Hollande ; puis la Déclaration : «Il n'est pas besoin de préface. Je n'écris ça que pour ceux qui ont déjà compris». Le texte est divisé en trois parties, numérotées I à III au crayon rouge. ; il est suivi du manuscrit de la note a. Il se termine par le feuillet «Achevé d'imprimer etc.». I «Il n'y a plus de berges ni de source ; plus de métamorphose et plus de fleur mirée ; - rien que le seul Narcisse, donc, qu'un Narcisse rêveur et s'isolant sur des grisailles»... II «Si Narcisse se retournait, il verrait je pense quelque vaste berge, un ciel peut-être»... III «Le Poëte est celui qui regarde. Et que voit-il ? Le Paradis»... Exposition : André Gide, Bibliothèque nationale, 1970, n° 152. Provenance : vente Beaussant Lefèvre, 13 novembre 2009, n° 16.

Estim. 15 000 - 20 000 EUR

SAINT-EXUPÉRY Antoine de (1900-1944). - MANUSCRIT autographe, [Préface au Vent se lève, 1939) ; 5 feuillets in-4 (27 x 21 cm), montés sur onglets sur des feuillets de papier japon, suivis d'une transcription dactylographiée, en un volume in-4, reliure parlante maroquin caramel, avec plats et dos ornés d'un décor céleste, les nuages à l'oeser brun et les rayons solaires dorés, dos lisse orné avec titre doré à la chinoise. Manuscrit de premier jet et de travail de la préface au livre Le Vent se lève de l'aviatrice américaine Anne Morrow LINDBERGH. Anne Morrow LINDBERGH (1906-2001), épouse de Charles Lindbergh, elle-même aviatrice, avait participé avec celui-ci à une série de raids dont elle tira un récit haletant, Listen ! The Wind, publié en 1938. L'année suivante, Saint Exupéry accepta de préfacer la traduction française de ce livre donnée par Henri Delgove sous le titre Le Vent se lève, alors qu'il ne connaissait ni l'oeuvre ni la jeune femme. Cette belle préface fut insérée dans le recueil posthume Un sens à la vie (1956). Le manuscrit, à l'encre bleu-noir, au recto des feuillets, d'une écriture cursive, est surchargé de ratures et corrections (quelques petites traces de rouille). Saint-Ex profite de cette préface pour exprimer sa conception d'une oeuvre littéraire, s'interrogeant sur le rapport entre le réel et l'écriture du réel, faisant de l'écrivain un passeur entre les mots et les choses... «Je me suis souvenu, à l'occasion de ce livre, des réflexions d'un ami : “Je viens de lire, m'avait-il dit, l'admirable reportage d'un journaliste américain. Ce journaliste a eu le bon goût de noter, sans les commenter ni les romancer, des anecdotes de guerre recueillies de la bouche de commandants de sous-marins. Souvent même il se retranchait derrière la nudité des textes et se bornait à reproduire les notes sèches des journaux de bord. Combien il a eu raison de se retrancher derrière cette matière et de laisser dormir l'écrivain car de ces témoignages secs, de ces documents bruts, se dégage une poésie et un pathétique extraordinaire... Pourquoi les hommes sont-ils si sots qu'ils désirent toujours embellir la réalité, quand elle est si belle par elle-même ? Si un jour ces marins eux-mêmes écrivent, peut-être peineront-ils sur de mauvais romans ou de mauvais poèmes, négligeant les simples trésors qu'ils avaient en leur possession...” [...] Le vrai livre est comme un filet dont les mots composent les mailles. Peu importe la nature des mailles du filet. Ce qui importe, c'est la proie vivante que le pêcheur a remontée du fond des mers, ces éclairs de vif-argent que l'on voit luire entre les mailles. Qu'a-t-elle ramené, Anne Lindbergh, de son univers intérieur ? Quel goût a-t-il, ce livre ? [...] Anne Lindbergh a rendu, avec une vérité saisissante, ce petit déchirement professionnel. Et certes elle ne s'est pas trompée sur le pathétique de l'avion. Il ne réside pas dans les nuages dorés du soir. Les nuages dorés, c'est de la pacotille. Mais il peut résider dans l'usage du tournevis [...] Mais l'aide des dieux, aussi, est nécessaire : Anne Lindbergh retrouve la Fatalité. [...] Elle écrit à un étage suffisamment élevé pour que sa lutte contre le temps prenne la signification d'une lutte contre la mort»... On a relié à la suite du manuscrit : - une dactylographie moderne du texte définitif de la préface. - un télégramme de Saint-Exupéry au traducteur Henri Delgove : «Enthousiasmé par lecture placards Lindberg. Désireux donner importance au lieu de courte préface, si remise texte quinze juillet retour avion New York vous retarde pas trop» (Saint-Pierre-des-Corps 10 juillet 1939). - un article de Delgove, «Saint-Ex intime : l'histoire d'une préface» (extrait de La Vie mancelle, décembre 1971).

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - MANUSCRIT autographe, [présentation du film Le Sang d'un poète, 1932] ; 8 pages in-4 sur 8 feuillets de carton (25 x 22,5 cm). Notes pour la présentation de son film Le Sang d'un poète, avant sa première projection dans la salle du Vieux-Colombier le 20 janvier 1932. Le Sang d'un poète est le premier film de Jean Cocteau, réalisé en 1930 grâce au mécénat du vicomte de Noailles. L'avant-première avait été prévue pour le 30 novembre 1930 ; mais, arrivant juste après le scandale provoqué par la projection de L'Âge d'or de Luis Buñuel, elle fut déprogrammée, Charles de Noailles, déjà producteur du film de Buñuel, ne voulant pas risquer de s'exposer à nouveau. Ce n'est que le 20 janvier 1932 que Cocteau put enfin présenter son film devant les spectateurs du Vieux-Colombier. Pour sa présentation avant la projection, Cocteau avait ces notes cartonnées sous les yeux, numérotées de 1 à 9 ; certaines sont un simple canevas ; mais sur les points importants, elles sont davantage rédigées. Il lui est notamment reproché de faire de la poésie : «Poésie - reproche de poésie. Film à épisodes. Tout le monde a senti l'état poétique. Deuil, fatigue, feu - somnolence - l'esprit se met à associer autre chose que des idées, souvenirs - à marier des monstres. Ce n'est pas la poésie, mais cela s'en approche. [...] La poésie doit être prise par des trucs. Je vais vous en livrer quelques-uns. 1° Décor cloué par terre. 2° Lee Miller aveugle. 3° Enfants réalistes pour la statue détruite». Il ne serait pas facile de raconter le film. «Je pourrais en donner une interprétation qui m'est propre - symboliser après coup sur des allégories et des énigmes»... Mais «il faut laisser le film agir comme la musique admirable qui l'accompagne et toutes les musiques du monde - donner un aliment anonyme à nos émotions et à nous souvenirs. Trouvez chacun en vous le sens de ce film et j'aurai atteint mon but»... Etc. Provenance : Carole WEISWEILLER.

Estim. 1 000 - 1 500 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 3 MANUSCRITS autographes signés «Jean Cocteau» (le 2e non signé), [1946-1948] ; 3 pages in-4, 2 pages et demie in-4, et 6 pages in-4 (au dos de feuillets à en-tête de la Maison du Bailli à Milly, sauf le premier). Trois textes sur la pièce et le film L'Aigle à deux têtes. Article sur la pièce, donné à l'hebdomadaire Juin (21 septembre 1946), pour présenter L'Aigle à deux têtes avant sa création parisienne au Théâtre Hébertot le 20 décembre 1946, après avoir été jouée à Bruxelles et à Lyon en octobre. «Il est bien difficile de parler d'une oeuvre de soi [...] L'Aigle à deux têtes est une pièce qui ne cherche à rien exposer d'autre que les prestiges du théâtre et que le talent des artistes qui l'interprètent. [...] Mes personnages parlent et agissent selon le rythme intérieur qui les anime et s'ils parlent interminablement, comme ma reine au premier acte, c'est que l'intensité du silence de son partener forme avec elle un dialogue auquel les spectateurs attentifs ne se trompent pas»... Et il évoque pour finir ses acteurs, dont Edwige Feuillère et Jean Marais, et ses collaborateurs... Avant L'Aigle à deux têtes. Présentation du film. [L'Aigle à deux têtes, tourné en 1947 et sorti en septembre 1948, est l'adaptation cinématographique de la pièce créée à Bruxelles en octobre 1946 et à Paris le 22 décembre 1946 par Edwige Feuillère et Jean Marais.] En tête du manuscrit, Cocteau a noté : «(s'il m'est nécessaire de prendre la parole)». Cocteau déclare avoir voulu dans son film «étouffer l'intellect sous l'agir et faire que mes personnages agissent plus leurs pensées qu'ils ne les parlent. J'ai poussé cette méthode jusqu'à leur inventer une psychologie presque héraldique, c'est-àdire aussi loin de la psychologie habituelle que, sur les blasons, les animaux qu'on y représente ressemblent peu aux animaux tels qu'ils existent. Par exemple un lion qui sourit, une licorne qui s'agenouille en face d'une vierge, un aigle qui porte une banderole dans son bec. Ce qui ne veut pas dire que cette psychologie soit fausse, mais qu'elle s'exprime plus réellement, plus violemment que de coutume»... Après le «mécanisme des âmes», il en vient à son travail avec Christian BÉRARD pour recréer «toute une atmosphère propre à ces maisons royales où ce qu'on nomme décadence chez les poètes et qui n'est autre que leur démarche particulière s'exprime par une certaine folie, par une lutte naïve contre le conformisme et les usages reçus. [...] Une seule chose a été empruntée à l'Histoire - c'est le coup de couteau final et le fait qu'une impératrice célèbre ait pu marcher longtemps avec ce couteau planté sous l'omoplate. Le reste (qu'il s'agisse des lieux, des personnages et des actes) est de ma seule imagination». Réponses à des spectateurs de L'Aigle à deux têtes. Cocteau a soigneusement divisé ses réponses en quatorze points numérotés et elles lui permettent de répondre aux critiques de tous ordres qui lui furent adressées. Tantôt teintées d'impatience, tantôt très pédagogiques, elles éclairent les ambitions qui ont présidé à cette oeuvre et ne cachent rien des difficultés qu'a rencontrées sa réalisation. Sur les décors : «On a dit de L'Aigle à deux têtes que c'était le triomphe du mauvais goût. [...] Christian Bérard et Wakhevitch ont voulu peindre le mauvais goût des souverains. Nous sommes après les Goncourt. Mallarmé, Manet, les impressionnistes découvrent le japonisme. Les reines et les grandes actrices s'en inspirent»... Sur les réactions négatives de certains critiques : «Ce qu'on est convenu d'appeler l'élite et nos juges jouent, inconsciemment, un jeu que notre nouveau jeu dérange. Le public, lui, ne joue aucun jeu et adopte le nôtre s'il lui plaît et au contraire, s'il le sort de ses habitudes qui le fatiguent». Sur ses interprètes : «J'ai tourné dans l'Aigle cinq cents mètres de pellicule sur Edwige FEUILLÈRE qui parle toute seule. Sans elle, ce tour de force était impossible. Il devient possible parce qu'elle se meurt avec le génie d'un acteur chinois et parce que l'intensité du silence de MARAIS vaut sa démarche et l'autorité de sa parole». Sur les contraintes que l'économie fait peser sur le cinéma : «Je connais les fautes de l'Aigle à deux têtes, mais hélas, l'argent que coûte un film et le minimum de temps qu'il nous impose, ne nous permettent pas de corriger nos fautes. Le cinématographe coûte trop cher. L'art a presque toujours été le privilège des pauvres. Les grands poètes meurent à l'hôpital. En outre, un art qui n'est pas à la disposition des jeunes est criminel. Les producteurs craignent le risque. On imagine mal un art qui ne soit pas basé sur le risque». Sur la psychologie des personnages : «La psychologie des personnages de l'Aigle n'a pas plus de rapports avec la psychologie proprement dite que les animaux des tapisseries à la licorne n'en ont avec les animaux véritables». Sur ses partis pris de mise en scène : «Il n'y a pas de mouvement d'appareil. L'appareil est fixe.

Estim. 1 200 - 1 500 EUR

BOSSUET JACQUES-BÉNIGNE (1627-1704) - prélat, théologien, prédicateur et historien ; évêque de Condom puis de Meaux. DEUX MANUSCRITS autographes de plans préparatoires pour ses sermons, [1662-1666] ; 2 pages in-4 et 6 pages in-fol., montées sur onglets, et reliées en un volume in-fol. maroquin souple noir, étui (Alix). Précieux plans et manuscrits préparatoires pour ses sermons de Carême prêchés devant la Cour en 1662 et en 1666. C'est un document exceptionnel, qui permet de saisir l'art oratoire de Bossuet au moment même de sa conception. A. Plan de ses sermons pour le Carême prêché au Louvre en 1662 ; 2 pages in-4 avec ratures et corrections (petite déchirure marginale bien restaurée). Chaque page est divisée en 3 colonnes : sur la colonne centrale, Bossuet énumère pour chacune des 5 semaines, jour après jour en commençant par le Dimanche, les textes de l'Évangile qui doivent être lus selon la liturgie ; cette préparation se termine à la cinquième semaine, avant le dimanche des Rameaux ; la colonne de gauche est chargée de références à l'Écriture Sainte, aux Pères de l'Église et divers auteurs, voire aux propres prédications de Bossuet ; sur la colonne de droite, en français, Bossuet trace le plan et les grandes lignes des sermons, dont nous donnerons quelques exemples. Première semaine : «1 Penser a son salut. Predication. 2 Rechutes. 3 foy. Impiété. libertinage. curiosité. Vivre selon la foy». Quatrième semaine : «Ambition. [...] Vaine gloire. Orgueil caché. Etat de l'homme. La mort. Vie un songe. misere de ce siecle». Cinquième semaine : «Magdelaine. on peut vaincre les inclinations. Penitence. fausses conversions. degoust. ne differes pas. Entreprendre sa conversion avec courage». Suivent des notes sur la Pénitence et sur la conversion. «la conversion les uns la jugent imp[oss]ible et ne l'entreprennent pas. les autres la croient toujours facile et ils la remettent. les troisiesmes presses par leur conscience et par l'apprehension de la mort y mettent la main quoique foiblement et ne la font qu'a moitié». B. MANUSCRIT autographe, daté en tête «13 mars 1666», pour la préparation de ses sermons pour le Carême de 1666 prêché à Saint-Germain-en-Laye ; 6 pages in-fol. avec ratures et corrections. Bossuet a divisé ses pages en 3 colonnes : au centre, il énumère pour chacune des 5 semaines, jour après jour en commençant par le Dimanche, en latin, les thèmes de l'Évangile du jour ; à gauche, références aux Évangiles ; la colonne de droite est restée vierge. Au tiers de la quatrième page, Bossuet tire un trait de séparation et trace le plan de son Carême en 18 sermons numérotés, en commençant par la fête de la Purification, et, dans chaque semaine, les dimanche, mercredi, vendredi (sauf le jeudi 25 mars pour l'Annonciation). Il s'arrête (n° 18) avec le Vendredi Saint où il doit prêcher la Passion. On ne connaît que 12 sermons de ce Carême. Suit une liste des principaux thèmes de la prédication de Bossuet. Sur les pages 5 et 6, Bossuet jette, en tout premier jet, les idées qui lui viennent, et ébauche ses sermons 1, 2, 3, 5, 6 et 8 à 15, principalement en français. Nous en donnons quelques citations. «1. loix. plaisir de les transgresser. [...] evenemens inevitables. curiosité de les scavoir par les astres [...] maux qui plaisent, maux qui affligent, ceux la utiles. 2. Tentation. esperances et empressemens du monde. on s'etourdit soy mesme on ne pense pas a son salut. [...] Il couste beaucoup aux hommes de faire du bien. le mal coule de source. Presomption. ségaler a dieu. vouloir scavoir ce qu'il s'est reservé. le temps quil donne a la penitence. [...] [...] enchaisnement des peches. [...] pleindre ceux qui sont dans de tels liens. Vous vous accoutumez aux maux aux remedes aux remords de la conscience. O malheur des malheurs. [...] 8. eternité des peines. [...] contre ceux qui se moquent des expressions du feu du soufre etc ou les choses sont litterales combien donc terribles ou metaphoriques. marque que l'esprit humain n'a rien peu trouver qui les egalast. [...] libre arbitre comme cause du mal quelle horreur on doit avoir de la depravation volontaire. [...] 12. aumosnes. honorer la misericorde divine en l'imitant. [...] 14. Justice. les trois vertus qui l'accompagnent. [...] 1. la constance pour la volonté de suivre la loy. est attaquée par l'interest. contre l'amour de l'argent. on fait tout par l'argent et c'est ce qui le fait desirer. donc par la mesme raison on pousse tout a bout en tirant de l'argent. 2 la prudence pour le detail. ici contre les artifices de la medisance qui empeschent de bien connoistre les personnes. 3 la clemence pour supporter les foiblesses. la condescendance. [...] que ce n'est pas luy mais vous qui croissez par le culte que vous luy rendez. que vous venez non pour le faire descendre a vous mais pour vous elever a luy. [...] loraison est un commerce de dieu avec nous»... [Un f

Estim. 8 000 - 10 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 2 MANUSCRITS autographes signés «Jean Cocteau», ; 4 pages in-4 (au stylo-bille rouge, avec ratures et corrections), et 10 pages et demie in-4. Deux manuscrits de préfaces. Prestige des Mille et Une Nuits, [1955]. Préface aux Mille et une Nuits (Club du livre du mois, 1955) ; elle a été recueillie dans le tome I de Poésie critique (Gallimard, 1959). «Longues furent les mille et une nuits pour Schéhérazade, courtes pour le Kalife, et c'est de ces deux dimensions confondues que naît le prestige d'une oeuvre vivante qui puise sa source dans la crainte de la mort. [...] Dans cet exercice qui oblige la pensée à vider l'arsenal de la mémoire, à mettre au monde des personnages, des villes, des palais et des cavernes, à voler aux quatre coins du monde sur les épaules de génies enfermés dans des vases, [...] la sultane invente le feuilleton à suivre et le film à épisodes. Elle est l'ancêtre de tous les romanciers de notre enfance lorsqu'ils nous empêchaient de manger et de dormir».... (Tapuscrit joint, signé, avec titre autographe et une douzaine de corrections au stylo-bille bleu). Préface pour La Princesse de Clèves, [1960], écrite pour une édition de La Princesse de Clèves par le Livre Club du Libraire (1960), à l'occasion de la sortie du film de Jean Delannoy dont Cocteau a fait l'adaptation et les dialogues. «Madame de La Fayette était une grande amie de La Rochefoucauld. [...] tandis que La Rochefoucauld résume son travail en quelques phrases, Madame de La Fayette n'hésite pas à bâtir une délicate et grande machine inspirée de la circulation du sang et de l'arbre des nerfs», et La Princesse de Clèves est une «sorte de féerie réaliste aussi blanche, aussi légère, aussi compacte que la neige. [...] Son style qui consiste à dire le plus clairement possible des choses obscures, aussi simplement que possible des choses complexes, est le comble de l'élégance»... Après avoir rejeté le reproche de frivolité, Cocteau se livre à des variations sur le génie, l'inspiration et la poésie : «La poésie est faite de chiffres et d'algèbres. Elle est précise. [...] Madame de La Fayette est un grand poète»... À la fin de son texte, Cocteau évoque le souvenir de Raymond RADIGUET : «C'est devant La Princesse de Clèves que Raymond Radiguet dressa son chevalet pour, disait-il, le copier. Il en résulta Le Bal du Comte d'Orgel»... (Tapuscrit joint).

Estim. 1 000 - 1 500 EUR

ELUARD Paul (1895-1952). - 3 L.A.S. et une L.S. «Paul Eluard» ou «Paul», 1936-1948, à Hans BELLMER ; 4 pages in-8 ou in-4 (une dactyl.), 2 enveloppes. Belle correspondance amicale et artistique entre le poète et l'artiste. La correspondance s'ouvre le 5 janvier 1936. Eluard fait part de toute son admiration pour l'oeuvre de Bellmer, dont il va exposer les dessins à l'exposition surréaliste du Salon des Indépendants : «Il y a longtemps que j'aurais dû vous dire l'admiration que j'ai pour tout ce que vous faites, à quel point votre oeuvre me touche. Les dernières photographies de votre poupée sont de grandes merveilles. Jamais on n'avait donné une vie si particulière, si réelle à une création, à une créature de l'imagination»... 8 janvier, il est heureux «d'avoir enfin les Jeux de la Poupée, admirablement coloriés et qui dégagent un parfum affolant»... 8 avril 1940, Eluard est alors mobilisé comme lieutenant et Bellmer, arrêté en tant que citoyen allemand, a été envoyé à Forcalquier dans une compagnie de prestataires employée à différents travaux de réfection : «ne croyez pas que nous vous oublions. Pour vous, hélas, je ne peux rien de plus que ce que j'ai fait : m'adresser à des gens, vous recommander. N'oubliez pas que je suis soldat. Je suis bien souvent malade. L'hiver qui persiste ici ne me vaut rien. En ce moment je suis au lit. C'est une bonne idée que de publier pour votre exposition le texte que vous me citez. Veuillez y joindre cette dédicace : “A Hans Bellmer, au coeur de l'innocence la plus secrète, la plus profonde”. J'ai choisi avec Zervos de nombreuses illustrations de vous pour Cahiers d'Art. A bientôt j'espère, mon cher ami et ne doutez jamais de notre affection»... 7 avril 1948 : «Êtes-vous toujours à Toulouse ? Et délivré de Gheerbrant ?»... On joint le faire-part de décès de Paul Eluard, le 18 novembre 1952, adressé à Hans BELLMER (1 p. in-4, enveloppe).

Estim. 2 000 - 2 500 EUR

FLAUBERT Gustave (1821-1880). - MANUSCRIT autographe, Cosmos Alexandre Humboldt, [vers 1860] ; titre et 20 pages sur 11 feuillets (29,5 x 22,2 cm), montés sur onglets en un volume in-4, demi-maroquin rouge serti d'un filet doré, dos à nerfs, non rogné (reliure moderne). Notes d'après Humboldt pour la documentation de La Tentation de Saint Antoine. Ces notes, abondantes et développées, sont écrites à l'encre brune sur des feuillets de papier fort filigrané Canson frères. Alexandre von HUMBOLDT a publié son Cosmos. Essai d'une description physique du Monde en 1845 ; le premier tome de la traduction française en parut dès 1847. Les notes de Flaubert couvrent les deux premiers tomes (sur 3). Flaubert indique la pagination à la fin de chaque note ; il a porté en marge des rubriques ; ainsi, pour le tome I «Tableau de la Nature» : nature, partie astronomique, composition chimique des aérolithes, changements futurs dans le ciel, vie céleste, intérieur de la terre, boussole chinoise, lumière animale de la mer, tremblemens de terre, cause du vulcanisme d'après Platon, Fossiles, Méditerranée -Caspienne, Courans océaniques, brouillards reproduisant les bas-fonds, vie marine, Depuis Colomb l'homme circule sur la terre, Si la terre n'avait pas d'air ; et, pour le tome II «Histoire de l'idée du Cosmos» : l'inventeur des arbres taillés, peu d'amour du pittoresque chez les Anciens, invention des coulisses, souvenir de voyage - desiderium, Parcs des rois persans - taille des arbres symboliques, Nicolas de Cusa, idée d'une vérité primitive perdue, Amenemha III, l'Etna du Taygète, Inde - Judée, Hérodote - Caspienne, Alexandre - Inde, Premières légendes sont des voyages Bacchus Abaris etc., tala- tabaschir, Collège astronomique de Babylone, Canal de la mer Rouge, belle comparaison, lac Aral, La lune miroir de la terre, Alexandre d'Aphrodisias, Rufus d'Ephèse, l'empereur Auguste, mot d'un savant, Abderrhaman Ier - jardin botanique, Amérique dès l'an 1000 - et même 876, fièvre intellectuelle des physiciens du M.A., Maître de Pétrarque et de Boccace, promoteurs des études grecques, Léon X, Anghiera, Pinzon - vol des perroquets, Premier voyage autour du monde, qu'est-ce qui poussait aux voyages au XVIe s., Barros = cinquième partie du monde, Colomb, bancs d'herbes marines, comètes en plein jour, Copernic & Colomb, mort de Coppernic, idée d'Anaxagore sur la Lune, concerts célestes de Tycho Brahé, inventeurs du télescope, couleur de la lune, Saturne, formation des étoiles. À la suite, des notes plus développées se référant aux notes du tome II : Jardins d'Adonis («le jardin où Vénus s'unit à Adonis symbole de la jeunesse trop tôt flétrie, de la croissance féconde et de la destruction»), or d'Ophir, Sucre, Éléphants. Ce simple énuméré des rubriques marginales de Flaubert montre la diversité de ses intérêts. On a relié en fin un feuillet intitulé «Questions académiques» (une page et demie in-4, réparations), se référant à Cicéron dans l'édition Fournier. Provenance : Caroline Franklin-Grout-Flaubert (nièce de Flaubert), vente Paris 18-19 novembre 1931, n° 123 ; Albert Kies (ex-libris ; vente Sotheby's Paris, 19 juin 2013, n° 124.

Estim. 6 000 - 8 000 EUR

LAMARTINE Alphonse de (1790-1869). - MANUSCRITS autographes pour ses Mémoires ; environ 280 pages, la plupart in-fol. Cahier 3, commentaires aux poésies, Suite (12 pages in-4, pag. 23 à 34), pour Les Confidences (1849), fragment correspondant aux chapitres V à VIII : l'arrivée de Lamartine en Suisse, son accueil par le baron et la baronne de Vincy, Mme de Staël... Addition sur Delphine de GIRARDIN pour le Cours familier de littérature (1 page oblong in-8), avec placard d'épreuve corrigé. Important ensemble de fragments, de la fin de la vie de Lamartine, vraisemblablement pour ses Mémoires inédits (avec des lacunes et quelques pages dictées), paginés 182-189 ; 208 ; 273-280 ; 280-281 ; 280-288, 221-297, etc., en tout environ 125 pages in?fol. Citons la p. 280 : «Ce fut pendant ce délicieux été à Naples que n'ayant plus rien à observer mais seulement à attendre je me retirai dans l'île voisine d'Ischia que j'ai fait connaître à mes lecteurs dans le premier volume des mes Confidences par l'épisode de Graziella»... Ailleurs il évoque son ami Virieu, Mme de Saint-Aulaire et la duchesse de Broglie... Les pages 221 à 297 sont en grande partie de la main de Valentine de Lamartine. Un dossier de «100 pages finissant le 3e volume des Mémoires», pag. 1 à 35, 37 à 102, en tout 77 pages avec quelques lacunes, et plusieurs pages de la main de Valentine de Lamartine (et des pages impr. insérées). Mémoires de M. Lamartine. 4ème Volume (25 pages in-fol. ; les p.10, 17-25 de la main de Valentine de Lamartine). Il commence : «Auprès de la porte d'Hyde Park dans Portland Street nous entrâmes dans la maison de ma belle-mère».... Une série de 23 pages (chiffrées 290 à 328) est consacrée à Mme de Raigecourt, avec insertion d'extraits imprimés des Mémoires de Madame Élisabeth. On joint un ensemble de fragments historiques ou politiques : sur le prince de Polignac (3 p. in-fol. pag. 5-6 et 8) ; le duc de Liancourt, le duc de Doudeauville, Mme du Cayla (2 p. in-4) ; Napoléon à Sainte-Hélène (5 p. in-4, pag. 250-254) ; Hoche (3 p. grand in-fol. répar.) ; 10 pages in-4 (plus une par Valentine de Lamartine) de fragments sur la Turquie, la révolution de 1848, etc. Provenance : archives de Saint-Point.

Estim. 1 000 - 1 500 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - MANUSCRIT autographe signé «Jean Cocteau», La Corrida du 1er mai, [1954-1957] ; 152 pages la plupart in-4, plus dactylographies. Important manuscrit comprenant l'ensemble des notes de premier jet et brouillons dans lesquels Cocteau, aidé de Jean-Marie Magnan, puisera pour en extraire la version définitive de La Corrida du premier mai, qui représente environ un tiers de la totalité de ce manuscrit. La Corrida du premier mai a paru chez Bernard Grasset en 1957, avec des dessins de l'auteur. «Publié en 1957, ce bref ouvrage dédié “à Luis Miguel Dominguin et à Luis Escobar pour qu'il le lui traduise”, fut inspiré à Jean Cocteau par la découverte de l'Espagne où il se rendit pour la première fois au cours de l'été 1953 et où il devait revenir plusieurs fois jusqu'à sa mort, et particulièrement par un événement survenu le 1er mai 1954 : assistant à une corrida aux arènes de Séville, Cocteau se vit dédier par Damaso Gomez son taureau. De ce moment, la montera, la toque noire du matador sur les genoux, le poète “devint le spectacle auquel il assistait” - le choc éprouvé alors fut si violent que Cocteau se demande s'il n'est pas à l'origine du premier infarctus du myocarde dont il fut victime un mois plus tard. Cocteau comprit alors le secret de ces noces entre la “Dame blanche” (la Mort), représentée par le taureau, son “ambassadeur”, et le torero, en ce combat où l'homme devient la bête afin de la comprendre, et réciproquement, où l'homme et la bête changent alternativement de rôle et de sexe. Ainsi la corrida jusqu'alors extérieure s'incorporait-elle à sa mythologie personnelle, et même la représentait. Dès lors, Jean Cocteau comprit l'Espagne et l'aima avec respect, avec passion. Cet essai sur l'Espagne comprend en outre : Hommage à Manolete (trois poèmes, le dernier en prose) ; Notes sur un premier voyage en Espagne, datées de juillet 1954» (Jacques Brosse). Cocteau y ajoutera une Lettre d'adieu à Federico [Garcia Lorca], et L'Improvisation de Rome, transcription d'une causerie sur Picasso, enregistrée au magnétophone par les organisateurs de l'exposition Picasso à Rome en 1953. Tous ces feuillets sont réunis dans une chemise cartonnée orange à élastiques, portant de la main de Carole Weisweiller le titre «Corrida du 1er Mai» et, de celle de Jean Cocteau, la mention suivante : «En somme, cher Jean-Marie, supprimer tout ce qui n'est pas en contact avec la corrida et l'Espagne. Jean». Comme ce manuscrit en porte témoignage, La Corrida du premier mai fut l'une des oeuvres de Cocteau dont il eut le plus de difficulté à venir à bout. Né du choc éprouvé à la corrida du 1er mai 1954 (une note donne la date exacte du 30 avril, mais le 1er mai fait un meilleur titre !), le livre se donne pour ambition de «fixer les modifications de la conscience obtenue chez un Français par cette drogue du peuple d'Espagne : la corrida». Cocteau prend aussitôt des notes relatives à l'art tauromachique, à l'âme du peuple espagnol, à Séville, refusant tout pittoresque facile ; il veut plonger au coeur de ce qu'est l'essence de la corrida, dont il souligne la dimension tragique et sexuelle. Ces textes d'une exceptionnelle densité occupent généralement un ou deux feuillets, et Cocteau avait sans doute pour ambition de les fondre en un texte continu. Mais en juin, de retour à Santo Sospir, il est frappé d'un infarctus et ne peut travailler de façon suivie. Il continue à prendre des notes, mais s'avère incapable de les ordonner. Ce n'est que deux ans plus tard, au début d'octobre 1956, qu'il envoie ces pages accumulées à son jeune ami Jean-Marie MAGNAN, à charge pour lui de relier ces notes éparses et «reconstituer la bête» ; celui-ci, né en 1929 et poète lui-même, était originaire d'Arles, habitué des arènes, et avait fait la connaissance de Cocteau par l'intermédiaire de Lucien Clergue. Le présent manuscrit permet de prendre la mesure de l'immense «travail à la Champollion» (lettre du 17 octobre) qu'il a accompli. Il a tenté de dégager une unité thématique de ces pages qu'il a regroupées en plusieurs ensembles, numérotées et décryptées. Cocteau lui rendra d'ailleurs hommage à la fin du livre en évoquant ces «notes illisibles», dont Magnan a su tirer le texte, organisant le texte extrait de ces dossiers souvent à l'état d'ébauches, comme le montrent les formats de papier différents, l'emploi du stylo bille alternant avec le crayon, le caractère parfois fragmentaire. L'ordonnancement se fit sous le contrôle du poète, qui a adopté ou modifié les suggestions proposées par son déchiffreur. Afin de donner plus d'unité au texte, d'importants passages ont été supprimés, notamment des réflexions sur la science moderne et la parascience, où Cocteau oppose Paracelse et les sciences occultes au cartésianisme. De toutes ces réflexions ne subsisteront que deux pages dans la version imprimée. Les ensembles ici présentés sont évidemment très touffus, plus développés que le texte final. Un même thème se développe

Estim. 8 000 - 10 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - MANUSCRIT autographe signé «JC», Le Baron Lazare, 1920 ; 157 feuillets in-fol. ou in-4 écrits au recto, sous chemise autographe (marges effrangées aux tout premiers feuillets). Manuscrit complet de cette pièce en trois actes, un des premiers essais dramatiques de Cocteau. La dernière page du manuscrit porte la date : «Bassin d'Arcachon le 30 septembre 1920». La pièce a donc été écrite au cours de l'été 1920, lors d'un séjour au Piquey en compagnie de Raymond Radiguet, avec qui Cocteau rédigeait au même moment le livret de l'opéra-comique Paul et Virginie, et la saynète Le Gendarme incompris. Il écrit alors à sa mère qu'il travaille à «une grosse pièce en trois actes pour le boulevard. [...] On dirait du Bernstein (mieux écrit)». Cette pièce ne fut jamais éditée ni représentée du vivant de Cocteau. Ce n'est qu'en 2003 que l'on put prendre connaissance du texte (malheureusement amputé de sa fin) dans l'édition du Théâtre complet de Cocteau dans la Bibliothèque de la Pléiade. L'action des deux premiers actes se situe en 1913. Le baron Alfred Lazare, riche industriel, amateur d'art éclairé, entretient une actrice vieillissante, Gladys Rubis, «mauvaise actrice et grande courtisane». Celle-ci est amoureuse d'un gigolo opiomane, Jacques Touraine, qui veut la quitter pour épouser Rosine, la fille du baron, lequel s'y oppose absolument. Un soir qu'il est pris d'un malaise en rentrant chez lui, le baron est recueilli par Alice, une jeune prostituée. Encouragée par son souteneur André dit Dédé, elle va l'attirer dans ses filets. Lorsque le rideau se lève sur le troisième acte, nous sommes en 1919, après la guerre. Le Baron a épousé Alice et, mal vu par la haute société, s'est retiré à Maisons-Laffitte. Il accepte le gigolo Jacques pour gendre, après que celui-ci ait fait preuve à la guerre de sa droiture. Mais le retour de Dédé, qui continue à voir et exploiter Alice, lui ouvre les yeux sur les véritables sentiments de celle-ci et le baron met fin à ses jours. La pièce est intéressante à plus d'un titre, outre la situation de certains personnages qu'on retrouvera dans le roman Le Grand Écart. Par sa maîtrise des procédés du théâtre de Boulevard, elle annonce les grandes réussites à venir des Parents terribles et des Monstres sacrés. L'usage important du téléphone et le personnage de Gladys préfigurent La Voix humaine. D'autres éléments sont à remarquer : l'addiction de Jacques à l'opium, et la scène entre le baron et le marchand de tableaux Raphaël Bloch, amusant plaidoyer en faveur de la modernité picturale. Ce manuscrit est contenu dans une chemise cartonnée sur laquelle Cocteau a calligraphié en grosses lettres le titre dans un cartouche. La pièce est précédée d'une Préface. «En écrivant Le Baron Lazare mon intention n'a pas été de peindre le type d'une fin de race des grandes familles juives de la finance. Je cédais plutôt à une sorte de pari. On me reproche toujours de ne pas tenir en assez haute estime certaines oeuvres que couronne le succès du boulevard. “Faites-en donc autant puisque c'est si simple” disent les ennemis. Les amis le sous-entendent. [...] Je fis littéralement les 3 actes dans l'obscurité, une nuit d'insomnie [...] Après, il fallut trois jours pour l'écrire»... La liste détaillée des Personnages est précédée d'une ébauche très corrigée. Le manuscrit de la pièce présente de nombreuses ratures et corrections. En tête, le titre Le baron Lazare remplace le titre primitif biffé : «Le coeur d'or» ; Cocteau y a ajouté le sous-titre : «ou une pièce comme les autres». Parmi les corrections, on notera que plusieurs répliques ont été biffées. On remarquera que Cocteau a accordé également un grand soin aux didascalies, très détaillées. Provenance : Carole WEISWEILLER.

Estim. 5 000 - 6 000 EUR

SAND George (1804-1876). - MANUSCRIT autographe, La Dernière Aldini, [1865] ; 192 pages in-4 (27 x 21 cm) en 3 cahiers brochés de 60, 73 et 61 pages, sous couvertures de papier fort. Adaptation dramatique inédite d'un roman de 1837. C'est en juillet-août 1865, alors qu'elle veillait son compagnon Alexandre Manceau mourant, que Sand a rédigé cette adaptation de son roman La Dernière Aldini, publié en décembre 1837 dans la Revue des deux mondes. Elle termine de mettre la pièce au point fin août. Après les conseils de Dumas fils, elle retravaille «ferme» sa pièce, du 12 au 29 décembre. Mais La Rounat, le directeur de l'Odéon, la refuse en janvier 1866. Le 4, Sand note dans son agenda : «Lettre de La Rounat qui ne voit pas de succès dans la pièce et qui est désolé. Et moi donc, après tant de travail ! A-t-il tort ou raison ? moi, je ne juge pas ; je prends courage». La pièce ne sera jamais représentée et est restée inédite. Le roman conte l'histoire de Lélio, jeune pêcheur de Chioggia, amoureux du chant, devenu gondolier à Venise, son amour pour la signora Bianca Aldini, qui, veuve, songe à l'épouser, mais y renonce en songeant à l'avenir de sa fille Alezia. Dix ans plus tard, ténor célèbre au San Carlo de Naples, Lélio enflamme le coeur d'Alezia, sa mère s'étant remariée avec le prince Grimani. Alezia, «la dernière Aldini», devra renoncer à cette mésalliance, et Lélio retournera à sa vie d'artiste, ne voulant pas être «l'amant de la mère et le mari de la fille». La pièce reprend cette donnée et ces personnages. Le manuscrit est à l'encre bleue, et présente de nombreuses et importantes ratures et corrections, avec des passages biffés, et la trace d'importants remaniements, avec des pages insérées, et des collettes corrigeant une version antérieure. On joint le manuscrit par Alexandre MANCEAU de la pièce Le Pavé, 1862 ; 48 pages en un cahier broché in-4. Ce manuscrit a été élaboré par Manceau d'après la nouvelle dialoguée de Sand, Le Pavé, publiée dans la Revue des Deux Mondes du 15 août 1861, dont de nombreux extraits imprimés ont été collés dans le manuscrit. La pièce fut montée le 7 septembre 1861 sur le petit théâtre de Nohant, et une version scénique, remaniée, fut créée au Gymnase le 18 mars 1862, et publiée aussitôt chez Michel Lévy, et recueillie en 1864 dans le Théâtre de Nohant. Le présent manuscrit, à l'encre bleue, présente des variantes avec le texte publié de la pièce, les didascalies y étant plus développées ; Manceau a inséré en tête une longue et méticuleuse description du décor, ainsi qu'un dessin à l'encre bleue de ce décor. La couverture porte cette mention biffée : «Ce manuscrit fait uniquement pour le metteur en scène, devra être rendu à Mr Manceau, aussitôt la pièce montée ou la copie faite». On y a joint un petit cahier (21 x 14,5 cm) avec le rôle de Jean Coqueret, à partir du livret imprimé de la pièce, avec quelques annotations de Manceau, et les répliques de Coqueret entourées en rouge.

Estim. 6 000 - 8 000 EUR

Konvolut - de 7 autographes du domaine de l'économie. Présent : ╔Getty, Jean Paul╗, US-am. Industriel et mécène d'art (1892-1976). Écrit. Signature sur un chèque, daté. Santa Monica, 8 juillet 1946, perforé. - ╔Breuer, Rolf E.╗, directeur de banque allemand, président du conseil de surveillance de la "Deutsche Bank" (1937). Écrit. Signature sur un bon d'option au porteur de la Dt. Bank de févr. 1986 et au dos d'une photo d'identité. - ╔Dillon, Sidney╗, Am. Directeur des chemins de fer (1812-1892). Éh. Signature sur une action de l'Oregon and Transcontinental Company du 20 avr. 1888 - La perforation traverse la signature. - ╔Flynt, Larry╗, US-am. éditeur ("Hustler"). Écrit. Signature sur une photographie de portrait. 25 x 20 cm. - ╔Franklin, Philip A.S.╗, vice-président de la "International Mercantile Marine Company" (1912-15). Époux. Signature sur un titre de la société, dat. 22 nov. 1915. - La société était également propriétaire de la White Star Line anglaise (Titanic). - ╔Klee, Hermann K.╗, président du conseil d'administration de Wanderer-Werke A.G. Eh. Signature au bas d'une lettre manuscrite. Lettre et signatures supplémentaires des membres du comité directeur Albert Wohlgemuth, Werner Kniehahn et Hermann Gröschler, au ministre d'État et chef de la chancellerie présidentielle du Führer Otto Meißner, dat. 13 mars 1940 - Félicitations pour son 60e anniversaire. - ╔Havenstein, Rudolf╗, juriste et président de la Reichsbank allemande depuis 1908 (1857-1923). Lettre hon. Signature au bas d'un certificat de nomination (au nom de l'empereur), dat. Berlin, 27 mai 1915 - Partiellement. usures, titres annulés. D

Estim. 200 - 300 EUR

VAUVENARGUES Luc Clapier, marquis de (1715-1747). - MANUSCRIT autographe, [Dialogues] ; 7 pages et demie in-4. Rare manuscrit de trois Dialogues philosophiques. Les Dialogues ont été publiés dans les OEuvres posthumes de Vauvenargues éditées par J.L.J. Brière en 1821. Le manuscrit, à l'encre brune sur 4 feuillets, présente quelques ratures et corrections. Il rassemble les Dialogues (ici non numérotés) VI, VII et XVIII. [VI] Montagne et Charron (3 pages). Dialogue entre MONTAIGNE (écrit Montagne)et Pierre CHARRON, auteur du livre De la Sagesse. «Cha rron. Expliquons nous, mon cher Montagne, puisque nous le pouvons presentement. Que vouliez vous insinuer quand vous avez dit : Plaisante justice qu'une rivière ou une montagne borne ! Vérité audela des Pirenées ; erreur audeça. [La citation est en fait de Pascal.] Avez vous pretendu qu'il n'y eut pas une verité et une justice reelle ? Montag ne. J'ai pretendu, mon cher ami, que la plupart des loix etoient arbitraires, que le caprice des hommes les avoit faites, ou que la violence les avoit imposées. Ainsi elles se sont trouvées fort diferentes selon les pais, et quelquefois tres peu conformes aux loix de lequité naturelle. Mais come il n'est pas possible que legalité se maintiene parmi les hommes, je pretends que c'est justement qu'on soutient les loix de son pais, et que cest à bon titre qu'on en fait deppendre la justice. Sans cela, il n'y auroit plus de regle dans la société, ce qui seroit un plus grand mal que celui des particuliers lezez par les loix»... Etc. [VII]. Un americain et un Portuguais (3 pages). «L'Americain. Vous ne me persuaderez point. Je suis tres convaincu que votre luxe, votre politesse, et vos arts, n'ont fait qu'augmenter nos besoins, corrompre nos moeurs, allumer davantage notre cupidité, en un mot corrompre la nature dont nous suivions les loix avant de vous conoitre. Le Portuguais. Mais qu'apellez vous donc les loix de la nature. Suiviez vous en toutes choses votre instinct. Ne l'aviez vous pas assujeti à de certaines regles pour le bien de la société ?»... Etc. [XVIII]. Platon et Denis le tiran (1 page et demie). Dialogue entre PLATON et le tyran de Syracuse DENYS. «Denis. Oui, je le maintiens, mon cher philosophe, la pitié, l'amitié, la generosité, ne font que glisser sur le coeur de l'home. Pour lequité, il n'y en a aucun principe dans sa nature. Platon. Quand il seroit vrai que les sentimens d'humanité ne seroient point durables dans le coeur de l'home.... Denis. Cela ne peut etre plus vrai. Il n'y a de durable dans le coeur de l'home que l'amour propre. [...] Platon. C'est adire que vous qui etiez plus fort et plus habile que vos sujets, vous n'etiez pas obligé envers eux à etre juste. Mais vous avez trouvé des hommes encore plus heureux et plus habiles que vous. Ils vous ont chassé de la place que vous aviez usurpée. Après avoir eprouvé si durement les inconveniens de la violence, devriez vous persister dans votre erreur ? Mais puisque votre experience n'a pu vous instruire, je le tenterois vainement. Adieu ; je ne veux point infecter mon esprit du poison dangereux de vos maximes»...

Estim. 2 500 - 3 000 EUR

CORNEILLE Pierre (1606-1684) et Thomas (1625-1709). - P.S. par les deux «Corneille» et 4 autres personnes de leur famille, aux Lignery [Les Lignerits, Orne] 17 août 1673 ; 2 pages in-fol. avec cachet fiscal Normandie. Pour Escrit sous-seing privé, feuillet monté sur onglet et relié en un volume maroquin brun, doublures et gardes de moire verte (P.L. Martin). Acte sous seing privé pour le remariage de la fille aînée de Pierre Corneille. Marie Corneille (1642-1721), fille aînée de Pierre Corneille et Marie de Lampérière, avait épousé en 1661 en premières noces Félix du Buat, sieur de Boislecomte, d'où un fils Gilles ; veuve en 1668, elle épouse en secondes noces en 1673 Jacques de FARCY sieur de L'Isle, d'où quatre filles (la troisième, Françoise, née en 1682, est l'ancêtre de Charlotte Corday). Cette convention sous seing privé complète le traité de mariage entre Jacques de Farcy et Marie de Corneille ; Jacques de Farcy s'engage à conserver à sa femme la dot stipulée au contrat de mariage avec le défunt sieur de Boislecomte ; Marie de Corneille apporte au sieur de Farcy une somme de 4000 livres «qu'elle a en argent dont il se tient content», dont en cas de décès du S. de Farcy elle jouira toute sa vie de l'intérêt ; elle donne en outre au S. de Farcy «la jouissance pendant la vie d'icelluy sieur de Farcy de sondit dot et de ses autres immeubles à condition quil contribuera à l'entretien de Gilles du Buat escuier son fils jusques à sa majorité et si ladite dame survit ledit sieur de Farcy elle aura et prendra en exemption de touttes charges ses habits bagues joiaux et linges servans à son usage avec une chambre garnie carrosse et chevaux ou la somme de trois mil livres au lieu de ladite chambre garnie carrosse et chevaux au choix de ladite dame»... Ont signé, outre Pierre Corneille et sa femme «Marie de Lamperiere», Thomas Corneille et sa femme «Marguerite de Lamperiere», et les deux mariés «de Farcy et «Marie de Corneille». Plus bas, les époux reconnaissent les termes de cette convention devant les tabellions royaux d'Alençon le 2 janvier 1674 et signent à nouveau. Provenance : anciennes collections Léon Duchesne de LA SICOTIÈRE (exposition Deuxième Centenaire de Pierre Corneille, Rouen 1884) ; puis Jean DAVRAY (6-7 décembre 1961, n° 21). Bibliographie : André Pascal [Henri de Rothschild], Les autographes de Pierre Corneille (1929, p. 51 et pl. XV).

Estim. 10 000 - 15 000 EUR

BARBEY D'AUREVILLY Jules (1808-1889). - MANUSCRIT autographe, À un dîner d'athées ; 38 feuillets (31 x 20 cm) montés sur onglets, et reliés en un volume in-fol., maroquin rouge, plats ornés d'un jeu de 9 filets dorés, doublures et gardes de parchemin dans un cadre de maroquin intérieur orné de six filets dorés, dos à 5 nerfs (A. Dodé). Précieux manuscrit de travail, très corrigé, de la cinquième nouvelle des Diaboliques. Manuscrit complet, à l'exception de la première et de la dernière pages, qui sont ici recopiées de la main de Louise Read (ff. 1 et 1 bis, et 37) [la 1ère page a été reproduite en fac-similé dans le n° 5 de la revue le Manuscrit autographe en 1926.]. La page 2 commence ainsi : «qui priaient à voix basse, dans ce grand vaisseau silencieux et sombre et par le silence rendu plus sonore, faisaient ce susurrement singulier qui est comme le bruit d'une fourmillière d'âmes, visibles seulement à l'oeil de Dieu.» La page 36 s'achève par ces phrases : «C'est juste, dit Mesnilgrand. Tu m'y fais penser. Voici donc ce qui me reste à dire, à Rançonnet & à toi. J'ai porté, des années, au feu»... Le manuscrit est principalement écrit à l'encre brune ou noire, au recto de feuillets numérotés par Barbey de 2 à 36 ; mais Barbey a également utilisé des encres de couleur : rouge, vert, bleu, violet. Il présente de nombreuses ratures, suppressions, corrections et additions, aux encres ou au crayon. Des brouillons de premier jet, au crayon, abondamment raturés et corrigés, se lisent au verso des ff. 17, 34 et 36 ; on relève des comptes domestiques au verso des ff. 26 et 32. Le texte présente de nombreuses variantes par rapport à la version publiée ; le capitaine Rançonnet qui surprend Mesnilgrand dans l'église au début de la nouvelle se nomme Ranconnant dans les premiers feuillets et prend ensuite son nom définitif ; le major Ydow se nomme ici Ydou. Trois dessins de ciboires aux encres de couleurs ponctuent l'histoire aux ff. 4, 14 et 15. Le recueil Les Diaboliques, publié chez Dentu en novembre 1874, fut l'aboutissement d'une longue genèse, qui remonte à 1850. La cinquième nouvelle de ce livre scandaleux, qui devait d'abord s'intituler Ricochets de conversation, relate les propos tenus lors d'un dîner rassemblant une vingtaine de convives, tous athées et impies farouches, chez le chevalier de Mesnilgrand, qu'on a vu, au début de la nouvelle, se faufiler dans l'église de la petite ville et remettre un paquet au prêtre du confessionnal ; il y a été surpris par son ami Rançonnet, qui le somme de s'expliquer devant ses compagnons athées. Mesnilgrand, capitaine dans les armées napoléoniennes, est devenu en Espagne l'amant de la belle Rosalba, dite la Pudica, femme (ou plutôt maîtresse) du major Ydow. Rosalba tombe enceinte. L'enfant meurt quelques mois après sa naissance ; et Ydow, fou de chagrin, fait embaumer son coeur qu'il enferme dans une urne de cristal, pour le transporter partout avec lui. Apprenant qu'il n'est pas le père, il brise l'urne et punit La Pudica par où elle a péché, en la cachetant avec de la cire fondue. Mesnilgrand tue Ydow et ramasse le petit coeur, qu'il a longtemps porté, telle une relique, avant de le confier à un prêtre, pour qu'il repose enfin en terre chrétienne. Ce précieux manuscrit, très corrigé, est resté inconnu des éditeurs de Barbey d'Aurevilly. Provenance : colonel Daniel Sickles (I, n° 17), Hubert Heilbronn (ex-libris, vente Sotheby's', Paris 21 mai 2008).

Estim. 25 000 - 30 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 3 ouvrages, avec envois et DESSINS pour Jean MARAIS. Poésie 1916-1923 ** Poésies. Vocabulaire. Plain Chant (Paris, Librairie Gallimard, 1925) : in-8, broché (petites taches sur la couv.). Édition collective sur papier d'édition. Envoi autographe avec dessin à Jean MARAIS. Dessin à pleine page sur le faux-titre, au crayon gras noir, représentant un visage de profil avec l'inscription dans un cartouche : «Jean au très Pur». Lettre à Jacques Maritain (Paris, Librairie Stock, Delamain et Boutelleau, 1926) ; in-12, broché (couverture détachée, cassures au dos). Édition originale sur papier d'édition. Exemplaire orné de deux dessins originaux de Cocteau, avec envoi autographe signé à Jean MARAIS. Le premier dessin, sur le plat supérieur de couverture, représente un visage de profil, à la plume et au crayon bleu. Le second, à la mine de plomb sur le faux-titre, sur le bord droit et toute la hauteur de la page, représente un profil de chevalier, avec l'envoi : «à mon cher Jeannot Jean». Le Potomak 1913-1914 précédé d'un Prospectus 1916 (Paris, Librairie Stock, Delamain et Boutelleau, 1931) ; in-12, broché, mention de «onzième édition, texte définitif» sur la couverture (couverture décollée). Exemplaire de Jean MARAIS orné d'un dessin original de Jean Cocteau, à pleine page au crayon noir sur la page de faux-titre, représentant deux jeunes visages masculins à chevelure en étoile. On joint : - Opéra. OEuvres poétiques 1925- 1927 (Paris, Librairie Stock, 1927) ; in-12, broché, non coupé, couverture illustrée en couleurs par Christian BÉRARD ; sous chemise cartonnée de Claude-François Labarre. Édition originale, un des 28 exemplaires de tête sur papier impérial du Japon (n° 9). Plus un jeu d'épreuves (6 cahiers dont manque ici le 5), avec tampon de l'imprimerie F. Paillart daté du 13 mai 1927. - Le Mystère laïc. Essai d'étude indirecte (Giorgio de Chirico), avec cinq dessins de Giorgio de CHIRICO (Paris, Éditions des Quatre Chemins, [1928] ; in-8 carré, broché, couverture rempliée gris-bleu imprimée en rouge et noir. Édition originale, un des 2875 exemplaires sur papier de Rives à la forme (n° 697), avec 5 illustrations en noir à pleine page et hors texte de Giorgio de CHIRICO. Envoi autographe signé avec dessin sur le faux-titre : «À Jacquot Noël 1932 Jean» [il s'agit probablement du cinéaste Jacques MANUEL (1897-1968)]. Beau dessin original à la plume avec rehaut de lavis brun, représentant un profil de jeune homme.

Estim. 1 500 - 2 000 EUR

CÉLINE Louis-Ferdinand (1894-1961). - MANUSCRIT autographe, Maudits Soupirs pour une autre fois, [1947] ; environ 905 pages in-fol. (environ 34 x 21 cm) montées sur onglets et reliées en 4 volumes petit in-fol., plus un volume de chemises annotées, pleine peau de requin, plats noirs, dos et coins de quatre teintes différentes pour chaque volume (bleu pour le 1er, vert pour le 2e, havane pour le 3e et rouge pour le 4e) ; dos lisses à coutures apparentes, ; gardes en nubuck de teintes assorties, emboîtages pour chaque volume à dos de box gris-souris titré (J. de Gonet 2007). Version primitive des deux premiers volumes de Féerie pour une autre fois, et projet inachevé d'une suite, le tout magnifiquement établi par le relieur Jean de Gonet. Maudits soupirs pour une autre fois présente une version préliminaire de Féerie pour une autre fois (publiée en 1952 chez Gallimard, suivie de la seconde partie finalement intitulée Normance, publiée en 1954), plus une suite restée inachevée. Le texte, conçu en prison dès août 1946 (avec le titre un moment envisagé d'Au vent des maudits soupirs pour une autre fois) a été élaboré au Danemark dans le courant de l'année 1947. Céline commence par évoquer les souvenirs des derniers mois passés à Montmartre, dans son appartement de la rue Girardon, avant l'exil ; il reçoit la visite de Clémence Arlon, venue faire dédicacer des livres ; et il se promène par la pensée dans ce Montmartre qu'il aime et où il a tant d'amis, qui défilent ici ; il se promène aussi dans ses souvenirs : son enfance, la guerre... ; puis le bombardement commence, et Céline doit songer à préparer son départ ; il se réfugie avec des amis dans le cimetière... Le texte de Maudits soupirs pour une autre fois a été publié pour la première fois en 1985 chez Gallimard par les soins d'Henri Godard, texte repris en 2007 dans la collection l'Imaginaire ; une transcription revue et complétée en sera donnée au tome IV des Romans dans La Bibliothèque de la Pléiade, comme versions B et B' de Féerie pour une autre fois (p. 680- 858 et 963-1027). Le manuscrit autographe compte 905 pages, avec de nombreux bis et numéros en exposant ; il est abondamment corrigé, on compte près de dix mille corrections. On trouvera ci-dessous le détail des quatre volumes. I. 294 pages sur 169 feuillets, aux encres noire et bleue. Numérotation autographe continue 1-139 bis. Près de 300 ajouts. II. 180 pages sur 177 feuillets. (dont 3 écrits r°-v°), dont un brouillon de lettre entièrement biffé au v° de la 1ère page numérotée 139 ter. Numérotation autographe de 139 ter à 1635. 35 ajouts. III. 216 pages sur 166 feuillets à l'encre bleue (dont 1 p. de calculs au v° de la p. 16612). Numérotation autographe de 1636 à 238. 60 ajouts. IV. 215 pages sur 166 feuillets à l'encre bleue, dont 7 brouillons de lettres et plusieurs feuillets entièrement biffés. Numérotation autographe de 239 à 400. 170 ajouts. Volume «Chemises de travail» : 5 grandes chemises cartonnées à rabats (37 x 26,5 cm) dont deux de couleur orange et trois de couleur bistre, numérotées de 1 à 5 au crayon dans le coin supérieur droit. Sur la couverture de la chemise 1 : une bande d'adhésif clair avec la mention «1 à 132», une autre sur le rabat vertical intérieur avec la mention «épuisés» et recouvertes de très nombreuses annotations, mots isolés ou locutions. Sur la couverture de la chemise 2 : nombreuses inscriptions autographes (imbrication, ramassis, crapules, charcutier, etc.), et dans le coin inférieur une citation de Socrate : «Celui qui use de termes impropres fait du mal aux âmes». Sur la couverture de la chemise 3 : à la mine de plomb en gros caractères «2e jus en travail», les mots «chaloupée», «imbrication», «imbriquées» et le chiffre «4» sur une bande d'adhésif. Sur la couverture de la chemise 4 : nombreuses inscriptions autographes, mots et citations, l'inscription «éventré» en rouge sur une bande d'adhésif en croix jusqu'au bord supérieur, et «Boulot I» en rouge sur une bande adhésive au centre de la couverture. Nombreuses citations au verso et sur les rabats. Sur la couverture de la chemise 5 : nombreuses citations et sur le rabat vertical intérieur «boulot 2» en rouge sur une bande adhésive. - Une chemise cartonnée brune avec au crayon rouge l'inscription «1 à 67, 108, 132», et à l'encre noire la mention «travail», la date «9 nov.» et une citation de Talleyrand : «Il faut se faire de la nécessité honneur» ; au revers du plat sup. l'adresse«A. Merçais 37 av. du Président Roosevelt Paris 8e». -Une chemise cartonnée gris brun à rabats recouverte de nombreuses inscriptions autographes (mots ou groupes de mots.) Citons le début du texte : «Voici Clémence Arlon. Nous avons le même âge, à peu près. Elle ne vient pas me voir souvent, ni son mari. Son fils Pierre l'accompagne mince garçon boutonneux, étudiant en droit. Il ne s'asseoit pas, il reste adossé au mur. Il regarde sa mère et puis il m'observe, sans hardiesse, mais sans bienveill

Estim. 150 000 - 200 000 EUR

GONCOURT Edmond de (1822-1896). - MANUSCRIT autographe, Journal, 1872-1877 ; 218 feuillets in-4 (27,2 x 21,7 cm), en 6 volumes, reliés maroquin moutarde, double filet doré encadrant les plats frappés de la devise des Hugo EGO HUGO, roulette intérieure dorée, tranches dorées (Lortic). Manuscrit de six années du célèbre Journal des frères Goncourt. Ce manuscrit, soigneusement copié par Edmond, en vue de la publication du tome V du Journal des Goncourt. Mémoires de la vie littéraire chez Charpentier en 1891, précédée d'une parution en feuilleton dans L'Écho de Paris du 30 novembre 1890 au 16 janvier 1891. Le manuscrit autographe est soigneusement copié à l'encre noire ou violette au recto de feuillets de papier blanc ivoire ou chamois, en laissant une grande marge sur la gauche. On relève des biffures et corrections, et plusieurs passages biffés. Les feuillets ont été découpés en petites bandes numérotées au crayon bleu pour la composition du texte à l'imprimerie du journal, puis soigneusement remontées (quelques bandes manquent). Chaque volume relié correspond à une année. I. 1872. Pag. 1 à 45 (avec un émouvant becquet ajouté au fol. 44 : «Fin d'octobre. Avec les années, le vide que m'a laissé la mort de mon frère, se fait plus grand. Rien ne repousse chez moi des goûts qui m'attachaient à la vie. La littérature ne me parle plus. J'ai un éloignement pour les hommes, pour la société. Par moments, je suis hanté par la tentation de vendre mes collections, de me sauver de Paris, d'acheter dans quelque coin de la France, favorable aux plantes et aux arbres, un grand espace de terrain, où je vivrais tout seul, en farouche jardinier»). II. Année 1873. Pag. 47 à 65 (dont un f. 48 bis). III. Année 1874. Pag. 67 à 107. IV. Année 1875. Pag. 109 à 162. V. Année 1876. Pag. 1-2 à 36 VI. 1877. Pag. 1 à 24. Addition marginale, en date du 1er septembre sur Gustave Doré et l'enterrement de Thiers. Le manuscrit s'ouvre sur le récit, le 2 janvier 1872, du «Dîner des Spartiates», et les propos du général Schmitz. Plus loin, il est question de Flaubert, Théophile et Judith Gautier, la princesse Mathilde, Ziem, Tourguéniev, Zola, Victor Hugo, etc. L'année 1873 commence, le 22 janvier, sur un dîner chez Thiers. Puis il est question de Flaubert, Sardou, Alphonse Daudet, Gavarni, Rops, etc. 1874 s'ouvre sur cette notation mélancolique (1er janvier) : «Je jette dans le feu l'almanach de l'année passée, et les pieds sur les chenets, je vois noircir dans le voltigement de petites langues de feu, toute cette longue série de jours gris, dépossédés de bonheur, de rêves d'ambition, de jours amusés de petites choses bêtes». Puis il est question de Flaubert, Dumas fils, Balzac, Labiche, Degas, la première du Candidat de Flaubert, Daudet, Zola, la princesse Mathilde, etc. 1875 commence (8 janvier) par une longue notation après une maladie : «Depuis deux ou trois jours, je commence à revivre, et ma personnalité rentre tout doucement dans l'être vague et fluide et vide, que font les grandes maladies. J'ai été bien malade. J'ai manqué mourir. À force de promener, le mois dernier, un rhume dans les boues et le dégel de Paris, un beau matin je n'ai pu me lever. Trois jours, je suis resté avec une fièvre terrible et une cervelle battant la breloque. Le jour de Noël, il a fallu [aller] à la recherche d'un médecin, indiqué par le concierge de la villa. Le médecin m'a déclaré que j'avais une fluxion de poitrine, et m'a fait poser dans le dos un vésicatoire grand comme un cerf-volant. Onze jours j'ai vécu sans fermer l'oeil, et toujours me remuant et toujours parlant, avec la conscience toutefois que je déraisonnais, mais ne pouvant m'en empêcher. Ce délire, c'était une espèce de course folle dans tous les magasins de bibelots de Paris, où j'achetais tout, tout, tout, et l'emportais moi-même. Il y avait aussi dans mon esprit troublé une déformation de ma chambre devenue plus grande et descendue du premier au rez-de-chaussée. Je me disais que c'était impossible, et cependant je la voyais telle. Un jour, je fus intérieurement très agité, il me sembla que le sabre japonais, qui est toujours sur ma cheminée, n'y était plus : je me figurais que l'on redoutait un accès de folie de ma part, que l'on avait peur de moi. Dans ce délire, toujours un peu conscient, l'homme de lettres voulut s'analyser, s'écrire. Malheureusement les notes, que je retrouve sur un calepin, sont complètement illisibles»... Puis il est question de Flaubert, Tourguéniev, Zola, Desboutin, Daudet, Barbey d'Aurevilly, Cernuschi, Gambetta, Barye, etc. Une brève notation ouvre 1876, le 1er janvier : «J'entre maintenant avec terreur dans l'année qui vient. J'ai peur de tout ce qu'elle a de mauvais en réserve pour ma tranquillité, ma fortune, ma santé». Puis il est question de Daudet, Fromentin, Morny, Dumas fils, Cernuschi, Tourguéniev, Hugo, Renan, Flaubert, Huysmans, etc. À la mort de Jules de Goncourt en 1870, Edmond a poursuivi seul cette vaste fresque de la vi

Estim. 60 000 - 80 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 5 ouvrages en édition originale, avec envois. Le Secret professionnel (Paris, Librairie Stock, Delamain, Boutelleau & Cie, 1922) ; in-16, broché, couvertures jaunes imprimées en noir (feuillet de faux-titre jauni). Édition originale sur vélin pur fil Lafuma de Voiron, un des 20 exemplaires hors commerce (n° 4) signé par les éditeurs au justificatif ; dessin de Picasso en frontispice représentant Jean Cocteau assis de profil. Envoi autographe signé au cinéaste Jacques MANUEL (1897- 1968) : «à Jacques Manuel ce miroir de poche de Jean Cocteau Juin 1923». Vocabulaire. Poèmes (Paris, Éditions de La Sirène, 1922) ; in-8, broché. Édition originale, un des 1100 exemplaires sur papier alfa vélin d'Écosse (n° 828). Envoi autographe signé au cinéaste Jacques MANUEL (1897-1968) : «à Jacques Manuel amicalement JC Juin 1923». La Rose de François, poème inédit (Paris, Typographie et Imprimerie François Bernouard, collection «Alter Ego» n° 5, [1923]) ; petit in-12, cartonnage (un peu frotté) de papier violet à la bradel, couvertures et dos conservés (Germaine Schroeder). Édition originale, avec un portrait de Jean Cocteau par Marie LAURENCIN sur la couverture. Envoi autographe signé de Jean Cocteau à sa mère, sur la couverture, à côté de son portrait de Marie Laurencin : «à ma chère maman Bonne année ! Jean 1923». Plain-chant, Poème (Paris, Librairie Stock, 1923) ; in-12, broché. Édition originale, un des 100 exemplaires sur papier pur fil Lafuma Voiron (n° 58). Envoi autographe signé avec dessin, au futur poète Alain BOSQUET (1919- 1998), sur le faux-titre : «à Anatole Biske Souvenir amical de Jean Cocteau», avec profil d'une tête de jeune homme à la plume, en bas de page. Le Grand Écart, roman (Paris, Librairie Stock, Delamain, Boutelleau & Cie, 1923) ; in-8, broché (dos un peu jauni). Édition originale, un des 500 exemplaires sur vélin pur fil Lafuma (n° 432). Envoi autographe signé au cinéaste Jacques MANUEL (1897-1968), à l'encre noire sur le faux-titre : «à Jacques Manuel ce clair-obscur JC 1923».

Estim. 600 - 800 EUR

CHAR René (1907-1988). - MANUSCRIT autographe signé «René Char», et ÉPREUVES corrigées, La Conjuration, 1946 ; in-4 box janséniste moutarde, doublures et gardes de daim de même couleur, dos titré or, tranches dorées sur témoins ; chemise titrée à rabats, étui bordé (P.L. Martin, 1963). La Conjuration, un des deux livrets de ballet conçus par René Char, fut créée en avril 1947 au théâtre des Champs-Élysées, par Nathalie Philippart, Youli Algaroff, Leslie Caron et Françoise Adret, qui réalisa la chorégraphie, sur une musique de Jacques Porte. Le rideau de scène fut dessiné par Georges Braque. Le livret a paru dans le n° 22 (décembre 1946) de la revue l'Arche, et en édition originale en 1947 chez Maeght. Le ballet fut mal accueilli et les représentations cessèrent rapidement. Char voulait en donner une édition illustrée par Matisse, puis par Braque qui réalisa le rideau de scène ; aucune ne vit le jour. L'argument de ce ballet comprend un Prologue et cinq strophes. Il met notamment en scène l'Homme à la peau de miroir, l'Homme-miroir et une jeune fille. Le manuscrit autographe est soigneusement écrit, à l'encre noire, au recto de 17 feuillets de papier vélin. On relève quelques ratures et corrections. La page de titre est signée et datée 1946. Le manuscrit est précédé d'une couverture sur papier fort, avec le titre calligraphié à l'encre de Chine. Chacune des six parties possède sa page de titre. L'argument du ballet est précédé d'une page de présentation, à composer en italiques : «Il est des jours où le poète rêve de donner un sens moins furtif à ses actes, où il s'adresse, sans étourderie, à son orgueil pour obtenir son classement. En dépit d'une santé entière et de chances certaines, le poète reste inférieur ou étranger à son voeu. Vigueur de ceux qui subjuguent la fortune de l'air et l'injectent à leur énigme ! Devant lui, des dunes allusives multiplient leur dérision. Pas le moindre alphabet pour son amour. Comment la danse ne prévaudrait-elle pas alors comme remède ou simplement comme diseuse de l'inconscient et de la tragédie ?» À la suite du manuscrit, on a relié les épreuves corrigées (5 pages in-8 montées à fenêtre au format du manuscrit) composées pour L'Arche, avec des corrections autographes. On joint le livret de La Conjuration (imprimerie Tournon, il était joint au programme), bifeuillet in-4 (2 ex.).

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 3 MANUSCRITS autographes, le 2e signé «Jean Cocteau», [1946-1948] ; 15 pages formats divers. Trois textes sur le cinéma. [1946], à propos de La Belle et la Bête et du cinéma (1 page in-fol. remplie au stylobille bleu au dos d'une plaquette in-fol. éditée par «Victoire», Organisme national de la Solidarité combattante, tirée à 2000 exemplaires sur vélin de Rives, couverture illustrée par Dominique, avec des illustrations hors texte de Paul Colin, Guy Arnoux, Albert Decaris, Raymond Brenot). «Un jour que je demandais à Renoir pourquoi il n'allait jamais voir ses films il me répondit qu'il ne pourrait, hélas, plus s'y perfectionner et qu'il en était malade, voilà le drame de la machine. Elle nous attire, nous dévore et nous fixe. Pendant le travail de la Belle et la Bête le simple travail manuel me vidait la tête et m'empêchait de me juger. Ensuite c'est l'ordre du désordre, [...] l'esprit d'enlise et paralyse le jugement. Il faut attendre. Et qu'y faire ? La chose est faite. Impossible de changer»... Cocteau explique qu'il a trouvé tardivement «la véritable fin» de son film : «cette nouvelle fin conditionnait toute une refonte des images. [...] Mon équipe avait donné tout son rayonnement au rôle de la Bête. Et lorsque Jean Marais se change en Prince Charmant elle n'en pouvait plus. Il en résulte que le public aime la bête et la regrette. Elle préfère la chenille au beau papillon qui en sort»... Etc. Autour d'un film, [1947] (10 pages et demie in-4 au dos de feuillets à en-tête Maison du Bailli, rue du Lau, Milly (S.-&-O.), légères traces de rouille). Sur L'Éternel Retour et l'art cinématographique. [Réalisé en 1943 par Jean Delannoy, sur un scénario et des dialogues de Cocteau, L'Éternel Retour, transposition moderne de la légende de Tristan et Yseult, rencontra un grand succès. Il s'agit ici d'une allocution destinée à présenter une reprise de l'oeuvre dans un ciné-club ; l'allusion au film en 16 mm (Coriolan), tout comme celle à La Belle et la Bête, permet de la dater de 1947.] «J'ai beaucoup ri de certains articles de Londres où l'on accusait l'Éternel Retour d'être d'une inspiration germanique à causes de ses héros blonds et, j'imagine, à cause de l'opéra de WAGNER». Mais Tristan appartient à l'Angleterre et à la France... S'il appartient «à la génération qui luttait contre le Wagnérisme», Cocteau a déposé les armes : «Je me laisse porter par les vagues de Wagner, je laisse agir son philtre», mais il n'a pas songé à s'en servir. «Il existe fort peu de grandes histoires d'amour, de triomphes du couple. Tristan en est le type. J'ai voulu mettre une légende illustre entre toutes, au rythme de notre époque et prouver que l'Éternel retour de NIETZSCHE pouvait se traduire par l'éternel retour à travers les siècles de coïncidences, de surprises, d'obstacles et de rêves provoquant une intrigue que d'autres personnes revivent sans même s'en rendre compte. [...] Merveilleux et Poésie ne me concernent pas. Ils doivent m'attaquer par embuscade. [...] C'est pourquoi je m'attache autant à vivre dans la famille de Belle que dans le château de la Bête»... Et il évoque Le Sang d'un Poète : «Ce sang qui nous écoeure nous oblige à détourner la tête et nous empêche de jouir des trouvailles (par trouvailles ils entendent : l'entrée dans la glace, la statue qui bouge, le coeur qui bat)»... Quant au cinématographe, «j'estime que le progrès de son âme ne relève pas du progrès de ses machines» ; c'est pourquoi Cocteau s'est tourné vers le 16 millimètres, «arme parfaite avec laquelle le poète peut chasser la beauté, seul, libre, son fusil à prises de vue sur l'épaule»... Pour finir, il précise quel fut exactement son rôle : «L'Éternel Retour est un film sur lequel je n'exerçais qu'une surveillance amicale. DELANNOY le dirigeait. J'en remercie toute l'équipe et Madeleine SOLOGNE pour qui j'inventai une coiffure, sans savoir que Véronika Lake l'inventait à la même minute à Hollywood, et Jean MARAIS qui arrive, dans la dernière bobine du film, sur les plus hauts sommets auxquels un acteur puisse prétendre». Et il conclut : «Le cinématographe n'a que cinquante ans. C'est très jeune pour une muse. Il fait encore ses premiers pas. Il est, à mon avis, en route pour devenir l'art complet par excellence, un théâtre des foules où ni la musique, ni la danse, ni la parole, ni le masque grec (le gros plan) ni le murmure que des centaines d'oreilles peuvent entendre, ni rien de ce qui compose le drame ne fait défaut. Mais pour le bien employer il importe que l'auteur, non seulement ne le méprise pas, mais s'y livre corps et âme. [...] Rien ne vieillit mieux qu'un beau film». Textes radio sur Yvonne de Bray, [1948] (3 pages in-4 remplies au crayon, sur le faux-titre et les deux derniers feuillets d'un catalogue d'exposition du peintre et décorateur MAYO : Mayo. Préface de Jean-Louis Barrault. Poème de Jacques Prévert, Galerie Dina Vierny. 1948 ; ex. n° 53 sur vélin d'Arches ; petit in-4 bro

Estim. 1 000 - 1 500 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - ÉPREUVES corrigées, et 4 L.A.S., 1927-1944. Poésie. Morceaux choisis [Paris, Librairie Gallimard, 1930]. Épreuves corrigées, in-12, en feuilles (papier fragile, quelques petites déchirures) ; sous emboîtage demi-maroquin bordeaux, dos lisse titré or. Épreuves corrigées de cette anthologie, avec de nombreuses corrections autographes de Jean Cocteau. Envoi autographe signé en tête : «à N. [étoile] J». [Il s'agit probablement de Natalie PALEY.] Les feuillets ont été légèrement fendus dans le haut après intégration des corrections à l'imprimerie. L.A.S. «Jean Cocteau», 10, rue d'Anjou Avril 1927, ; 1 page grand in-8 (légères fentes aux plis).Au journaliste de mode, écrivain et dramaturge d'origine belge Lucien FRANÇOIS (1904-1963) : «Je voudrais accepter et me faire le plaisir de vous faire plaisir, mais hélas j'ai refusé cet article à Dial, Querschnitt et au journal des Soviets. J'aurais l'air d'un mufle. Au reste je refusais pour une raison profonde : on ne peut parler de cette époque à la légère. Sortir de son silence entrainerait beaucoup trop de choses»... L.A.S. «Jean Cocteau», [1927 ?] ; 1 page in-4 sur papier bleu. «Comment pouvez-vous croire à du silence exprès. Je vais, je viens, je tombe malade - je me décourage - je retrouve des forces etc...C'est un drame qui n'arrête pas. Il m'arrive de ne pas ouvrir les enveloppes, de répondre et de garder ma réponse. Votre gentillesse me prouve que je peux être franc»... Il ajoute qu'il quittera Paris après sa conférence aux Annales : «Paris m'étouffe».L.A.S. «Jean Cocteau», Novembre 1937, à «ma chère princesse» [Marthe BIBESCO ?] ; 1 page in-4. En faveur de J'Adore de Jean Desbordes. «Ma chère princesse vous savez que j'habite loin et que mon coeur ne s'éloigne jamais. Lisez ou relisez le livre de DESBORDES. Je crois que lui donner le Prix Femina serait une de ces justices qui allègent le monde devenu bien lourd»... L.A.S. «Jean Cocteau», 7 mars 1944, à des amis [M. et Mme Marc BARBEZAT ?] ; 1 page in-4.«Il me faut véritablement me “rouler à vos pieds” et je me rends compte de l'ennui que je vous cause. Un travail continuel et très dur ne m'a pas encore laissé libre pour une entreprise de vrai luxe d'âme. Le texte de François S. [Sentein] est d'une étoffe dont on peut mal tirer les fils et le problème reste intact. Il me faudrait de la campagne et du lest. Ma pièce ; mon film etc... sont des ouvrages sans fin, en ce sens qu'il y a toujours à reprendre et à retravailler mille détails. Le sujet que je dois écrire pour vous est si vaste et si grave qu'il est difficile (impossible) de le traiter à la légère»...

Estim. 800 - 1 000 EUR

CÉLINE Louis-Ferdinand (1894-1961). - MANUSCRIT autographe, [Nord, vers 1959] ; 1509 pages in-4 (la plupart 27 x 21 cm). Important manuscrit de la première version du roman Nord. Deuxième roman de la trilogie allemande, transposant sous forme romanesque les pérégrinations en Allemagne, à la fin de la guerre, de Céline, sa femme Lucette et leur chat Bébert, en compagnie de l'acteur le Vigan, Nord fait suite à D'un château l'autre (1957). Sa rédaction va durer deux ans et demi, du printemps 1957 à la fin de 1959 ; le roman paraîtra chez Gallimard en mai 1960. Citons l'excellent prière d'insérer rédigé par Roger Nimier : «Céline au milieu de l'Allemagne en flammes, tel est le sujet de Nord. Acteur, récitant et voyant à la fois, l'auteur se retrouve à Baden-Baden, dans les mois qui précèdent l'effondrement du Reich. Étrange palace où le caviar, la bouillabaisse et le champagne comptent plus que les bombardements. Étonnante baronne von Seckt, survivant d'un autre monde [...] Puis c'est Berlin, aux maisons éventrées, l'étalage d'une organisation tracassière au milieu des ruines. Céline et ses compagnons d'infortune (sa femme Lili, l'acteur Le Vigan, le chat Bébert) sont envoyés à cent kilomètres de la capitale, à Zornhof, dans une immense propriété régie par un fou. [...] Et autour des quatre Français (car Bébert compte bien pour un Français) vit une famille shakespearienne dans un pays habité par des Polonais, des prostituées berlinoises et des objecteurs de conscience, tous gras et robustes, auxquels le Reich fait fabriquer des cercueils. Céline se veut chroniqueur ; mais il décrit l'Allemagne de la débâcle comme Dante visitait les cercles de son Enfer».... Nimier qualifiera encore Nord comme le «plus beau livre de Céline depuis Voyage au bout de la nuit». Le manuscrit est rédigé au stylo bille bleu, aux rectos de 1509 feuillets de papiers divers, de couleur crème, jaune, vert d'eau ou bleu pâle, avec les numéros des séquences inscrits au stylo bille rouge (ou au crayon rouge), dans le coin supérieur gauche, de même que la pagination ; soit 33 séquences de longueurs diverses (d'une dizaine de pages à plus de 250), numérotées 4 à 23 (sans la fin de la 23) et de 33 à 44, l'ensemble correspondant aux pages 304 à 529 et 592 à 707 de l'édition dans le tome II des Romans dans la Bibliothèque de la Pléiade. Quelques versos (8) portent des annotations ainsi que quelques essais d'une rédaction antérieure biffée ; deux petits plans tracés au stylo et quelques noms et adresses figurent également aux versos de certains feuillets. Quelques épingles retenant les feuillets des sections sont restés accrochées. À la première version s'ajoute un ensemble de 50 pages sur papier Navarre, chiffrées de 43 à 91 formant les séquences 6 et 6 bis. Ce passage, abondamment raturé et corrigé, correspond au début du roman, au moment où Céline, sa femme Lili, le chat Bébert, rejoints peu après par l'acteur Le Vigan, tous ayant fui la France à l'approche de La Libération et se retrouvant en Allemagne, à Baden-Baden, cherchent à se loger. Après l'attentat manqué contre Hitler, on les expédie à Berlin, où ils trouvent un hôtel, sorte de vaisseau fantôme, dans lequel les couloirs mènent à des gouffres creusés par des bombes, dont les portes ne s'ouvrent plus et dont les murs sont effondrés. «La chance s'abat contre vous ? Vous êtes fleur et misérable honte de l'univers ! La chance est à vous ? Tout vous est permis ! les plus belles avenues à votre nom ! Tous les Instituts dans votre fente, à lèche qui mieux-mieux !... Le Casino de l'histoire a une roulette qui rigole pas, qui se fout pas mal que vous ayez cent mille fois raison ! [...] Oh n'ayez crainte Monsieur Céline, ils ont leur idée !... Vous verrez cette grande catastrophe se déroulera selon un plan. Vous aurez un rôle»... Détail des séquences : - 4 (24 p. chiffrées 11-19 / Pléiade 304-311) : «Vous êtes chroniqueur me dites-vous alors ?»... ; - 5 (7 p. 35-41 / Pl.311-312) : «oh oui, mon récit, j'en conviens, quel désordre !»... ; - 6 (14 p. 42-55 / Pl.313- 316) : «Il est bien possible en effet que toute cette vallée de l'Oos soit plus qu'une rigole de détritus atomique»... ; - 6 Bis (46 p. 56-101 / Pl.316-326) : «Non ! humer l'air !.. apprécier !»... ; - 7 (7 p. 102-108 / Pl.327-328) : «Depuis le moment où nous quittâmes, sans fanfare, notre rue Girardon, Montmartre, pourchassés par les “petits cercueils”»... ; - 8 (6 p. 109-114 / Pl.329-330) : «Voici un détail amusant... Mme von Seckt savait déjà que nous partions le lendemain à l'aube»... ; - 9 (11 p. 115-125 / Pl.330-333) : «C'est ma faute !.. ma très grande faute !.. vous vous retrouverez, je l'espère»... ; - 10 (258 p. 126- 368 / Pl.333-375) : «Moi, mes cannes, Lili, Bébert, nous voilà, à Berlin, touristes»... ; - 11 (20 p. 369-386 (Pl.375-378) : «Vous parlez en fait de sandwichs ! achtung !»... ; - 12 (79 p. 387-466 / Pl.378-394) : «Je parle à Lili... je parle à La Vigue... tout doucement»... ;<b

Estim. 150 000 - 200 000 EUR

GARY Romain (1914-1980). - MANUSCRIT autographe signé «Romain Gary», Les Mains et La Nature humaine, 1953 ; 119 pages in-fol. (35 x 21 cm) sur 61 feuillets numérotés arrachés d'un registre (petites déchirures angulaires aux pages 14 à 48, avec légers manques de texte). Manuscrit de premier jet de deux nouvelles, dont une en deux versions, recueillies dans Les Oiseaux vont mourir au Pérou. Ce manuscrit est rédigé à l'encre bleu nuit sur des feuillets de papier ligné, provenant d'un registre folioté. Il est abondamment corrigé, avec de très nombreuses lignes biffées, présentant plusieurs états différents du même texte, ainsi que de nombreuses et importantes variantes. Il est signé et daté en bas de la page 103 : «Romain Gary / New York, / juin 1953». Le premier récit est intitulé Les Mains. Cette nouvelle, publiée d'abord en juin 1954 dans la revue La Table Ronde sous le titre Ainsi s'achève une journée de soleil, fut intégrée, sous le titre Le Luth, dans le recueil intitulé d'abord Gloire à nos illustres pionniers(Gallimard, 1962), retitré ensuite Les Oiseaux vont mourir au Pérou, après la réalisation par Romain Gary lui-même du film homonyme tiré d'une des nouvelles du recueil. Le manuscrit comporte deux états complets de cette nouvelle : un premier état, portant le titre primitif biffé Un son de guitare (fol. 3 à 39) ; et, à la suite, un second état, daté de juin 1953 et signé (fol. 51-103), avec des brouillons retravaillés du début (fol. 104 à 109, et 111 à 113), ainsi que de longs développements sur le thème des mains (fol. 114-124), dont plusieurs ne seront pas conservés dans la version imprimée de la nouvelle. Dans l'un de ces passages figure une citation d'un texte anglais d'histoire naturelle relatant la saison des amours chez les pieuvres. Par ailleurs, le manuscrit présente un état primitif de la nouvelle La Nature humaine, occupant les pages chiffrées 41 à 49. L'écrivain retravailla et développa cette nouvelle sous le titre Les Joies de la nature, en l'intégrant également au recueil Les Oiseaux vont mourir au Pérou. Elle met en scène l'auscultation, par un médecin, d'un géant de cirque en présence de son «propriétaire», un nain cynique. Les Mains (ou plutôt Le Luth, selon son titre définitif) est considéré comme l'une des meilleures nouvelles de Gary, alors diplomate aux Nations-Unies à New York. Il met en scène la découverte par un diplomate de son homosexualité avec un jeune Turc qui lui apprend à jouer du luth. La nouvelle fit scandale, l'ambassadeur Jean Chauvel, qui avait été à l'origine d'un scandale de moeurs à Washington en 1951, crut se reconnaître dans le héros de cette nouvelle. Le manuscrit présente d'intéressantes variantes, dès l'incipit. «Le corps diplomatique de S. comptait peu de membres plus distingués que le Conte de C. Ministre plénipotentiaire [...] Le Ministre était un homme d'une cinquantaine à peine effleurée, grand, d'une élégance rare»... (1er état). «En 192... le corps diplomatique d'Istanbul comptait parmi ses membres peu d'hommes aussi distingués, aussi respectés et peut-être même enviés, que le Conte de N. [...] Grand, mince, de cette élégance sobre et gouvernante qui allait à la perfection avec des mains longues et délicates, aux doigts qui paraissent suggérer toujours toute une vie d'intimité avec des objets d'art, les pages d'un beau livre ou le clavier d'un piano» (2e état). «Grand, mince, de cette élégance qui va si bien avec des mains longues et délicates, aux doigts qui semblent toujours suggérer toute une vie d'intimité avec les objets d'art, les pages d'une édition rare ou le clavier d'un piano, l'ambassadeur comte de N... avait passé toute sa carrière dans des postes importants, mais froids, loin de cette Méditerranée qu'il poursuivait d'une passion tenace et un peu mystique, comme s'il y avait entre lui et la mer latine quelque lien intime et profond. Ses collègues du corps diplomatique d'Istanbul lui reprochaient une certaine raideur» (texte définitif). Relevons en outre que le personnage nommé Mahmoud dans le manuscrit, deviendra Ahmed dans le livre.

Estim. 6 000 - 8 000 EUR

BARBEY D'AUREVILLY Jules (1808-1889). - MANUSCRIT autographe signé «J. Barbey d'Aurevilly», L'Académie sans candidats, [1873] ; 3 pages in-fol. aux encres brune, rouge et verte, découpées pour composition et remontées sur onglets sur papier vélin, reliure demi-maroquin rouge, pièce de titre sur le plat sup. Amusant article polémique contre l'Académie Française. Publié dans Le Gaulois du 19 mai 1873, l'article sera recueilli dans Dernières Polémiques (1891). Barbey d'Aurevilly avait déjà brocardé l'Académie française dans Les Quarante Médaillons de l'Académie (1864). Barbey constate ce fait, aussi inexplicable que comique : depuis l'élection de VIEL -CASTEL , l'Académie n'a plus de candidats ! «L'Académie Française, cette République des Quarante, créée par le caprice d'un cardinal despote, qui avait malheureusement du Trissotin sous sa robe rouge, et qui trouva drôle de fonder sur le nombre et le vote ce gouvernement littéraire qui ne devait rien gouverner du tout, bien avant qu'on boutât là-dessus nos amours de gouvernements politiques, l'Académie Française est, pour le moment, aussi embarrassée que La République conservatrice de M. Thiers, et menacée de ne pas se conserver davantage !»... Avec beaucoup de verve, Barbey commente cette situation, tout en ridiculisant les manigances habituelles des candidats : «Il y a cependant encore en France quelques gens d'esprit plus ou moins dépravés - ils le sont parfois, ces gueux de gens d'esprit, - qui humaient naguère le fauteuil et en avaient la fantaisie, mais ce saut (sans aucun calembourg) de M. de Vieil-Castel qui comme un clown éblouissant, tout terne qu'il soit du caoutchouc de la Revue des Deux Mondes, leur a passé par-dessus le corps et la tête avec une si insolente facilité, les a terriblement refroidis... Je n'entends plus parler ni de M. About, ni de M. de Pontmartin, ni de M. Arsène Houssaye, ni de personne. Tous envolés, comme des moineaux francs, ces picoreurs d'Académie ! [...] Il est vrai que les gens d'esprit lui manquant, il lui restera les imbécilles pour candidats, à l'Académie, et si les imbécilles eux-mêmes vieilcastelisés ne voulaient plus mordre à la grappe de l'Académie, elle aurait, en dernier désespoir, les femmes, qui déjà la guignent avec convoitise»... Combien de bas-bleus pour faire la monnaie du moindre des candidats ?... Et de terminer par une attaque politique directe : «Pauvre Académie ! Tombée en quenouille, enjupponnée, finie, morte sur pied, faute de candidats ! C'est triste, mais ce serait gai, n'est-ce pas ? si l'autre république, comme celle-ci, discréditée, dépopularisée, sous l'use du mépris public, allait périr aussi, faute de candidats !» Le manuscrit, aux encres multicolores, présente des ratures et corrections. Il se clôt sur une spectaculaire signature, avec des paraphes en volutes. Ph. de Flers, Th. Bodin, L'Académie française au fil des lettres, p. 234-241.

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - 10 POÈMES autographes, [1917-1925] ; 10 pages in-4 ou in-fol. Ensemble de dix poèmes écrits entre 1917 et 1925, dont deux semblent inédits. Les autres ont été publiés dans divers recueils : Poésies (1917-1920) en 1920, Vocabulaire en 1922 ou Poésie 1916-1923 en 1924. * Pauvre Jean (1 p. in-4), mis au net à l'encre noire sur un beau feuillet de papier vélin ; publié dans Poésies 1917-1920. «On réussit le tour / Grâce au noeud de cravate»... * Batterie (3 p. in-fol. sur feuillets de papier vergé, le premier légèrement roussi) ; publié dans Poésies 1917-1920. Le titre primitif Hymne au soleil a été biffé ; il est daté en fin «Piquey août 1917». Corrections à quelques vers : «Soleil je t'adore comme les sauvages A plat ventre sur le rivage»... * Tombeau du chien d'Alcibiade (1 p. in-fol. sur papier surfin, bords un peu abimés), publié dans Vocabulaire : «Plus d'un qui dans la sombre barque»... À la suite des deux quatrains, liste de cinq «Tombeaux». * Tombeau de Narcisse. Tombeau de Don Juan. Tombeau de Socrate. Ces trois poèmes, publiés dans Vocabulaire, sont écrits sur le même feuillet (1 p. in-fol.), avec de nombreuses ratures et corrections. * [Rome la nuit] (1 p. in-fol. sur papier surfin, fente). Manuscrit de travail abondamment corrigé de ce poème écarté de Vocabulaire (OEuvres poétiques complètes, Pléiade, p. 342). «Et qui me prouve que vous n'êtes Pas un ange déguisé Pas un voleur de diamants ?»... * Ode au tabac (1 p. in-4), publiée avec d'importantes variantes dans Poésies 1916- 1923 sous le titre Ode à la pipe dans Discours du grand sommeil. Le manuscrit, sur deux colonnes, est abondamment raturé et corrigé. «Pour que s'échappe du bûcher De Vénus les colombes molles Nos soldats bleus, les vierges folles Savent ne pas l'effaroucher. Lors se pose à leur front penché De ses rubans mainte auréole»... * Londres (1 p. in-4), poème de 18 vers, apparemment inédit, avec ratures et corrections. «Ton ingénuité met un genou en terre Brebis de toison d'or, lainage d'Angleterre !»... * «J'ai toutes les muses»... (1 p. in-4). Poème en prose, avec ratures et corrections, apparemment inédit. «J'ai toutes les muses. J'ai gagné dit-il. Le pauvre joueur devint pôle. Il avait risqué toute sa fortune, son épingle de perle, son honneur. L'ange ne montra même pas ses cartes. Au casino on le croyait sur parole. Le joueur aurait pourtant voulu voir comment les muses étaient faites. L'ange riait cruellement. Il allumait un cigare, battait le jeu. Il portait la rose rouge du crime à sa boutonnière. C'était, si je ne me trompe, le genre Oscar Wilde, Arsène Lupin, Monte-Cristo»... Provenance : Carole WEISWEILLER.

Estim. 3 000 - 4 000 EUR

VIGNY Alfred de (1797-1863). - MANUSCRIT autographe signé «Alfred de Vigny», Servitude et grandeur militaires, [1833-1835] ; 226 feuillets in-fol. (environ 31 x 20 cm) montés sur des feuillets de papier vergé, le tout relié en 3 volumes in-fol. maroquin aubergine janséniste, dos à cinq nerfs, titre doré, doublures de maroquin vert empire avec filet doré, gardes de soie or à motif floral, doubles gardes (Marius Michel). Précieux manuscrit de travail des trois nouvelles formant ce grand chef-d'oeuvre. Issu d'un projet de roman, La Vie et La Mort d'un soldat, conçu à l'automne 1830, Servitude et grandeur militaires se compose en effet de trois nouvelles, publiées dans La Revue des deux mondes de 1833 à 1835 : Laurette ou Le cachet rouge (1er mars 1833), La Veillée de Vincennes (1er avril 1834) et La Vie et la Mort du capitaine Renaud, ou La Canne de jonc (1er octobre 1835) ; l'édition originale paraît en octobre 1835, chez Félix Bonnaire et Victor Magen, augmentée de trois chapitres préliminaires («Pourquoi j'ai rassemblé ces souvenirs», «Sur le caractère général des armées» et «De la servitude du soldat et de son caractère individuel»), et d'un autre chapitre «Sur la responsabilité» précédant La veillée de Vincennes. Ces chapitres théoriques ne figurent pas dans notre manuscrit, qui présente les trois récits dans leur état primitif, tels qu'ils ont été publiés séparément dans la Revue des deux mondes. I. Laurette, ou Le Cachet rouge. 49 feuillets. Le manuscrit comprend un feuillet de titre avec épigraphe : «Servitude et Grandeur militaires // Ave Cæsar morituri te salutant» (au verso, un début de phrase pour La Canne de jonc) ; un second titre portant : Souvenirs de Servitude militaire, accompagné de la même épigraphe (et des comptes) ; un troisième titre portant : Laurette ou Le cachet rouge, suivi d'un sous-titre biffé : Histoire de Régiment ; puis la nouvelle elle-même, soit 46 pages chiffrées de 1 à 43 (avec quelques bis ; et une pagination biffée dans le coin sup. gauche de 16 à 61) comportant 370 corrections autographes, dont de nombreuses lignes rayées, des ajouts et modifications ainsi que trois passages importants supprimés. En haut de la première page du texte, on peut déchiffrer trois titres primitifs biffés : L'ordre cacheté, Une rencontre et Abnégation ; Vigny a également noté : «J'ai fait quelques changemens sur les épreuves». La signature finale «Cte Alfred de Vigny»a été ensuite biffée. La nouvelle est divisée en 3 chapitres : I De la Rencontre que je fis un jour sur la grande route (p. 1-7) ; II Histoire de l'ordre cacheté (p. 8-34 (4)) ; III Comment je continuai ma route (p. 35-43). II. La Veillée de Vincennes. 68 feuillets : une page de titre : La Veillée de Vincennes ; 67 pages au recto de feuillets (certains au filigrane LSV ou sur papier vergé), paginés 4-5 à 71 (et 66 à 132 dans le coin sup. gauche), comportant 520 corrections autographes, dont un passage supprimé, de nombreuses lignes biffées, des modifications et des ajouts. La signature finale «Alfred de Vigny» a été biffée. La nouvelle est divisée en 12 chapitres : I Les scrupules et l'honneur d'un soldat (p. 4-5 à 11) ; II Sur l'amour du danger (p. 12-16) ; III Le concert de famille (p. 17-23) ; IV Histoire de l'adjudant. - Les enfans de Montreuil (p. 24-27) ; V Un soupir (p. 27-28) ; VI La Dame rose (p. 28-33) ; VII La Position du premier rang (p. 34-40) ; VIII Une séance [titres biffés : Un grand succès au théâtre et La répétition] (p. 41-45) ; IX Une belle soirée (p. 46-55) ; X Fin de l'histoire de l'Adjudant (p. 56-58) ; XI Le Réveil (p. 59-66) ; XII Un dessin au crayon (p. 66-71). III. La Vie et la mort du Capitaine Renaud, ou La Canne de jonc. 109 feuillets. Un feuillet de titre : «Chapitre 2. La vie et la mort du Capitaine Renaud, ou La Canne de jonc», et 108 pages chiffrées de 1 à 3 et de 1 à 104 (avec des bis et des oublis). La nouvelle, précédée du chapitre préliminaire : Grandeur militaire, portant en tête l'indication «Troisième Livre» (p. 1-3), est divisée en 9 chapitres, numérotés à la suite du précédent : II Une nuit mémorable (p. 1-11), la page 2 portant en bas cette note au crayon : «Voir si ce n'est pas trop répété quand la suite reviendra» ; III Malte (p. 12-16) ; IV Simple lettre (p. 17-24 bis) ; V Le Dialogue inconnu (p. 25-42) [saisissant récit de l'entrevue de Napoléon et du Pape] ; VI Un homme de mer (p. 43-71) ; VII Réception (p. 72-74) ; VIII Le corps de garde Russe (p. 75-85) ; IX Une bille (p. 86-92) ; «Dernier chapitre. Conclusion» (p. 92 bis-104). Ces trois manuscrits, à l'encre brune au recto de grands feuillets sans marge, le troisième sur un papier différent des deux autres, ont servi pour l'impression de la Revue des deux mondes, comme le montrent les indications et les noms des typographes portés sur plusieurs pages. Ils présentent de très nombreuses ratures et corrections (près de 1750), des additions (dont témoignent notamment les changements de pagination), et d

Estim. 80 000 - 100 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - TAPUSCRIT avec ADDITIONS et CORRECTIONS autographes, les Enfants terribles, 1929 ; [1]-154 pages in-4, relié demi-maroquin bordeaux, chiffre doré au bas du premier plat (deux C entrelacés surmontés d'une couronne), dos à 2 nerfs soulignés de filets à froid, titre doré en long, plats de papier à motifs floraux (Sandgorski & Sutcliff, London). Tapuscrit corrigé complet du roman les Enfants terribles. C'est au cours d'une cure de désintoxication à Saint-Cloud, au début de 1929, que Cocteau écrivit son oeuvre la plus célèbre, Les Enfants terribles. Il a prétendu avoir écrit ce roman en dix-sept jours. Le roman, qui met en scène la vie d'un frère et d'une soeur aux relations presque incestueuses, confinés dans une chambre à l'atmosphère irréelle, s'inspire de l'existence de son ami Jean Bourgoint et sa soeur Jeanne ; sur cette histoire, Cocteau a greffé ses souvenirs de l'élève Dargelos au lycée Condorcet. Le livre, publié par Bernard Grasset en 1929 rencontra un succès foudroyant. En 1950, Jean-Pierre Melville en tira un film avec Nicole Stéphane et Édouard Dermit, sur une adaptation et des dialogues de Cocteau. Ce tapuscrit, particulièrement précieux en raison de l'absence du manuscrit, est précédé d'une page de titre autographe : «Les enfants terribles» agrémentée de la fameuse étoile du poète. À la dernière page (154), Cocteau a inscrit le mot «FIN», et tracé trois étoiles avant d'écrire la date : «St Cloud Mars 1929». Il comporte plus de 300 mots ou passages biffés, corrigés ou ajoutés à l'encre noire. Cocteau comble les blancs laissés dans la dactylographie ou corrige de mauvaises lectures ; mais il apporte aussi des corrections de style, allant toutes dans un sens de simplification et de pureté du texte. À la page 40, Cocteau a fait une intéressante addition de 5 lignes, qui introduit le thème du somnambulisme : «Paul subissait parfois de petites crises de somnambulisme. Ces crises, très courtes, passionnaient Élisabeth et ne l'effrayaient pas. Elles pouvaient seules obliger le maniaque à sortir du lit. Dès qu'Élisabeth voyait une longue jambe paraître et se mouvoir d'une certaine manière, elle ne respirait plus, attentive au manège de la statue vivante qui rôdait adroitement, se recouchait et se réinstallait.» Page 148, dans la scène finale du suicide, Cocteau ajoute en marge une description d'Élisabeth au moment fatidique : «Les boucles rejetées en arrière par la tourmente dénudaient le petit front féroce et le faisaient vaste, architectural au dessus des yeux liquides.» Le présent tapuscrit présente une version quasi définitive du roman, les corrections autographes ayant été intégrées ; mais les variantes montrent que de nouvelles corrections ont été portées sur épreuves. On notera que Cocteau a modifié la division du roman, biffant la mention «Deuxième partie» de la page 96 («L'héritage, les signatures»...), pour l'inscrire de sa main en tête de la page 88 telle qu'elle se situe dans le livre. Il a en outre ajouté des marques de paragraphes, ainsi que des indications de blancs ou espaces de plusieurs lignes, figurés dans le livre par des astérisques. Le tapuscrit s'orne en outre de 8 petits dessins (pages 15, 16, 19, 27, 30, 31, 33) représentant le plus souvent des têtes d'hommes, bien représentatifs des êtres qui alimentaient les rêveries du poète. Provenance : Carole WEISWEILLER.

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

COCTEAU JEAN (1889-1963). - MANUSCRIT autographe signé «Jean Cocteau», Un Conte vrai, [1954] ; 4 pages in-4 au stylo-bille bleu avec ratures et corrections. Ce conte bref a paru en janvier 1955 dans le magazine Amis des bêtes, précédé du chapeau «Un conte vrai, inédit de Jean Cocteau». Il a été intégré dans le troisième tome du journal de Cocteau, Le Passé défini, et repris dans l'édition de la Pléiade des OEuvres romanesques complètes sous le titre La Chatte de M. X. Bien que s'adressant au large public des «Amis de bêtes», Cocteau ne verse pourtant pas un instant dans la mièvrerie, et s'amuse à prendre ses lecteurs à rebrousse-poil : «Il est juste, malgré le désir que j'avais d'écrire quelque texte aimable, que je note cette histoire pour les amis des bêtes et qu'une fois de plus elle leur prouve la terrible violence qui se cache sous les fourrures les plus douces».Le conte relate l'aventure de M. X., un homme sans histoire qui mène une vie tranquille et solitaire en compagnie de son adorable chatte, «ni siamoise, ni persane, ni rien d'autre apte à obtenir une médaille sauf si le tribunal estime que la grâce, la propreté, la décence, la patte de velours méritent de l'emporter sur les certificats de haute noblesse ». Celle-ci est sa seule compagnie, son seul amour... «M. X. était fou de sa chatte et la chatte semblait lui rendre son amour, ne le quittant jamais, dormant près de son oreiller, ne mangeant que s'il avait préparé sa nourriture et ronronnant du matin au soir sur son épaule». M. X ayant reçu une dépêche lui annonçant la mort d'un parent, il explique à sa chatte qu'il doit l'abandonner quelques jours. Voici le spectacle que les voisins découvriront peu après : «M. X. était couché dans son lit, la chatte accrochée à sa gorge. Cette gorge ouverte, labourée par les griffes ruisselait encore de sang. Les mains de l'homme n'avaient même pas cherché à le défendre. Elles pendaient sur les linges. Nul n'aurait osé approcher la touffe monstrueuse qui, on en était sûr, mourrait sur sa victime, ne bougerait plus de là. Et ce qui rendait le spectacle insupportable c'était la certitude que la chatte jalouse avait joué une scène de charme et avait laissé l'infidèle [se] mettre au lit». Provenance : Carole WEISWEILLER. On joint un MANUSCRIT autographe signé «Jean», [1954] ; 1 page et demie grand in-fol. à l'encre noire, sur deux feuillets, signé au dos du 1er feuillet, avec cette indication au verso du 2e feuillet : «Pour le disque». Réflexions sur l'inspiration poétique. Texte destiné à accompagner la sortie du disque vinyle 25 cm Poèmes de Jean Cocteau dits par l'auteur, édité par Pathé-Marconi en 1954. Cocteau y lisait plusieurs de ses oeuvres, dont L'Ange Heurtebise, un poème sur Manolete et des extraits de son théâtre. «Il ne suffit pas d'avoir une idée. Encore faut-il que cette idée nous aie - nous occupe - nous hante - nous devienne insupportable et encombrante pour que nous l'expulsions et qu'elle se mettre à vivre d'une existence qui lui soit propre». Le rôle du poète est «d'ordre moral [...] Écrire, en ce qui concerne le poète, c'est changer de la nuit en lumière. C'est en quelque sorte mettre de la nuit en plein jour. Rien n'est plus complexe ni plus mystérieux que ce travail. [...] Somme toute notre métier (et PICASSO me disait : Le métier c'est ce qui ne s'apprend pas) notre métier est un métier d'archéologue. Puisqu'il ne faudrait pas dire inspiration mais expiration - que nos oeuvres préexistent et que notre entreprise est de fouiller notre âme». Le cinématographe et le disque, par leur grand tirage, multiplient pour le poète «les chances de toucher quelques personnes que le poète ne rencontrait pas jadis ou rencontrait à la longue et après sa mort. La lutte que mène le poète de son vivant est un paradoxe car il est posthume. La France a toujours tué ses poètes. La liste est longue de ses victimes. Et c'est une bonne chose. Un poète doit mourir plusieurs fois avant de vivre»... Etc.

Estim. 1 000 - 1 200 EUR

MONTHERLANT Henry de (1896-1972). - BROUILLONS autographes de son Discours de réception à l'Académie Française, [1960] ; 18 pages in-4, plus chemise autographe. Ébauches et brouillons de son discours de réception à l'Académie française. [Élu le 24 mars 1960 à la succession d'André SIEGFRIED, Montherlant fut reçu sans cérémonie, et sans autres auditeurs que les Académiciens et la famille de Siegfried, le 20 juin 1963, dans la salle des séances habituelles et non sous la Coupole.] Ces pages, abondamment récrites et raturées, avec des béquets, correspondent à trois couches de rédaction successives, et dont la pagination n'est pas continue. La plupart sont écrites au dos de lettres adressées à l'auteur entre février et juin 1960. Montherlant a daté ces brouillons de «Mai 1960». Montherlant commente l'usage de remercier les confrères, ironise sur la non-élection de grands écrivains tels que Molière, Pascal, Balzac, Baudelaire et Verlaine, et souligne le peu de sincérité que l'on apporte à cet «exercice de rhétorique» qu'est l'éloge de son prédécesseur... Il rend hommage à André SIEGFRIED, «avec Alain, le professeur français le mieux écouté de son siècle», qui parle avec enthousiasme du don de la parole, «selon nous funeste»... Il en cite quelques phrases sur le réalisme et le cynisme... Il écrit aussi, puis rature, des réflexions sur les symptômes d'une mort prochaine chez «les grands vieillards littéraires» : une tendance à tout lâcher, un «sentiment macabre» d'impunité : «chacun devient sa caricature. Tel cligne de l'oeil, tel lève la jambe, tel siffle le mot rosse, en cachant son visage derrière sa main. [...] Le rideau tombe. C'en est fini de la danse de la mort»... On joint 6 brouillons autographes de lettres à Mme André Siegfried (5) et à Maurice Genevoix (1), 1960-1963, concernant la préparation de son discours de réception ; plus 2 l.a.s. de Paule Siegfried et une l.a.s. de Maurice GENEVOIX à Montherlant ; et une l.a.s. de félicitations de Marie NOËL à Montherlant après sa réception (Auxerre 22 juin 1963).

Estim. 1 500 - 2 000 EUR