Lettres et autographes

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[HUGO VICTOR]. BOURDELLE Emile-Antoine (1861-1929). - Lettre autographe signée à de chers amis [Monsieur et Madame Dispan], Paris, le 12 juin 1885. 8 pp. in-12. Avec deux dessins originaux. Très belle lettre sur les obsèques de Victor Hugo auxquelles il vient d'assister. Longue description de l'enterrement d'Hugo, plusieurs anecdotes sur la mort d'Hugo, son testament, ses dernières paroles, dont Bourdelle recopie des passages en imitant la signature d'Hugo. «... Victor Hugo ? Demandez-vous. Je ne puis croire qu'il soit mort et pourtant ! J'étais à l'enterrement au convoi qui est parti de l'Arc de l'Etoile à 11 heures et a défilé jusqu'à 8 heures du soir vers le Panthéon. Je portais une couronne 5 de Montauban. Il y en avait un nombre infini elles couvraient les bords du Panthéon. Le cercueil avait été exposé toute la nuit sous l'Arc de Triomphe de l'Etoile au pied d'un catafalque qui tenait toute la hauteur de la voute. Les cuirassiers éclairaient la scène avec des torches allumées tout Paris était là. Victor Hugo a été porté sur le corbillard des pauvres et seul à quelques pas en arrière venait son petit-fils. Ensuite la famille Hugo, délégation et caetera. La presse était en Révolution. Le deuil était profond et de tout Paris, de toute la France, du monde entier les foules venues à son passage suprême étaient d'un recueillement d'une tranquillité désespérée et poignante on a tous fait des vers, des dessins, des peintures, de la prose. J'ai appris sa mort un des premiers au salon par Monsieur de Hérédia avec qui j'étais en compagnie de M. Pouvillon et Pomairols. J'ai fait un quatrain pour une couronne de Montauban et un pour déposer aux pieds du cercueil. Etienne... ce bon cœur qui bêchait tant le grand poète, s'est ému et donné un mal de diable pour des couronnes. Pour ma part l'horizon s'est restreint quelque chose de mon ciel intellectuel idéal s'est effacé : écrit dans la foule 31 mai pendant l'exposition du corps sous l'Arc de Triomphe. à Victor Hugo. Ton âme va monter au sortir de ses voiles Dans le ciel éclatant de l'immortalité C'est ainsi que l'on voit devant l'éternité S'augmenter lentement le nombre des étoiles : Je suis encore fatigué des courses que j'ai fait pour voir tous les préparatifs de l'enterrement celui de Gambetta n'était rien paraît-t-il a coté de celui de Hugo. Un grand crêpe sur l'angle de l'Arc de l'étoile. Les drapeaux couverts de crêpe les Becs de gaz.... et allumés tout le jour de grands trépieds au pied de l'Arc de Triomphe avec de grandes flammes. Des peintres des dessinateurs partout. J'ai fait queue la veille de l'enterrement pour passer devant le corps exposé j'ai subi 4 heures d'étouffement, d'écrasement pour ne rien voir et à mon grand regret je n'ai jamais vu Hugo. Voici le quatrain pour la couronne des Républicains de Montauban. Les châtiments. A Victor Hugo Immortel écrivain des formidables pages / Où passe glaive en main l'ange des châtiments / On entendra longtemps dans le lointain des âges / l'Echo répercuté de tes rugissements. J'avais été durant sa maladie m'inscrire chez lui il y avait foule et les voitures roulaient nuit et jour. Connaissez -vous le dernier vers du mourant qui s'est levé du lit avec une vigueur surprenante et a dit : «la vie la vie !» et puis a jeté ce vers dernier. C'est ici le combat du jour et de la nuit. Son testament Je donne cinquante mille francs aux pauvres Je désir être porté aux cimetières dans leur corbillard Je refuse l'oraison de toute les Eglises ; Je demande une prière à toutes les âmes Je crois en Dieu Victor Hugo...» Dans le texte, deux dessins originaux, le premier représentant la foule amassée devant l'Arc de triomphe drapé de crêpe noir, au milieu de nombreux drapeaux ; le second est l'ébauche d'une statue (La Victoire d'Hannibal ?).

Estim. 2 500 - 3 000 EUR

BERLIOZ, Hector. - 3/4mai 1864. Lettre autographe signée à son fils Louis Berlioz [Paris. 3-4 mai 1864). Gp. in-8 (208 x 133 mm). Lettre signée H. Berlioz. Trace d'onglet. Très belle et longue lettre, toute musicale, dans laquelle il est question de la mort Meyerbeer, de Rossini, de Beethoven, etc. Fils de Berlioz et d'Harriet Smithson, Louis Berlioz (1834-1867) fit une brillante carrière de capitaine au long cours. Ses relations avec son père furent souvent difficiles, mais, à l'époque de cette lettre, il avait fini par lui vouer une grande admiration. Berlioz est plongé dans la tristesse : " la mort de Meyerbeer [décédé le 2 mai 1864] est venue m'achever. Une intelligence pareille ne disparait pas du monde sans que les survivants remarquent l'obscurcissement qui se fait." Il conseille à son fils de se montrer discret et réservé avec les gens et envient sa vie parisienne : " Je verrai Iriarte [Charles Yriarte. journaliste] ce soir et je lui parlerai de sa bévue sur Paganini. Je dîne vendredi chez Legouvé, si je suis capable de diner. [...] Lundi dernier je suis allé à notre diner hebdomadaire : il y a beaucoup été question de Meyerbeer et de Rossini et nous avons dit à propos de ces deux hommes des choses que je crois vraies : l'un était un artiste, égoïste sans doute, l'autre est un égoïste qui n'est pas artiste. Fiorentino, quoiqu'Italien, a le premier soutenu cette thèse, et je me suis soulagé le cœur à la développer." Longue tirade très ironique sur Léon Carvalho, directeur du Théâtre-Lyrique, qui a été frappé de mutisme quand je lui ai cité le mot de Beethoven : "Oh, je n'ai pas d'inquiétude pour ma musique, je sens bien que je suis plus près de Dieu que les autres. " (...) Carvalho a des velléités d'enthousiasme pour le beau, mais toujours avec l'arrière- pensée qu'il pourrait, lui, dans l'occasion perfectionner le beau. Il ne parviendrait pas à s'empêcher de corriger Shakespeare et d'instrumenter Beethoven. " Après quelques potins sur Jules Janin et Mme Spontini, il parle de son travail : "J'ai eu beau écrire trois fois à Mr. Richard Pohl, qui avait entrepris la traduction allemande des Troyens, je n'ai pu obtenir de réponse : ce qu'il y a de plus fort, c'est que l'Éditeur de Leipzig de la nouvelle édition de mon Traité d'instrumentation qui devait me compter cent thalers à Pâques ne veut pas me répondre non plus, ni par conséquent me payer. Choudens [Antoine Choudens, éditeur musical] m'annonce toujours sa visite et ne vient pas, et ne fait pas terminer les corrections de Benvenuto [Cellini] ni graver la Marche troyenne. Tu sais que La Captive de F[élicien] David a été retirée par les auteurs, d'accord avec Carvalho : cela a paru décidément trop pitoyable et ils n'ont pas osé en risquer la représentation. Il parait qu'il ne faut pas pousser la platitude trop loin".

Estim. 2 500 - 3 000 EUR

GRIS (Juan). - Lettre autographe signée à Léonce Rosenberg, datée Beaulieu près Loches, Indre et Loire, 10-5-[19]18, 2 pages 1/4 in-8 (212 x 134 mm), sous chemise demi-maroquin bleu moderne. Le point sur sa peinture. En 1912, Juan Gris avait signé un contrat d'exclusivité avec Kahnweiler, mais la guerre ayant obligé ce marchand allemand à se réfugier en Suisse, la situation du peintre devint très précaire : en 1916, il est contraint de vendre toute sa production au marchand Léonce Rosenberg. Gris se trouve alors en Touraine, pays de sa femme Josette où il restera jusqu'à la fin de la guerre, produisant énormément. Les années 1916-1919 étant considérées par les critiques comme “les plus fertiles et les plus constructives” dans l'œuvre de celui qui fut peut-être “le plus classique des cubistes” (D.H. Kahnweiler), cette lettre est intéressante, car elle donne des précisions sur ses tableaux en cours. Son ami le sculpteur J. Lipchitz venant à Paris, il en profite pour faire porter à Léonce Rosenberg ses récents tableaux, qu'il va détailler : Il y a un paysage de 30, une nat[ure] morte de 10 et 4 tableaux tous petits du 3 et 4. Tout cela ce n'est qu'un commencement de ce que j'espère faire ici. Quand même je crois que des petits il y en a deux qui ne sont pas mal et la nat[ure] mort[e] de 10 ne me déplaît pas trop. Il a peint aussi quelques paysages, mais : Quant au paysage ce n'est pas encore ça. J'ai en train en ce moment un paysage qui sera beaucoup mieux j'espère, et une figure de paysan en blouse bleue dans un intérieur qui me donne de l'espoir. Il a confiance en son art : En tout cas je sens que la composition devient plus serrée et que tout ça prend une saveur classique qui démontre que cette peinture n'est pas du tout en dehors de la grande tradition. Il attend l'opinion de Rosenberg sur son envoi, car vous savez comment votre avis m'intéresse et m'éclaire. Il ne vient pas le voir à Paris par des raisons d'économie [...] cela sera pour le mois prochain. En tête de la lettre, tampon de Rosenberg, portant la date de réception.

Estim. 1 500 - 2 000 EUR

LÉGER (Fernand). - Lettre autographe signée à Léonce Rosenberg, datée Samedi 16 mars [19]18 - Hôpital VL 40 Villepinte (S. et O.), 7 pages et demie in-12 (173 x 130 mm), sous chemise demi-maroquin bleu moderne. J'ai l'intention de faire des tableaux très complets mais à ma manière qui ne sera jamais celle des autres. Léger expose les grandes lignes du contrat qu'il propose à son marchand. Comme le peintre le précise dans son post-scriptum, il s'agit là d'une lettre sans équivoque et nette. En désaccord avec son marchand, Léger défend avec une redoutable fermeté son œuvre et ses intérêts. Il réplique aux reproches de Rosenberg en lui soumettant un véritable contrat, qu'il transcrit minutieusement sur les dernières pages de sa lettre. Votre lettre n° 20.252 me parvient ici où je suis un temps indéterminé en attendant ma réforme. Je suis plus mal fichu que je ne croyais et l'on ne peut paraît-il me renvoyer chez moi que dans certaines conditions physiques. J'attends donc patiemment et comme on refuse toute permission pour Paris j'ai le regret de ne pouvoir aller vous voir et d'être obligé de vous écrire. Ce qui a déterminé ma dernière lettre [...] ce n'est pas uniquement votre avant-dernière, non, c'est l'impression que j'avais que vous vous étiez engagé trop rapidement avec moi. (Demande de diminution de prix, objections sur facture, halte sur surproductions) (vous avez de moi 9 toiles en 4 mois) tout cela m'a fait croire à une précipitation de votre part... Vous comprenez bien que je ne suis nullement le monsieur qui veut vous faire avaler sa peinture par surprise [...] n'oubliez pas que mon évolution quelle qu'elle soit ira toujours vers une tendance forte et non décorative. J'ai l'intention de faire des tableaux très complets mais à ma manière qui ne sera jamais celle des autres. Je n'ignore pas je vous l'ai écrit les nécessités commerciales nous sommes entendu la dessus [...] C'est d'un intérêt commun. Tout ce qui a été convenu entre nous à ce point de vue aussi bien écrit qu'oral. Je n'en déplace pas un mot ni une ligne [...] Je considère d'ailleurs nos conventions actuelles comme exactement les mêmes que celles d'un traité complet et j'agis de même c'est-à-dire en évitant de disperser d'une façon maladroite le peu d'Oeuvres que vous laissez à ma disposition. Je crois que je suis assez clair - en tous cas je m'efforce de l'être [...]. Il pense que, dans l'état actuel des choses, le mieux est de fixer sur papier nos conventions que j'envisage comme suit et que je vous propose. Sur les pages suivantes, Léger établit les bases de sa future collaboration avec le marchand. Rosenberg aura un droit d'achat à première vue sur toute sa production artistique pendant la durée de la guerre ; est aussi prévu un traité de 3 années ferme et complet sur toute la production pendant ou après la guerre. Le marchand s'engage en outre à exposer toujours dans sa galerie des tableaux récents, à organiser à l'étranger [...] au moins une exposition annuelle, et à faire dans le délai de 3 ans une exposition générale et totale de toutes les Oeuvres de M. Léger depuis 1896 [...]. Le peintre se réserve un droit absolu d'illustrations d'Oeuvres littéraires et poétiques, etc. Voilà, conclut-il, et je m'engage à signer cela sur papier timbré demain si vous voulez. En post-scriptum (signé des initiales), il lui demande une réponse rapide, et ajoute : Je m'organise ici pour pouvoir peindre - le Médecin-chef étant un homme charmant. Je pense pouvoir. Lettre passionnante de Léger à son marchand, rare de cette époque. Correspondances, Fernand Léger, Léonce Rosenberg, Correspondance 1917-1937, Paris, Centre Georges Pompidou, 1996, p. 27?

Estim. 1 000 - 1 200 EUR

MISTRAL (Frédéric). - Deux lettres autographes signées. - Lettre autographe signée à Louis Ratisbonne, Paris, 2 mai 1859, 4 pages in-8 (190 x 125 mm), sous chemise demi-maroquin noir moderne. Lettre de remerciements pour son étude sur Mirèio et évocation de celle de Lamartine. Très belle lettre écrite à “son ami et son frère”, au lendemain de la parution de son poème en provençal : Mirèio. Louis Ratisbonne fit paraître alors deux articles dans le Journal des Débats. Mistral vient de lire sa magnifique étude sur Mirèio, critique “écrite avec le cœur ; elle est pleine, elle brille d'une amitié si vraie que l'émotion en la lisant gonflait de larmes mes paupières [...] Vous recevrez avec ma lettre l'entretien que M. de Lamartine vient d'écrire sur Mirèio. Aucun poète depuis deux mille ans n'a débuté sous de plus beaux auspices [...] La gloire qu'on me donne est si éblouissante que je n'ose la regarder, il me tarde, il me tarde de m'enfuir et de me dérober à la grande lumière. Un peu d'ombre et beaucoup de solitude me fera du bien...”. Mistral fait un récit ému de sa première entrevue avec Ratisbonne. Il ressent encore de l'enthousiasme de cette époque enivrante. Trace de pliures, quelques rousseurs. - Lettre autographe signée à un confrère, Julien Tiersot, de Maillane, 7 décembre 1898, 3 pages sur un bifeuillet in-8 (178 x 114 mm) à l'encre noire sur papier au filigrane Original Castle Mill, enveloppe timbrée jointe, sous chemise demi-maroquin noir moderne. Au sujet de l'air et de l'origine de sa chanson Magali extraite du poème de Mireille. A l'époque et au moment où je songeais à rimer une chanson d'allure populaire sur le thème provençal et rudimentaire de Magali, j'entendis un des laboureurs de mon père chanter une chanson provençale sur l'air en question, que je ne connaissais pas encore et qui me parut fort joli [...] Cette chanson [...] qui fait allusion à un combat de Gibraltar, me paraît par sa facture contemporaine du 1er Empire et par son dialecte des bords du Rhône, entre Arles et Avignon. Chanson et air, je ne les ai entendus que dans la bouche de ce laboureur [...] et je suis convaincu que c'était le dernier détenteur du chant en question qui avait pour sujet l'arrivée du rossignol. Ce fut donc par un coup de cette providence qui protège les poètes (Deus, ecce Deus) que l'air et le rythme de Magali me furent révélés au moment psychologique. Il cite à la suite les 8 premiers vers de Magali, puis s'étend sur divers chants populaires provençaux. Au verso de l'enveloppe, Mistral a écrit : «C'est vers 1855 que j'entendis pour la 1ère fois la chanson dont je vous parle - et le chanteur avait de 40 à 45 ans». Julien Tiersot a été conservateur de la bibliothèque du Conservatoire et musicologue, auteur d'un ouvrage sur la chanson populaire en France.

Estim. 500 - 800 EUR

BERLIOZ (Hector). - Lettre autographe signée à sa mère Joséphine Berlioz, datée Paris, ce 10 mai 1829, 6 p. in-4. Longue lettre musicale, évoquant Lesueur, Cherubini, Rossini et Auber. Sachant que sa mère n'approuvait pas sa vocation, Berlioz s'efforce de lui montrer qu'il est lancé en plein dans le monde musical parisien et fréquente d'illustres compositeurs. Il commence cependant par une anecdote personnelle : il a rencontré une de leurs parentes, Mme de Roger et sa fille. ... "J'ai accompagné ces dames aux Tuileries, et je vous avoue que me trouvais assez déconcerté, quand je rencontrais des personnes de ma connaissance ; presque tout le monde souriait en me voyant donner le bras à cette haute et puissante demoiselle, qui a la tête et demie de plus que moi (...); je lui ai seulement fait monter le sang à la tête en lui avouant que je n'aimais pas la musique de Rossini..."Il parle ensuite longuement de son maître et ami Lesueur, qui vient de connaître un échec : ... "cet excellent homme est du siècle de Louis 14 et sa musique aussi. Il a voulu néanmoins faire exécuter deux de ses compositions dans un des superbes concerts du Conservatoire ; j'étais bien sûr d'avance de ce qui est arrivé ; ses deux morceaux placés à côté de Beethoven et de Weber ont éprouvé le plus complet échec. " Il en explique longuement les raisons, et ajoute : "Pour compléter la mésaventure, le Roi vient de le décorer du titre de Baron (...). Cherubini au contraire qui est avec lui surintendant de la musique du roi, a fait exécuter deux fois dans ces concerts des fragmens de ses grands ouvrages et ils ont obtenu un succès de fureur ; presque autant applaudis que Beethoven ; cependant quoiqu'il soit évidemment le plus grand compositeur existant en France dans ce moment, il n'a pas été compris dans la faveur royale. (...) Rossini lui-même, qui est l'homme à la mode, a été baffoué [sic] dans ces concerts... "Grande nouvelle : "...je suis rédacteur d'un grand journal nouveau (...), intitulé le Correspondant. L'éditeur m'a fait prier (...) de me charger des articles musique, traités en grand ; j'en ai fait un qui a paru le mois dernier : Considérations sur la musique religieuse. Ces messieurs m'en ont fait beaucoup de complimens (...). Le propriétaire de la Gazette musicale de Berlin est venu me prier aussi dernièrement d'être le correspondant français de son journal... "Autre projet, le concours de l'Institut en juillet, pour lequel il va faire demander à Cherubini ...s'il me garde toujours rancune et s'il compte encor faire de l'opposition contre moi cette année." Heureusement, poursuit-il, "j'ai un appui de plus à la section de musique : c'est AUBER (...) Je suis très bien avec lui, quoique je déteste cordialement le genre dans lequel il écrit... " Il se plaint ensuite de Berton (Henri-Montan Berton, compositeur) : "ce vieux radoteur ne peut pas me pardonner d'aimer avec passion la musique de Spontini, qui n'est cependant pas sans talent, dit-il. L'auteur de la Vestale n'est pas sans talent, dit-il. L'auteur de la Vestale n'est pas sans talent !... Oh vraiment s'il y en avait quelques-uns de cette force, l'Institut ne seroit plus que l'hospice de Charenton. " Il espère enfin que ses articles lui rapporteront de l'argent, car il perd trop son temps ... "à copier des parties pour quelque chose que je prépare pour l'hiver prochain (la révision de son opéra Les Francs-Juges?)... " Correspondance générale, éd. de P. Citron, t. I, lettre 125, p. 251. Trois mots ont été découpés occasionnant des trous.

Estim. 3 000 - 4 000 EUR

[BALZAC (Honoré de)]. - Physiologie du mariage ou Méditations de philosophie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal. Publiés par un jeune célibataire. Paris, Levavasseur, Urbain Canel, 1830. 2 tomes en un volume in-8, maroquin citron à long grain, larges fleurons d'angle reliés par des jeux de filets, dos lisse orné de filets et fleurons dorés, triple filet intérieur, tranches dorées, étui (Reliure de l'époque). Édition originale. On y remarque entre les pages 207 à 210 une fantaisie typographique illisible dont Balzac donne une explication humoristique au début du feuillet d'errata. Splendide exemplaire, relié par un grand maître de l'époque. Cette reliure, particulièrement séduisante par sa couleur et la qualité de son décor, est vraisemblablement de Purgold ou de Vogel. On joint une très belle lettre autographe de Balzac adressée à Charles Sédillot, rue des Déchargeurs, n°10 à Paris, datée de Tours, 25 Juin 1830 (2 pages et demie in-12) : Mon cher cousin, ce n'est qu'aujourd'hui et qu'ici que j'ai pu prendre connaissance de la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire et de deux de M. Galisset au sujet de la collection des bois. Il est inutile de vous expliquer comment j'ai voyagé jusqu'en Bretagne et que je n'en suis de retour qu'aujourd'hui, j'ai été voir des lieux, des sites pour un roman sur la Vendée, voilà le fait. [...] Vous comprenez, mon bon cousin, que la chose la plus essentielle est de me laisser mon temps bien franc pour travailler et que comme je n'ai rien, les points de droit et de fait bien fixés par moi, mon opinion donnée, ma présence est inutile. Si ma mère veut une procuration, je la lui enverrai. Adieu, mon bon cousin, cette fois je ne veux pas quitter d'ici où je suis parfaitement bien, tranquille, inspiré, pas chèrement logé et nourri, que je n'ai fait de l'ouvrage pour une bonne somme [...]. Charles Sédillot, négociant à Paris, avait été chargé par la mère de Balzac de liquider la faillite de son cousin et de désintéresser les débiteurs de l'imprimerie. Dans une lettre adressée à Sédillot le 20 juillet 1829, Balzac fait allusion au Dernier Chouan publié en mars précédent. Depuis le 1er septembre, il travaille à la Physiologie du mariage dont il avait promis le premier tome à Levavasseur pour le 10 novembre. Le séjour en Bretagne auquel il fait référence doit être celui qu'il fit en compagnie de Madame de Berny. Ils avaient remonté la Loire en bateau, et étaient allés au Croisic. Il a confié son enthousiasme à Victor Rabier, directeur de La Silhouette, dans une lettre datée de La Grenadière, le 21 juillet 1830. Mais, rentré en Touraine, Balzac écrivit le Traité de la Vie élégante. Ce n'est que bien plus tard qu'il publia Un drame au bord de la mer (qui se déroule au Croisic), daté du 20 novembre 1834, puis Béatrix, paru dans Le Siècle du 1er au 26 avril et du 10 au 19 mai 1839 (et en 2 volumes chez Souverain). Quant au roman sur les guerres de Vendée, qui devait s'intituler Les Vendéens, il demeurera à l'état de projet. Manque angulaire au feuillet 71-72, sans atteinte au texte. Le premier feuillet de table a été collé à la charnière sur le second. Rousseurs à quelques feuillets. Dos un peu passé. Petite restauration à un mors.

Estim. 4 000 - 5 000 EUR

MARTIN DU GARD Roger (1881-1951). - Manuscrit autographe signé, Porquerolles, 30 juin 1922. 6 pp. in-4. Emboitage et chemise en demi-maroquin brun et cartonnage, titre et auteur dorés. Ex-Libris d'André Gutzwiller à sa devise "In Silentum". Très intéressante et longue lettre traitant de la genèse de son roman fleuve Les Thibault. Il accepte de donner des éléments biographiques, puis évoque son roman, il prévient «Mais je vous demande de ne citer de fragments de cette lettre, écrite sur la plage, avec une plume qu'un mois de bains de mer ou de soleil ont passablement rouillée ! (...)». Il se décrit «Ai passé par l'Ecole des Chartes, avant de pouvoir me consacrer au roman. (...) A 18 ans, mes livres de chevet étaient les lettres de Flaubert et ? Guerre et Paix ? (...) J'ai toujours été porté vers les Oeuvres longues. (...)». Il évoque ensuite ses Oeuvres inachevées ? Une vie de Saint ? ou celles publiées ? Devenir ?, ? L'une de Nous ?, ? Jean Barois ? etc. Il débute son explication des ? Thibault ? au dernier paragraphe de la page 3, «Je ne puis vous parler des ? Thibault ?, comme vous le voudriez (...) les quelques articles qui me sont parvenus (...) jouent à la devinette en cherchant a prévoir les suites du roman (...) Ce n'est pas si commode d'exécution sans trop de défaillances, pendant dix ans peut-être, un plan conçu d'avance, dans un grand détail. (...) Je puis vous dire ceci, en effet : le plan sur lequel je travaille prévoit 13 parties, soit 13 volumes au moins (je n'ai osé en annoncer que 7 ou 8 dans mon avertissement.) Le livre I commence en 1904. Le livre XIII se passe en 1940 (...) Ce plan que j'ai mis plus d'un an à équilibrer, est assez précis, assez détaillé, assez ordonné, pour constituer à l'œuvre une armature solide et me permettre de travailler 10 ans de suite sans, je l'espère du moins, compromettre l'unité de l'architecture ; mais je me suis appliqué à le laisser assez élastique pour subir des modifications (...) Il n'y a aucun conflit théorique d'idées (...) Il ne sera nullement question de religion. Conflit de caractères. Des êtres, sans plus, dont je veux suivre le développement, les réactions (...)». Il conclut sa lettre en revenant sur sa personnalité «Croyez bien que je n'ai pas d' ? idées ? ; que je suis le contraire d'un ? intellectuel ?, le contraire même d'un homme intelligent (...) je ne suis pas fait pour écrire des ? notes ?. Je vous envoie quand même ce fatras (...)».

Estim. 300 - 400 EUR

[HUGO VICTOR]. HUGO Adèle (1803-1868) et Victor (1802-1885). - Lettre autographe signée [Guernesey] (s.d.) 3 pp.1/2. in-8. Avec des corrections autographes de Victor Hugo. Très belle et intéressante lettre sur les enfants pauvres, les corrections de la main de Victor Hugo sont mentionnées en gras. «Monsieur, Je passais l'autre jour sur la place du marché. Je voyais un enfant de six mois, porté par une petite de cinq ans, qui ne savait comment se tirer de son fardeau. Dans un bras aussi faible qu'expérimenté le maillot souffrait et pleurait sans doute la mère de ces pauvres êtres absente pour gagner sa vie et celle des siens, avait confié son nourrisson à un autre de ses enfants. Nombre de mères dans cette ile en sont réduites à cette pénible nécessité. La plupart des femmes de marins ont leurs maris absents ! La charge et la responsabilité de la famille retombent sur elles. Pendant que la mère gagne son pain dehors, les enfants restent sans protection, ou et abandonnés à des étrangers qui souvent les maltraitent. La situation des mères n'est pas moins douloureuse que celle des enfants. Je me suis demandé ce qu'il y aurait à faire pour adoucir ces misères. Il y a bien ici des écoles qui servent d'asyle aux enfants, mais ils n'y sont admis qu'à six ans. Depuis le moment de leur naissance jusqu'à cet âge ils n'ont pas de refuge. Dans cette situation voici ce qui me semble possible. Nous avons a Paris et dans toutes les villes de France des établissement connus sous le nom de crèches : un logement sain et choisi dans un point central de l'arrondissement ou dans la ville. Dès l'âge de six semaines la crèche est ouverte aux nouveau-nés. Une femme dont l'intelligence, le zèle et la douceur sont reconnus sert de mère à ces intéressantes créatures en l'absence de l'autre mère. L'enfant apporté le matin à la crèche est lavé, changé, nourri jusqu'à ce que l'on vienne le reprendre le soir. Sous le patronage de personnes charitables ces enfants sont visités et un médecin veille sur leur santé. Il serait ce me semble, aisé d'importer ici cette excellente institution. Je suis étrangère, mais j'aime Guernesey et qui n'aimerait pas ce charmant pays où il y a tant de bons cœurs ! C'est à ces bons cœurs que je m'adresse. Ils me comprendront. La fondation d'une crèche honorerait notre chère petite ile. Il y a des enfants riches qui sont bien heureux et il y a des enfants pauvres qui sont bien malheureux. Cette différence fait de la peine à Dieu, je parle ici aux cœurs religieux. Dieu ne connaît pas d'enfants pauvres. Il est le père de tous. Imitons-le et que notre petite communauté chrétienne soit la mère de tous les enfants. Donnons à ceux qui n'ont rien un peu du superflu de ceux qui ont tout. Et nous ferons une bonne œuvre. Et nous emporterons quelque chose qui sera à nous dans le lieu suprême où il n'y a ni grands ni petits, ni pauvres ni riches. Les amis que j'ai laissés à Paris m'ont offert leur concours pour un marché que je compte faire et dont le produit reviendra à la crèche. Les honorables habitants de Guernesey qui s'associant à cette idée voudraient contribuer au succès de l'œuvre sont priés d'adresser, à Hauteville House, chez Mme Victor Hugo (...)»

Estim. 1 500 - 1 800 EUR

SAINTE-BEUVE (Charles-Augustin). - Manuscrits autographes de deux nouvelles : Le Clou d'or et La Pendule, publiées après sa mort en 1881, ainsi que d'autres pages inédites. In-4, maroquin grenat, janséniste, dos à nerfs portant le titre doré, dentelle intérieure (Marius Michel). - Le Clou d'or : une page autographe titrée Petit roman, une page in-8 oblongue portant Petit roman du Clou d'or avec deux citations de Sénac de Meillan et 61 pages manuscrites à l'encre noire sur 35 feuillets (dont 32 au format in-8 et 3 au format in-16), dont deux prologues, le premier portant Le Clou d'or / Petit roman, pendant d'Adolphe, une note d'une page et 14 lettres accompagnées de 8 enveloppes (dont une avec le nom et l'adresse complète de la destinataire) au format 60 x 95 mm, avec une cinquantaine de corrections autographes. Elles sont suivies d'une lettre autographe de la destinataire, Madame d'Arbouville, de 3 pages in-8 sur 2 feuillets. Le manuscrit du Clou d'or contient 2 lettres restées inédites de Sainte-Beuve (la première et la quatrième). La lettre IX du recueil publié est placée ici en quatorzième position. - La Pendule : 7 pages manuscrites petit in-4, dont 6 de tout premier jet (une page avec une seule ligne en tête, les autres pleines) et une page portant les 8 vers du poème L'Horloge arrêtée de Marceline Desbordes-Valmore (de la main de Sainte-Beuve), à l'encre noire, avec plus de 120 corrections autographes et 2 béquets. On a relié, à la suite, 7 autres lettres autographes ou pages de journal intime de Sainte-Beuve, apparemment demeurées inédites, formant en tout 24 pages et demie in-8 à l'encre noire, comportant une dizaine de corrections légères. Toutes les pages manuscrites sont montées sur onglets sur une feuille de vélin blanc. Quelques minimes salissures, petit manque angulaire au second feuillet manuscrit. Précieux manuscrit de cette nouvelle épistolaire de Sainte-Beuve, publiée après sa mort, retraçant son amour passionné pour Madame d'Arbouville à travers sa correspondance originale, et qui devait faire pendant, selon son auteur, à l'Adolphe de Benjamin Constant. Il est suivi du manuscrit d'une petite nouvelle où le même amour déçu et transformé est repris sur un autre mode, La Pendule, auquel fait suite de nombreuses pages autographes inédites, concernant une autre relation épistolaire. Le Clou d'or, petit roman par lettre, est en fait constitué par la publication de douze lettres de Sainte-Beuve à Madame d'Arbouville, écrites entre 1840 et 1850, dont l'écrivain avait «tracé le plan et le canevas» et ajouté un petit prologue avant de l'abandonner dans un tiroir. C'est son fidèle secrétaire, Jules Troubat, qui, entré en possession du manuscrit parmi les papiers qui lui avaient été légués, le publia en 1881 avec les fragments inédits d'une autre nouvelle, La Pendule, accompagné d'une préface dans laquelle Troubat évoquait sans la nommer la destinataire de ces lettres, Madame d'Arbouville, née Sophie de Bazancourt (1810-1850), nièce du comte Molé. Madame d'Arbouville tenait vers 1835 un salon littéraire très suivi, et son influence était telle qu'on lui prêtait le pouvoir de «faire de académiciens». Durant dix années, elle fut la meilleure amie de Sainte-Beuve, amie que l'écrivain paraît bien avoir aimée de manière passionnée comme en témoigne cette correspondance transformée en roman épistolaire. L'influence de Madame d'Arbouville sur Sainte-Beuve fut très grande, bien qu'elle mourut fort jeune, à l'âge de 40 ans. On peut dire qu'après l'héroïne du Livre d'amour (Adèle Hugo), Madame d'Arbouville fut la femme qui tint la plus grande place dans la pensée et le cœur de Sainte-Beuve. Il écrivit beaucoup de vers pour elle, et, surtout, ce Clou d'or, réunissant quelques-unes des lettres qu'il écrivit sous le coup de la passion, laquelle se changea en une très grande amitié. Léon Séché publia en 1906 les lettres de Madame d'Arbouville à Sainte-Beuve sous le titre Muses romantiques. Madame d'Arbouville d'après ses lettres à Sainte-Beuve. La seconde nouvelle, intitulée La Pendule, date de 1844-1845. Dédiée à Rodolphe Töpffer, le fameux écrivain genevois, elle raconte sous un autre angle, à travers la vie fictive d'un horloger, la même relation avec Madame d'Arbouville. La nouvelle contient deux poèmes, l'un de Marceline Desbordes-Valmore (que Sainte-Beuve a contribué à faire connaître), copié en entier par lui, et l'autre de Joseph Delorme, pseudonyme poétique par lequel Sainte-Beuve débuta en littérature (dans le manuscrit Sainte-Beuve n'a écrit que le premier vers). Au début de ses relations avec Madame d'Arbouville, Sainte-Beuve avait fait lire à celle-ci son premier recueil de vers, sans lui dévoiler le mystère de son pseudonyme et Madame d'Arbouville s'était alors apitoyée sur la mort prématurée de ce jeune poète. À la suite de ces deux manuscrits, les 7 longues lettres autographes adressées par Sainte-Beuve à une inconnue ne semblent pas avoir fait l'objet d'une quelconque publication. Elles ne semble

Estim. 10 000 - 12 000 EUR

CONGO - CAMEROUN, "Mission Moll 1905-1907 Congo - Cameroun". Album d'environ 289 tirages argentiques d'époque montés sur des feuilles de buvard fort. Légendés à l'encre sur des étiquettes contrecollées sur le montage. Reliure en percaline rouge, demi chagrin grenat à coins, dos à nerfs orné de filets dorés, titre en lettres dorées au dos et à froid sur le premier plat, non rogné. Le présent exemplaire porte, sur une page de garde, un envoi autographe signé d'Henri Moll à Marcel Saint-Germain, avocat et sénateur d'Algérie à Oran de 1900 à 1920. Vues des ethnies suivantes: Pandés, Bayas du Sud, Labbis, M'Boums, Bayas du Nord, Moundans, Toubouris dans les pays suivants, Congo, Cameroun, Tchad et Nigéria. Album : 55 x 44 cm ; Images : divers formats 5,5 x 8 cm à 22,5 x 36 cm Le Commandant Henri Moll (1871-1910) fut chargé en 1905 par le gouvernement français de délimiter, de concert avec une mission allemande, la frontière du Cameroun et du Congo. Pendant 18 mois, à pied, Moll a parcouru cette frontière parmi les peuplades hostiles. Cette mission fut réalisée avec le capitaine von Seefried et le lieutenant von Reitzenstein. L'accord sur les frontières fut signé le 18 avril 1908 à Berlin. «Chargés de recueillir des informations sur l'organisation économique et sociale de la région, ils s'intéresseront également de près aux coutumes des indigènes. Les appareils photographiques emportés dans leurs bagages se révéleront alors de précieux alliés. Résolu à ne jamais utiliser les armes, Moll parvient à amadouer les tribus les plus farouches. Un tel respect lui garantit souvent l'accueil chaleureux des peuplades dont il traverse les territoires. La mission effectue ainsi un séjour prolongé chez les Baya. N'ayant jamais vu de Blancs, ces indigènes se montrent d'abord terrifiés, puis ils invitent les Français à entrer dans leurs villages, constitués de huttes rondes coiffées de toits

Estim. 5 000 - 8 000 EUR

VERLAINE (Paul). - Lettre autographe signée à Irénée Decroix, datée Paris le 15 [janvier 1877]. Une page in-8 sur un bifeuillet (206 x 135 mm), à l'encre brune, sur papier vergé, avec au verso deux grands dessins originaux, chacun à pleine page, sous chemise demi-maroquin noir moderne. Lettre ornée de deux amusants dessins à la plume en pleine page, chacun portant une légende autographe. Cette lettre est adressée à Irénée Decroix, négociant en vins, fils d'un ancien professeur à Charleville, ami de Verlaine. Verlaine fut témoin à son mariage en 1878, puis parrain de son fils Paul l'année suivante. Il lui dédia une pièce de son recueil Dédicaces. Dans son style télégraphique habituel, Verlaine annonce à son ami Fait les deux commissions en question, puis enchaîne : Repars demain matin - pour Bournemouth - où il donne son adresse. Verlaine partit de septembre 1876 au 28 mars 1877 enseigner le français, un peu de latin et de dessin à des pensionnaires de l'école Saint-Aloysius à Bournemouth, station balnéaire sur la côte sauvage de la Manche en Angleterre, en face de l'île de Wight, qu'il décrira dans son poème Bournemouth, repris dans Amour. Aux vacances de Noël 1876, Verlaine passa quelque temps chez sa mère à Arras et décida alors de quitter l'Angleterre pour reconquérir Paris. Il y partit quelques jours en janvier, pour se rendre compte de l'accueil qui lui serait fait. Dans cette lettre, il confie à son ami ses projets parisiens. Il attend des nouvelles de son correspondant, et repartira d'Angleterre vers le 1er Avril, afin de passer une semaine à Londres avant mon retour définitif en ce Paris qui a vu mon enfance, et verra probablement ma vieillesse, s'il y a lieu. A Londres comme à Paris, il compte sur lui et cette «Huppe» pour un séjour non moins cordial qu'investigateur. Il lui signale enfin que sa mère va rentrer à Arras [...] où elle sera toujours heureuse de vous recevoir. Au verso, le premier dessin représente une tête de personnage chevelu (Elias Howe) accoudé sur un nuage, désignant de ses deux index la légende de Verlaine : Ça, c'est notre bon génie. Elias Howe (1818-1867) est l'inventeur américain de la machine à coudre en 1846 et obtint une médaille lors de l'Exposition Universelle à Paris en 1867. Verlaine le représente dans sa correspondance pour la seconde fois (voir lettre à Decroix du 8 février 1876), peut-être parce que Decroix lui a proposé un négoce de machines à coudre, après celui des vins ? Le second dessin représente trois hommes se dirigeant vers la porte d'un restaurant sur laquelle est écrit en grandes lettres : ROAST BEEF. A gauche : Irénée Decroix, jouant sur une flûte l'air célèbre de l'époque : L'amant d'Amanda, légendé : Vous, avec votre flûte. Il est suivi par Verlaine avec son éternel cache-nez, son chapeau et un panier, légendé : moi, plein de méfiance, et par le bedonnant Ernest Delahaye, l'ami de Rimbaud, légendé : LLLui !!! plein de confiance. Au-dessous de la composition, Verlaine a écrit?: Notre Semaine de Pâques en 77, ou, du moins, je l'espère ! On retrouve l'humour de Verlaine dans la légende : Ça, c'est du brouillard ! Collection Matarasso, (3 mai 1982, n° 87, incorrectement datée du 15 nov. 1876). Correspondance, éd. Ad. Van Bever, t. III, p. 100 ; Correspondance générale (éd. M. Pakenham), Fayard, 2005, t. I, p. 546-547 (dessin reproduit). Petites restaurations à l'adhésif à la pliure et petite déchirure sans manque.

Estim. 3 500 - 4 500 EUR

CÉLINE (Louis Destouches, dit Louis-Ferdinand). - Chapitre manuscrit inédit du Voyage au bout de la nuit. 11 pages autographes in-4, chiffrées 1 à 10 (2 pages numérotées 7), écrites à l'encre noire sur feuille de papier à lettre Salmorenc (une page sur papier pelure jauni sans filigrane), bradel maroquin noir, nom de l'auteur et titre frappés or sur le premier plat, dos lisse muet, doublure et gardes de daim marron, chemise demi-maroquin noir, étui (Renaud Vernier 1999). Très précieux manuscrit d'un chapitre inédit d'un des romans majeurs du XXe siècle. Ce chapitre concernerait la seule modification apportée par Céline dans la trame de son récit entre le premier état du manuscrit et le texte définitif, relatant les retrouvailles de Bardamu et de Robinson, appelé dans cette version «Merluret». Il comporte 44 corrections, ratures et modifications autographes (une phrase biffée au crayon bleu d'imprimeur). Publié en 1932 aux éditions Denoël, le Voyage au bout de la nuit provoqua un véritable événement littéraire. Or, il est remarquable que de ce roman phare de la littérature moderne, nous n'ayons, en guise de manuscrit, retrouvé qu'une simple dactylographie du premier état du texte, certes abondamment corrigée, mais incomplète. Il s'agirait donc des seules traces connues d'un manuscrit sur lequel bien des spécialistes ont glosé. Céline lui-même avait fini par brouiller les pistes concernant son manuscrit, affirmant que celui-ci avait été à l'origine bien plus ample que le roman, lequel aurait fait près de mille pages imprimées. Or, en consultant la dactylographie très corrigée du premier état, on relève que les ajouts sont bien supérieurs en nombre aux suppressions de texte. Pourtant, ce passage non repris dans le texte final démontre que le travail de romancier de Céline constituait bien, ainsi qu'il a souvent répété, en coupes et réductions, tout un travail d'ellipses et d'allusions, amenant le récit par les voies du langage, plutôt que par les voies traditionnelles de la narration. Ainsi ce passage est très caractéristique du travail d'écriture de Céline. L'action décrite dans ce chapitre se situe après le retour de Bardamu du Nouveau monde, quand ce dernier ayant achevé ses études de médecine, commence l'exercice pénible de sa profession à La Garenne-Rancy. Médecin de dispensaire, il gagne difficilement sa vie et se compromet dans une affaire frauduleuse. Il se lie avec le commissariat du quartier et répond aux appels d'urgence de nuit, en compagnie d'un policier. Le présent chapitre raconte l'une de ces virées nocturnes : «C'était la bonne époque aussi pour moi pour gagner un peu d'argent. À cause des appels d'urgence. Le service médical se faisait du commissariat. L'un des flics venait me chercher. Je l'entendais monter avec un bruit d'ogre à coups de godillots dans les marches, tout le ciment de la maison en vibrait comme un gong. Et on partait tous les deux à chercher la rue et le numéro du bonhomme avec sa lampe». Or, appelé un soir dans une maison de la rue des Grimpants, il doit se rendre au chevet d'un homme en pleine crise, toussant à tout rompre et crachant le sang. Il le reconnaît immédiatement, et sans aucun plaisir ; c'était un certain Merluret, compagnon d'infortune pendant la guerre : «C'était bien moi alors qu'il m'a dit... c'est bien moi. Tu me reconnais bien... C'est moi Merluret» Ça m'a fait un drôle de coup, je ne sais pas quoi dire devant les gens. [...] Après tout je n'étais pas très content de le revoir. J'en avais assez des aventures [...] ce que c'est de connaître les gens on connaît aussi leur misère, elle vous parle, elle vous attire, elle ne vous lâche plus.» Le narrateur conseille alors au malade de rentrer à l'hôpital, ce qui déclenche une pathétique apostrophe de ce dernier : «Tu vas encore te débarrasser de moi hein ? Et il me regarde. Vous êtes tous comme ça... Gentils avec les hommes quand ils ont de l'argent, avec les femmes quand on peut les baiser... pour le reste des phrases, rien que des phrases, les meilleurs, c'est comme ça... Et puis la quinte le prend». Le texte s'achève sur le goût amer de ces retrouvailles pour Bardamu, ainsi que la rengaine désespérée : «J'étais pas fier de l'avoir retrouvé Merluret, pas du tout avec sa drôle de façon de promener sa maladie comme un drapeau au-dessus de sa misère. [...] Assez voyagé comme ça. Fatigué j'étais, oui, bien fatigué du voyage et des voyageurs tout au fond. La peur de la vie. La fatigue dans l'âme même, la peur». On peut facilement reconnaître sous les traits de Merluret, qui ne correspond à aucun personnage du roman, ceux de Robinson, compagnon d'armes du narrateur, et qui revient hanter ce dernier tout au long du récit. En effet, il semble bien que ce passage inédit corresponde en tout point à celui évoqué par J. P. Dauphin dans son étude critique consacrée à l'écriture du Voyage au bout de la nuit (Étude d'une illusion romanesque, p. 101), passage dans lequel Bardamu retrouvait par hasard Robinson dans la personne d'un malade auprès duquel il a

Estim. 25 000 - 30 000 EUR

FLAUBERT (Gustave). - Lettre autographe signée à Théophile Gautier, datée Jeudi 27 janvier [1859], 3 pages et demie in-8 (209 x 133 mm) à l'encre brune sur papier vergé bleu, sous chemise demi-maroquin noir moderne. Superbe lettre à propos de Salammbô. Dans cette longue lettre amicale, Flaubert évoque le séjour de Gautier en Russie (du 15 septembre 1858 au 27 mars 1859), s'emporte contre le monde littéraire parisien, et évoque la rédaction de Salammbô, dans laquelle il est totalement plongé. Flaubert a appris par le gars Feydeau que Gautier est en Russie et reviendra fin février : Alleluia ! Car je m'ennuie de ta personne incroyablement. [...] Souvent je pense à ta mirifique trombine perdue au milieu des neiges. Je te vois sur un traîneau, tout encapuchonné de fourrures baissant la tête et les bras croisés [...] As-tu fait des verres ? pardon de la question qui est stupide. Je veux dire que tu nous dois un recueil lyrique intitulé les hyperboréennes ou l'Ours Blanc. Impressions parisiennes : Les hommes portent des manches à gigot. Cet amour du manche de gigot me semble un indice obscène, un curieux symbolisme comme dirait le père Michelet. Suit une diatribe sur L'Amour de Michelet : Il ne parle que de ça, ne rêve qu'ovaires, allaitement, lochies et unions constantes. C'est l'apothéose du mariage, l'idéalisation de la vesse conjugale, le délire du Pot au feu ! Puis il décrit en détail la rédaction de Salammbô : depuis trois mois, je vis ici complètement seul, plongé dans Carthage & dans les bouquins y relatifs. Je me lève à midi et me couche à trois heures du matin. Je n'entends pas un bruit. Je ne vois pas un chat. Je mène une existence farouche et extravagante. Puisque la vie est intolérable, ne faut-il pas l'escamotter [sic] ? Je ne sais ce que sera ma Salammbô. C'est bien difficile. Je me fouts [sic] un mal de chien. Mais je te garantis, ô Maître, que les intentions en sont vertueuses. Ça n'a pas une idée, ça ne prouve rien du tout. Mes personnages, au lieu de parler, hurlent d'un bout à l'autre. C'est couleur de sang, il y a des bordels d'hommes, des anthropophagies, des éléphants et des supplices. Mais il se pourrait faire que tout cela fût profondément idiot et parfaitement ennuyeux. Quand sera-ce fini ? Dieu le sait ! Il continue à jouir du mépris des honnêtes gens, et est impatient de revoir Gautier : Il me tarde bien d‘être à la fin du mois prochain - seul avec toi, les coudes sur la table, dans mon humble réduit du boulevard. Flaubert rencontre Théophile Gautier en octobre 1849 lors d'un dîner avec Maxime Du Camp et Louis Bouilhet à la veille de son départ pour l'égypte. En résultera une longue et forte amitié. Ils se voyaient chez Mme Sabatier, chez la princesse Mathilde ou chez Jeanne de Tourbey. Anciennes collections Sacha Guitry (1975, n° 207) et colonel Daniel Sickles (I, 1989 , n° 64) Exposition Flaubert, Bibliothèque nationale, 1980, n° 274. - Flaubert, Correspondance, Pléiade, t. III, p. 10-11. Trace de pliures, quelques taches, deux petites restaurations à l'adhésif aux pliures.

Estim. 3 000 - 4 000 EUR

HUYSMANS (Joris-Karl). - Lettre autographe signée à [Albert Delpit], [après le 13 février 1877], 2 pages et demie in-16 (122 x 100 mm), sur un bifeuillet, sous chemise demi-maroquin noir moderne. Lettre inédite, sur les similitudes entre marthe et les romans de Zola et des Goncourt. Huysmans commente un article paru dans L'événement le 13 février 1877, signé «Le Sphinx», pseudonyme désignant trois chroniqueurs, Victor Brunière, Adolphe Avernier ou, plus probablement, Albert Delpit. À propos de Marthe, paru en septembre 1876, il déclare : Je vous remercie tout d'abord d'avoir parlé de la pauvrette. Je me permettrai seulement une observation : Vous me dites «si ce n'est là un pastiche voilà du moins une curieuse rencontre». Mon volume a paru à Bruxelles au mois de sept. dernier, il est donc antérieur à l'Assommoir. J'ajouterai que le sujet étant le même que celui de la fille élisa de Goncourt, j'ai, à la fin de Marthe, mis des dates afin d'établir bien ma priorité. Il souligne les similitudes entre son œuvre et celle de Goncourt (que j'admire d'ailleurs de tout mon coeur) : il y a eu rencontre et non pastiche. Quant à Marthe elle-même, elle n'est pas si noire que vous pouvez le penser. La censure l'a bien interdite, mais cela prouve-t-il grand chose ? Du reste voulez-vous accepter un ex. de ce rarissime volume. Je suis sûr [...] que vous trouverez la fille plus avenante que les journaux ne la présentent, ce n'est certes pas une vertu, mais c'est peut-être bien pour cela qu'elle est attrayante.

Estim. 800 - 1 200 EUR

BERLIOZ (Hector). - Lettre autographe signée à sa sœur Nanci. Paris. 18 octobre [1833]. 4 p. in-12 (174 x 114 mm). Lettre signée "H. Berlioz Infimes manques de papier à cause de l'acidité de l'encre. Remarquable et violent plaidoyer, en partie inédit, pour Harriet Smithson que Berlioz venait tout juste d'épouser. Lettre en partie inédite. Berlioz avait épousé Harriet Smithson le 3 octobre 1833, sans ignorer les réticences de sa famille, ni les bruits qui couraient à Paris sur l'actrice irlandaise. À sa sœur Nanci, qui désapprouvait ce mariage, il rejette toutes les calomnies et rumeurs dont elle a fait l'objet : "si tu connaissais la vérité, rien que la vérité et toute la vérité, tu me jugerais autrement...] Ai-je donc commis un crime qui doive m'aliéner le cœur de ma famille, en épousant une femme que j'aimais avec tant de passion depuis si longtemps ? une femme qui avait été pour moi un rêve de bonheur que mon imagination me représentait comme chimérique ? une femme horriblement calomniée et méconnue et que je voyais enfin dans son véritable jour ?... une femme que le malheur a semblé poursuivre cette année avec acharnement, et que j'ai pu ranimer et rendre à l'espoir à force d'amour et de dévouement à défaut d'autres ressources [...] les contes les plus ridicules [ont souillé] cette romanesque et invraisemblable histoire. [...] Mais je dois t'apprendre et te jurer sur l'honneur que la femme que j'ai choisie pour compagne de ma vie est aussi pure sous tous les rapports que tu puisse [sic] la désirer pour ton frère." Il réfute les calomnies : "Tout Paris a cru depuis 8 mois que j'étais son amant : tout Paris s'est trompé. Si nous étions amans, ce n'était que dans le sens élevé de ce mot, et non dans l'autre". Lui aussi a été calomnié : "tantôt on m'a fait fou, tantôt épileptique, tantôt joueur, tantôt perdu de débauches : ces infamies n'ont pas été sans faire quelque impression sur une tête aussi facile à bouleverser que la sienne... mais [...] nous avons lié nos deux orageuses destinées et j'espère qu'elle ne s'en repentira pas plus que moi Correspondance générale, éd. de P. Citron, t. Il, lettre n° 355 (texte partiel). Un mot découpé formant un trou.

Estim. 2 000 - 3 000 EUR

[REVUE]. La Revue Indépendante de littérature et d'art. Nouvelle série. Paris, 1886-1888. Ensemble 25 fascicules en 9 volumes in-8, bradel percaline rouge, dos lisse, pièce de titre brune, non rogné, couverture et dos (H. Capelle). Collection pratiquement complète de cette troisième série dirigée par Édouard Dujardin (1861-1949), poète et disciple de Mallarmé. Elle comprend les 25 premiers numéros publiés de novembre 1886 à novembre 1888. Seul manque le n° 26, paru en décembre 1888. Sous l'impulsion de Dujardin, cette importante revue devint le fer de lance de la poésie symboliste. Initialement dirigée par Fénéon de 1884 à 1886, la revue accueillit divers auteurs comme Verlaine, Huysmans, Mallarmé, Laforgue, Villiers de L'Isle-Adam, etc. Un des 100 exemplaires de luxe, tirés sur différents grands papiers : japon (t. I), hollande (t. II), chine (t. III), vélin du Marais (t. IV), et papiers teintés de différentes couleurs dont papier bleuté (t. VI) et papier jonquille (t. VIII et IX). Ces exemplaires de luxe sont les seuls qui soient illustrés : au total 31 planches, dont 4 études de James Whistler (dans le n° 1, ici en double état, sur japon et sur chine), une lithographie originale d'Odilon Redon (n° 6), un dessin de Renoir (n° 11), une lithographie de Paul Signac (n° 15), 4 eaux-fortes de Camille Pissarro (n° 16 à 19), une lithographie de Maximilien Luce (n° 22), une gravure sur bois de Lucien Pissarro (n° 24) et une eau-forte de Jacques-Émile Blanche (n° 25). Envoi autographe de Dujardin à Émile Soldi (1846-1906), sculpteur et tailleur de camées, grand prix de Rome, et écrivain d'art. On joint le n°?1 du 1er?mai 1885, numéro unique et extrêmement rare de la deuxième série (un volume grand in-8, 32 pages). Il contient notamment le début d'un article sur Zola par Hennequin, et celui d'un article de Charles Henry sur Le Livre de l'avenir. De la bibliothèque Paul Muret. Des piqûres et rousseurs, petits manques aux couvertures. Petites déchirures, taches et trous au dernier feuillet du fascicule isolé, avec perte de mots.

Estim. 4 000 - 6 000 EUR

DEBUSSY (Claude). - Correspondance avec André Messager. 1902-1910. Ensemble de 21 lettres autographes signées, en tout 60 pages in-8 ou in-12, avec 13 enveloppes autographes timbrées. Relié en un volume in-8 (220 x 150 mm), maroquin janséniste Lavallière, dos à nerfs, dentelle intérieure dorée (Alix). “L'une des plus belles correspondances de Debussy” (Denis Herlin). Ces lettres traduisent la profonde estime et l'amitié entre les deux hommes. À la fois chef d'orchestre et compositeur, André Messager (1853-1929) a l'honneur, en 1902, de créer Pelléas et Mélisande que Debussy lui dédie en signe de gratitude. C'est seulement quelques jours après la création de Pelléas à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902, que débute cette correspondance. Elle s'interrompt en 1904, au moment du divorce de Debussy alors que Messager prend fait et cause pour Lilly Tixier. Après un long silence, deux lettres de 1910 témoignent d'une brève reprise sans lendemain. Épistolier assidu, Debussy confie, avec force détails, son travail, ses projets, ses difficultés et ses espoirs, réservant une large place à Pelléas, et ne cesse de louer le talent de Messager. Si le découragement le gagne parfois, il recourt à l'ironie. 9 mai 1902 : [...] vous avez su éveiller la vie sonore de Pelléas avec une telle délicatesse tendre qu'il ne faut plus chercher à retrouver, car il est bien certain que le rythme intérieur de toute musique dépend de celui qui l'évoque, comme tel mot dépend de la bouche qui le prononce... Ainsi telle impression de Pelléas se doublait de ce que votre émotion personnelle en avait pressenti, et lui donnait par cela même, de merveilleuse «mise en place». C'est sûrement quelque chose d'introuvable, vous le savez aussi bien que moi [...] Mercredi [14 mai 1902] : [...] on a remplacé hier Pelléas par Le Roi d'Ys, Monsieur J. Périer [qui chantait Pelléas] s'étant déclaré aphone... (Willy ne manquerait pas de dire à ce propos “L'après-midi d'aphone” [...] Au surplus, j'ai l'impression depuis que vous n'êtes plus là, qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume d'Allemonde ! - Tant il est vrai que personne dans l'Opéra Comique n'a pour Pelléas la tendresse inquiète que vous lui portiez [...] 21 mai 1902 : [...] C'était hier la 7e représentation de Pelléas [...] On a refusé du monde (Expliquez cela comme vous pourrez). Pour compenser, l'exécution a été faiblarde. Martenot lui-même a ajouté d'inattendus glissandos, ce qui peut paraître excessif ! Perier est enrhumé une fois pour toutes, il n'y a que Mademoiselle Garden et Dufranne qui soient immuables [...] Samedi [7 juin 1902] : [...] il me pousse des envies frénétiques de quitter Paris avec tout ce qu'il contient de soi-disant artistes - Ah ! les sinistres bougres ! - Il faut les voir prendre un air constipé pour parler de l'Art ! Mais sapristi ! L'Art c'est toute la vie. C'est une émotion voluptueuse (ou religieuse... ça dépend des minutes). Seulement les gens intelligents ne savent être voluptueux que dans les cas spéciaux ! [...] Lundi [9 juin 1902] : [...] Entre-temps, je travaille au Diable dans le Beffroi [d'après La Chute de la maison Usher d'Edgar Poe], à ce propos j'aimerais que vous lisiez ou relisiez ce conte pour avoir votre avis, il y a là de quoi tirer quelque chose où le réel se mélangerait au fantasque dans d'heureuses proportions. On y trouverait aussi un diable ironique et cruel beaucoup plus diable que cette espèce de clown rouge soufré dont on nous garde illogiquement la tradition. Je voudrais aussi détruire cette idée que le Diable est l'esprit du mal ! Il est plus simplement l'esprit de contradiction et peut-être est-ce lui qui souffle [sur] ceux qui ne pensent pas comme tout le monde ? On prouvera difficilement qu'ils n'étaient pas nécessaires [...] Mercredi [2 juillet 1902] : [...] J'ai vu Madame Raunay, elle m'a chanté des fragments de Pelléas avec la voix d'un vieux monsieur passionné et assez essoufflé... J'en ai parlé poliment à Carré qui, naturellement, a pris cette attitude de sous-officier froissé que vous lui connaissez [...] Mardi 8 juillet 1902 : [...] Le succès de «notre Garden» ne m'étonne pas ; il faudrait, autrement, avoir des oreilles bouchées à l'émeri pour résister au charme de sa voix ? Pour ma part, je ne puis concevoir un timbre plus doucement insinuant. Cela ressemble même à de la tyrannie tant il est impossible de l'oublier [...] Mardi [22 juillet 1902] : [...] Pourtant, j'aurais voulu vous dire combien j'étais heureux de vous avoir revu, tant j'éprouve près de vous une sensation d'absolue confiance, et cela est très rare chez moi qui suis plutôt fermé à double tour, tant j'ai peur de mes semblables. Il y a des choses dont je n'ai jamais parlé qu'à vous, ce qui me fait trouver votre amitié précieuse à un point que je ne saurais assez dire... N'allez pas trouver cette histoire trop enfantine car le sentiment dont je parle est peut-être plus haut que l'Amour [...] Bichain [septembre 1902] : [...] Je n'ai pas écrit une

Estim. 12 000 - 15 000 EUR

GUITRY Sacha (1885-1957). - Fragment de manuscrit pour son ouvrage De MCDXXIX à MCMXLII, c'est-à-dire : De Jeanne d'Arc à Philippe Pétain, c'est-à-dire : 500 ans de l'histoire de la France, ouvrage conçu, composé et commenté par Sacha Guitry... [1944]. Environ 29 pp. in-folio Travaux préparatoires ayant servi à la conception de son ouvrage De MCDXXIX à MCMXLII, c'est-à-dire : De Jeanne d'Arc à Philippe Pétain, c'est-à-dire : 500 ans de l'histoire de la France. Cet ensemble comprend un grand nombre de dessins et de manuscrits ayant appartenu à Henri Jadoux [directeur de la publication]. Nous trouvons entre autres, le portrait de Debussy à la mine de plomb par Sacha Guitry, légendé au dos «dessin reproduit dans l'ouvrage susmentionné». Les dessins sont regroupés par artiste, comme la chemise contenant les dessins au crayon de Demetrios Galanis qui réalisa les bandeaux et culs-de-lampe de l'ouvrage. Un projet de maquette gouaché d'un plat et un portrait au lavis de Rabelais par Louis bouquet ; une carte originale à la gouache et à l'aquarelle de Lucien Boucher retraçant l' «Itinéraire Sacré» de Jeanne d'Arc ; une maquette de reliure gouachée et un portrait de Balzac à la mine de plomb de Valentin Campion ; 5 dessins à la mine de plomb de Bernard Naudin. Sur une double page nous trouvons une copie d'une lettre de Corneille légendée par Guitry, dont le fac-similé est publié dans l'ouvrage, vient ensuite le premier jet grandement travaillé de la «Lettre ouverte à M. le ministre des beaux-arts» par Sacha Guitry. Une des chemises comprend un poème autographe de René Fauchois ainsi qu'une fable de Maurice Donnay, accompagnée d'une note qui explique le changement de titre. Cet ensemble témoigne de la genèse de ce livre hors norme, qui fut présenté lors d'un gala à l'Opéra le 23 juin 1944 et dont un exemplaire fut vendu aux enchères 400 000 francs au profit de l'Union des Arts.

Estim. 1 800 - 2 000 EUR

TOCQUEVILLE Alexis de (1805-1859). - 6 lettres autographes signées, Paris, Compiègne, Tocqueville et (s.l.) correspondance datée du 31 juillet 1847 au 9 septembre [18]58 (s.d.). 11 pp. 1/2 in-8, une lettre avec adresse et marques postales, une sur papier de deuil. Et NOEL-AGNES Nicolas (1794-1866) Lettre autographe signée à Alexis de Tocqueville, Cherbourg, 15 octobre 1844. 3 pp. in-8. Le 8 octobre 1850, Tocqueville prévient son correspondant qu'il quitte Paris pour l'Italie sur les conseils de son médecin ; le 8 janvier 1855, il s'excuse «(...) je voudrais être plus riche et avoir moins de charges (...) pour pouvoir prendre un très grand nombre de billets (...)» il évoque le souhait de revenir à Cherbourg et annonce avoir visité une partie de l'Allemagne ; le 2 novembre 1856, il transmet à la famille Noël «l'expression de notre vive sympathie (...)» au regard du malheur qui les touche ; 9 septembre [18]58 à M. Noël, (s.d.) «dimanche matin» et (s.d.) «mercredi matin», correspondance amicale ; Le 15 octobre 1844, Nicolas Noël-Agnès écrit cette très intéressante lettre sur le projet de la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg, il annonce «Ainsi que nous en étions convenu j'ai formé un comité d'enquête pour établir l'importance de la circulation sur notre chemin de fer projeté (...)» il explique longuement son travail d'enquête et souhaite «(...) connaitre votre opinion sur la direct direction qu'il recommande (...) il nous faut avant tout, la connaissance exacte des tracés proposés (...)» et poursuit sur d'autres détails techniques.

Estim. 350 - 400 EUR

SUITE DEUX MINIATURES émaillées en couleurs sur cuivre, dans des cadres en laiton doré, représentant les portraits en buste de hauts fonctionnaires chinois, l'un inséré dans un cadre carré en bois. Au revers de l'une des miniatures est inscrit le nom d'atelier "Raoul Hideux et Cie, 10 rue de la Paix Paris", avec la date "1922". On y joint neuf planches de croquis et projets de portraits de différents dignitaires ; On y joint également un portfolio intitulé " "Chinese Leaders, Biographies "", qui contient des informations sur 41 personnalités politiques chinoises de la période Minguo (1912-1949). La plupart de ces dossiers ne contient qu'une biographie en chinois, souvent traduite en français ou en anglais. Quelques-uns des dossiers incluent cependant une correspondance. Ainsi, le dossier concernant le Dr Sun Yat-sen contient les lettres des échanges entre C. A. Benoist et d'une part, Sun Fo (ou Sun Ke), le fils de Sun Yat-sen (en anglais, dactylographiées), puis Wei Yuke, le secrétaire de Sun Yat-sen (en français, manuscrites), du 24 novembre au 20 décembre 1924. Benoist, alors à Tianjin, y explique le projet d'exposition de portraits des dirigeants chinois et souhaite obtenir photos et biographie, ainsi que rencontrer Sun Fo puis Wei Yuke. Car ce dernier précisait que le Dr Sun étant très malade (il allait mourir quelques mois plus tard, en mars 1925), Benoist ne pouvait être reçu par lui. On trouve également quelques lettres dans les dossiers de Tsao Kun, alors président de la République ; du Dr W.K. Wellington Koo, Premier ministre et ministre des affaires étrangères ; et de Han Kuo Chun, gouverneur du Jiangsu. Enfin, on joint la malle de C. A. Benoist, contenant des plaques et des outils, ainsi que sa mallette, toutes deux avec ses initiales. Chine, début du XXe siècle. TWO ENAMELLED MINIATURES WITH NINE SKETCHES OF PORTRAIT PROJECTS, FORTY ONE DOCUMENTS OF THE MOST IMPORTANT CHINESE POLITICIANS AND A CASE AND A TRUNK OF THE WORKSHOP IN SHANGHAI, RAOUL HIDEUX ET CIE WORKSHOP, CHINA, EARLY 20THCENTURY. HAUT. (HORS CADRE) 8,5 CM (3 3/8 IN.) - DIAM. 6,9 CM (2 3/4 IN.) Bel ensemble de sept miniatures par Raoul Hideux (fin XIXe-début du XXe siècles) Ce lot illustre de manière très intéressante un aspect de l'œuvre et l'expérience d'une petite entreprise d'émaux d'art à Paris, Raoul Hideux et Cie, très connue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Le Figaro, dans un article de 1899, la cite même dans un éloge dithyrambique de ses émaux. Elle était spécialisée dans les portraits miniatures, émaillés sur cuivre. Raoul HIDEUX était, lui-même, le fils de Charles Hideux (1824-1893), célèbre photographe et libraire de l'époque, à Paris. Nous présentons ainsi sept miniatures en émaux sur cuivre, que nous divisons en trois lots. Les deux premiers lots sont consacrés au Viêt-Nam, avec trois portraits, et à la Thaïlande, avec un portrait de jeune prince. Ces deux lots sont accompagnés d'une série de croquis rehaussés de couleurs, associés ou non à des photographies de personnalités, donnant des détails très précis des costumes et décorations, signe de l'importance accordée au moindre détail tant les auteurs des portraits souhaitaient que ceux-ci soient au plus proche de la réalité. Le troisième lot, consacré à la Chine, comprend deux portraits de dignitaires, des croquis détaillés, et un portfolio de 41 dossiers concernant des personnalités politiques chinoises de la période Minguo. Ils contiennent surtout des biographies, mais on trouve cependant dans quelques dossiers, une correspondance qui donne de précieuses indications, notamment dans le dossier concernant le Dr Sun yat-sen. On apprend ainsi que dans les années 1920, la société Robert HIDEUX et Cie a eu le projet de faire le portrait des personnalités politiques importantes de Chine et d'Asie, afin de les présenter dans une exposition. A cet effet, ils ont envoyé un représentant, C. A. Benoist, lui-même artiste émailleur, descendant d'une famille d'artistes la fin du XVIIIe siècle. Il devait prendre contact avec les divers dirigeants afin d'obtenir photos et biographies, et les rencontrer dans la mesure du possible, dans un souci d'être au plus proche de la réalité en faisant leur portrait. C. A. Benoist était en Chine en 1924, notamment Pékin et Tianjin, comme l'attestent plusieurs dossiers qu'il a constitués sur les hommes politiques chinois. Avec ce lot sont incluses également la malle de C. A. Benoist, contenant des plaques et des outils, ainsi que sa mallette, toutes deux avec ses initiales, précieux témoignages du projet lié à tous ces objets et documents. Raoul Hideux 19 20 Raoul Hideux et Cie 19 20 . 1899 Raoul HIDEUX Charles Hideux (1824-1893) C. A. Benoist 18 1920 Robert HIDEUX et Cie Benoist 41

Estim. 1 500 - 2 500 EUR

CHAUSSON (Ernest). - Lettre autographe signée à Claude Debussy, datée Luzancy, jeudi [4 mai 1893], 4 pages in-12 (179 x 116 mm), sous chemise demi-maroquin rouge moderne. Touchant témoignage de la profonde amitié entre les deux compositeurs. Voilà déjà que je vous tombe sur le dos pour une commission, ironise-t-il. Mais, il ajoute : je suis très sûr de votre amitié. Cette certitude m'est tout à fait délicieuse. Et comme elle est réciproque, n'est-ce pas, tout est pour le mieux [...] Je me sens une féroce envie de travailler. Il y a des moments où il me semble que je ne vais faire qu'une bouchée du “Roi Arthus” [...] Je fais la dernière toilette du “Concert” et je m'aperçois que j'ai oublié d'emporter les parties séparées du quatuor. Voudriez-vous être assez gentil pour passer les prendre chez moi [...] Je puis être rappelé à Paris, d'un moment à l'autre, par une naissance imminente, et je voudrais porter à Bailly [Edmond Bailly, leur éditeur commun] le manuscrit complet. Il peste contre le bruit : Un marchand forain qui joue de la trompette, une odieuse trompette. Ça, ça n'est plus de jeu ! Et le silence de la nature, alors ! En post-scriptum, il demande de ses nouvelles et aussi de l'Or du Rhin [Das Rheingold] donnant au passage un coup de patte à Wagner : être sourd, par intermittences, et à volonté, voilà qui serait agréable. Au début de l'année 1894, Debussy donna plusieurs récitals d'Oeuvres de Wagner et avait l'habitude d'emprunter à Chausson des partitions.

Estim. 700 - 800 EUR

HOMMES POLITIQUES & MILITAIRES. Ensemble de 8 documents. BARTHOU Louis (1862-1934) 2 lettres autographes signées, Paris, 23 mars et 24 avril 1913. 2 pp. in-8 et in-12. 23 mars, il explique «Mais ce dernier moment a été décisif ; il fallait ou boucler ou passer une nuit qui aurait été désastreuse... j'ai dû boucler (...)» et 24 avril, remerciements ; DESCHANEL Paul (1855-1922) lettre autographe signée, 22 août 1918. 2 pp. in-8. Il est heureux de voir son ami rétabli ; POINCARÉ Raymond (1860-1934) 4 lettres autographes signées, 22 juillet, 26 juillet, 5 août et 23 septembre 1924, 7 pp. in-8. Trois lettres à l'en-tête du Sénat. Le 22 juillet, il évoque des numéros d'un journal «Les articles sont signés Roger des Varennes (nom ou pseudonyme ?) et contiennent les calomnies les plus stupides sur les personnalités de la Guerre. (...)» il espère que son ami puisse faire quelque chose et lui envoie des informations. Le 26 juillet, il reparle des articles de «(...) Roger des Varennes» et évoque des affaires russes. Le 5 août, il lui envoie deux brochures. Le 23 septembre, remerciements ; WEYGAND Maxime (1867-1965) lettre autographe signée (s.l.) 1 août 1947, 1p. in-8. Il est heureux de savoir son ami «(...) délivré de tous ces soucis, si peu mérités (...)». On joint une intéressante lettre autographe signée de Jeanne DOUMERGUE, Tournefeuille, 3 mars 1942. 2 pp. in-8. Elle envoie une «(...) petite boite que j'aurais voulu remettre à Monsieur le Ministre lui-même ; il en aurait été embarrassé et je vous l'expédie (...)» elle espère voir le ministre à Tournefeuille et évoque des souvenirs «(...) j'évoque en vous écrivant Rome et cette fête où je vous ai rencontré au temps où l'Italie n'avait pas encore été entrainée contre nous (...)».

Estim. 150 - 200 EUR

REVERDY (Pierre). - Le Voleur de Talan. Manuscrit autographe, [avant 1917], 47 pages in-4 (270 x 210 mm) à l'encre noire, montées sur onglets, reliées en un volume in-4, demi-maroquin noir à coins, dos lisse, tête dorée, étui (Alix). Le Voleur de Talan : précieux état intermédiaire, le manuscrit qui a servi à l'impression ayant disparu. Paru en septembre 1917, “chez l'auteur” et aux frais de celui-ci, Le Voleur de Talan fut composé au Logis de Sainte-Anne, hameau près de Sorgues (Vaucluse), où les Reverdy séjournent durant l'été 1917 dans le voisinage des Braque. Par lui je m'étais débarrassé d'une hantise, dira Reverdy - écrire un roman sans détails, une quadrature. La rédaction de ce “roman poétique” passa par divers états manuscrits, dont ceux-ci sont parmi les plus anciens. Comme l'indique une note manuscrite de Maurice Saillet sur un feuillet en tête, nous avons ici les pages 1 à 48 de ce premier état, auxquelles manquent les pages 21, 22, 23 et 29. Manuscrit de travail, de premier jet, comportant ratures et corrections : les pages 1 à 46 sont biffées d'une grande croix, au crayon bleu avec indication des pages au crayon à papier. Des fragments de ce premier état ont été publiés par Maurice Saillet, qui en a souligné tout l'intérêt, en appendice à sa réédition du Voleur de Talan (Flammarion, 1967). “Le manuscrit est-il incomplet de sa fin ou a-t-il été en réalité interrompu ? Dans sa notice Maurice Saillet remarquait avec justesse que la disposition du texte se faisait de plus en plus libre au fil des feuillets. D'où l'hypothèse que Reverdy aurait renoncé à achever la copie et aurait écrit l'ensemble pour aboutir au manuscrit - disparu - qu'il allait remettre à l'imprimeur d'Avignon” (E.-A. Hubert dans Oeuvres Complètes., t. I, p. 1244). La comparaison avec le texte imprimé montre en effet que certaines pages de ce manuscrit sont soit inédites, soit réécrites de telle sorte qu'on ne les reconnaît plus. Toujours sur le feuillet rose en tête, cette note de Maurice Saillet indique qu'il s'agit des pages 32, 33, 34, 36 et 45 de ce manuscrit. Citons comme exemple les pages 32 et 33 : J'étais enfant et je ne rêvais pas. Cette nuit par milliers sont tombées des étoiles filantes. Et maintenant il n'y a plus que des nuages que poursuit le vent. Des bouches affamées s'ouvraient sous des yeux dont l'éclat dominait le monde. C'est une force qui n'existe pas. Des hommes grimpaient si haut qu'on ne distinguait plus leur tête. Mais d'ici on ne voyait plus la tour Eiffel qui là-bas soutient le ciel comme une tente. Et l'eau qui venait baigner mes pieds était plus claire. Tous les matins on pouvait voir plus loin et quelque autre chose s'éveillait. De l'autre côté du port il devait y avoir une jolie comédie qui se jouait dans la quiétude des herbes séchées au soleil. Reliés à la suite : 3 feuillets non chiffrés, sur un papier plus fin et de plus petite taille, comportant ratures et corrections au crayon bleu ou à papier : “Comme s'ils possédaient une autonomie, les textes occupent seulement la moitié supérieure de chaque feuillet et deux d'entre eux sont clos par le tiret habituel à la main de Reverdy pour marquer la fin d'un poème en prose. Reste que les deux premiers morceaux correspondent à des passages du roman” (E.-A. Hubert, Oeuvres Complètes, t. I, p. 1274). Oeuvres complètes, Flammarion, 2010, t. I, p. 365-452 et 1237-1275. - É.-A. Hubert, Bibliographie des écrits de Pierre Reverdy, n° 30. Nous remercions Monsieur Étienne-Alain Hubert pour son aide précieuse et sa relecture attentive.

Estim. 5 000 - 7 000 EUR